Schengen et immigration : l'Ukraine, terminus ?

Par admin | 20 janvier 2008

Pour citer cet article : admin, “Schengen et immigration : l'Ukraine, terminus ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 20 janvier 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/399, consulté le 01 juillet 2022
ukraine-frontires.jpgarticle.pngL'élargissement de l'espace Schengen a encore complexifié la situation de l'Ukraine. Principale voie d'entrée des migrants illégaux en Europe, le pays s'est transformé en cul-de-sac. Ne disposant pas de capacités suffisantes d'accueil des migrants, l'Ukraine fait face à une situation qui inquiète les associations de défense des droits de l'Homme. "Ukraine : last stop" ?

article.pngL'élargissement de l'espace Schengen a encore complexifié la situation de l'Ukraine. Principale voie d'entrée des migrants illégaux en Europe, le pays s'est transformé en cul-de-sac. Ne disposant pas de capacités suffisantes d'accueil des migrants, l'Ukraine fait face à une situation qui inquiète les associations de défense des droits de l'Homme. "Ukraine : last stop" ?

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L'Ukraine vit aujourd'hui sous la double pression d'une Union européenne qui veut contrôler ses flux de migrants entrants et sécuriser ses frontières externes dans le cadre de Schengen et de celle d'un afflux de plus en plus massif de migrants qui voient dans l'Ukraine la porte du passage vers l'Europe. Or, cette porte déjà fermée depuis longtemps, l'est maintenant à double tour.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
De Tchéchénie et d'ailleurs
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D'où viennent les migrants qui arrivent de plus en plus nombreux en Ukraine depuis le milieu des années 1990 ? Dans un premier temps, ils étaient avant tout originaires des autres anciennes républiques soviétiques : presqu'un million d'immigrés arrivèrent en Ukraine entre 1991 et 1992, principalement de l'espace ex-soviétique mais aussi d'Europe centrale, avant tout des anciens officiers des forces du Pacte de Varsovie.
 
 
 
 
 
Depuis, Tchéchènes, Afghans, Sri Lankais, Chinois, Somaliens, Nigériens ou Irakiens, de tous les migrants que les Français étaient habitués à voir à Sangatte, beaucoup étaient passés par l'Ukraine, même si leur périple est moins médiatisé que celui des boat-people.
 
 
 
 
 
La plupart arrivent en Ukraine par la frontière orientale du pays, relativement poreuse. En effet, celle-ci était du temps de l'URSS une frontière intérieure soviétique, peu contrôlée car les déplacements des citoyens soviétiques étaient de toutes façons sous surveillance. Ainsi, entre 1991 et 2003, ils furent plus de 100 000 à passer à un moment ou un autre par les camps de rétention à l'Ouest du pays.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Une double pression
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dès le milieu des années 1990, des accords bilatéraux dits de "réadmission" furent signés entre la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie d'une part, et l'Ukraine de l'autre. Ces accords permettent de retourner les citoyens de chacun des deux Etats vers l'autre en cas de passage illégal de la frontière. Peu à peu, ils ont été élargis aux migrants étant passés par le territoire d'un des Etats signataires de l'accord.
 
 
 
 
 
L'Union européenne a depuis poussé ses Etats membres à signer de tels accords de réadmission avec ses pays frontaliers, dont l'Ukraine. Une clause de réadmission a aussi été peu à peu généralisée dans tous les accords que l'Union signe avec des pays tiers.
 
 
 
 
 
 
Le contenu des accords prévoit notamment :
 
 
 
 
  • Le refus d'entrée pour les ressortissants des pays considérés comme "sûrs" ainsi que pour les ressortissants des Etats tiers tentant de rentrer illégalement dans l'UE par le territoire des Etats voisins "sûrs" ;
  • Des interceptions en mer ;
  • La réadmission proprement dite ;
  • Une aide au développement des capacités de contrôle de leurs frontières des Etats voisins de l'UE, ainsi que de leurs capacités de rétention.
 
 

L'Ukraine peut difficilement faire face à ses obligations. Le fait de renforcer les capacités de contrôle de ses immenses frontières ne ferait que déplacer le problème, mais en attendant, elle subit la pression migratoire d'une part et sa position de terminus de l'autre. En effet, les migrants continuent à entrer par sa frontière orientale pour se jetter contre le mur de sa frontière occidentale.

Car les frontières occidentales de l'Ukraine sont doublement gardées. D'une part, les gardes-frontières ukrainiens, assez peu équipés, continuent de parcourir la région, mais surtout, les frontières européennes sont aujourd'hui sur-protégées, des gardes-frontières entraînés par ailleurs par leurs collègues de l'Ouest à travers les programmes de la nouvelle agence européenne de contrôle des frontières extérieures (Frontex). D'autre part, de nouvelles méthodes de détection ont été financées par l'Union européenne dans le cadre de l'élargissement de la zone Schengen. Ainsi dans le secteur sud de la frontière ukraino-slovaque, des caméras infrarouges sont disposées tous les 186 mètres !

Quand des clandestins sont interpelés, ils sont automatiquement reconduits à la frontière et remis aux autorités ukrainiennes, le plus souvent en moins de 48 heures. Le nombre de ces réadmissions a explosé ces dernières années : rien qu'entre 2004 et 2005, elles ont connu une augmentation de 79%. Aujourd'hui, elles concernent plus de 10 000 personnes par an.

Faire face à sa position de terminus

Comme on pouvait s'y attendre, les conditions de rétention en Ukraine se sont largement aggravées ces dernières années. Quels que soient les efforts de Kiev et l'aide européenne, l'explosion des migrations illégales entraîne la création de camps de rétention dans lesquels les conditions de vie sont insupportables.

En effet, l'Ukraine peine à désengorger ses camps de rétention : elle ne peut renvoyer les migrants dans leurs pays d'origine que sous réserve qu'ils soient reconnus par les autorités consulaires de ces derniers. La plupart sont sans papiers, les traducteurs sont peu nombreux et beaucoup ne veulent pas rentrer chez eux car ils s'y sentent menacés. Ils préfèrent retenter leur chance de passer illégalement. Selon l'agence internationale des migrations, ils seraient environ 500 000 à séjourner clandestinement en Ukraine.

De nombreuses associations de protection des droits de l'Homme dénoncent aujourd'hui cette situation : le manque d'hygiène élémentaire, les difficultés d'accès aux droits les plus fondamentaux, le non-respect du droit d'asile etc. L'Ukraine fait très difficilement face à cette position de frontière, malgré la bonne volonté des autorités.

L'entrée effective des voisins de l'Ukraine dans l'espace Schengen a encore renforcé le problème de la rétention sans que le dialogue euro-ukrainien n'ait encore apporté de solutions satisfaisantes.

 

Pour aller plus loin :

site20x20.png Sur Nouvelle Europe
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L’Ukraine postsoviétique : d’une transition à l’autre ?
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Trois approches de la société ukrainienne
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Le nouvel élargissement de l’espace Schengen
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L'Agence Européenne de contrôle des frontières
   
site20x20.png Ailleurs sur le net
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Le site de l'agence Frontex
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CHARLES, G., "La dernière frontière" in L'Express du 06/02/2003, disponible en ligne
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SCHMIDT, H-J., "Les contrebandiers face à la forteresse slovaque" sur Café Babel ,09/01/2008
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MALYOVSKA, O., "Caught Between East and West, Ukraine Struggles with Its Migration Policy", National Institute for International Security Problems, Kyiv on Migration Information Source (en anglais)