Slovénie : Suisse des Balkans ?

Par Adrien Fauve | 30 décembre 2007

Pour citer cet article : Adrien Fauve, “Slovénie : Suisse des Balkans ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 30 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/387, consulté le 08 décembre 2022
slovenie_chapoarticleBénéficiant d’une situation de carrefour entre l'Autriche et la Croatie d'une part, entre l'Italie et la Hongrie de l’autre, la Slovénie, longtemps surnommée « la Suisse des Balkans », a fait son entrée dans la zone euro au 1er janvier 2007. Elle serait un modèle d’expansion et de stabilité pour ses voisins issus de l’ancienne Yougoslavie.
slovenie_chapoarticleBénéficiant d’une situation de carrefour entre l'Autriche et la Croatie d'une part, entre l'Italie et la Hongrie de l’autre, la Slovénie, longtemps surnommée « la Suisse des Balkans », a fait son entrée dans la zone euro au 1er janvier 2007. Elle serait un modèle d’expansion et de stabilité pour ses voisins issus de l’ancienne Yougoslavie.

Des conditions favorables qui ont « absorbé » les chocs de la « transition »

La Slovénie présente certains atouts. Ce petit pays, peuplé de 2 millions d'habitants répartis sur un territoire de 20.000 km2, dispose de revenus relativement élevés (moyenne s’élevant à 82% du niveau l'UE) et d’infrastructures de qualité. La population y semble de plus attachée à préserver son cadre naturel dans un souci de respect de l'environnement.

Sa diversité naturelle propose des itinéraires des Alpes Juliennes aux confins hongrois, en passant par la côte adriatique. Ces divers paysages associés à une certaine homogénéité économique et sociale en font un pays attrayant au tourisme dynamique.

La Slovénie est également dotée de ressources naturelles variées (plomb et zinc à Mežica, mercure à Idrija, charbon à Velenje, pétrole à Lendava, bois) et les Alpes slovènes sont traversées par d'importantes voies de passage entre l'Adriatique et l'Europe centrale. La région a bénéficié de longue date du commerce lié à la circulation des hommes et des marchandises, ce qui pourrait expliquer son développement précoce et sa situation économique relativement privilégiée.

Sous domination autrichienne jusqu'en 1918, le pays a été doté au XIXe siècle d'un réseau ferroviaire cohérent qui a favorisé son industrialisation. Outre la vallée de la Drave, au nord (industries de Maribor), le sillon principal de la Save reliait la Yougoslavie à l'Autriche et à l'Italie (Klagenfurt et Tarvis) par des cols de moyenne altitude. De grandes industries modernes se sont donc regroupées le long de la voie de chemin de fer. La Slovénie est héritière d’une tradition industrielle diversifiée (sylvicole, textile et métallurgique).

Depuis les années 1980, les industries mécaniques (automobiles, machines-outils) et les industries à plus forte valeur ajoutée, comme l’électronique, la pharmacie ou chimie, ont connu un essor important. Le port de Koper fonctionne comme un débouché portuaire majeur pour le sud de l’Allemagne, l’Autriche et les pays continentaux d’Europe centrale. Le financement de l’économie est en outre assuré par un secteur bancaire actif et concurrentiel, même si l’Etat y demeure encore un actionnaire présent.

En dépit de son image de région prospère - à l’origine de l’appellation de « Suisse de la Yougoslavie » - la Slovénie a connu deux années de récession consécutives à sa sortie de l’ensemble yougoslave. Au départ, la séparation d'avec la République fédérative de Yougoslavie a privé la Slovénie d'une grande partie de ses débouchés. Le marché national, qui représentait le tiers de ses ventes, lui permettait de s'approvisionner à coûts réduits en matières premières, venant de Serbie en particulier.

Comme ailleurs dans l’espace post-communiste, la privatisation par coupons a donné lieu à un marché parallèle très actif qui a engendré des luttes d’influence parmi les notables et les dirigeants politiques. Le pays a dû procéder à de profondes réformes économiques. Mais dès 1993, on a pu observer une reprise de la croissance. Celle-ci s'est ensuite poursuivie selon un rythme modéré mais constant. La politique monétaire a porté ses fruits : l'inflation a notamment été bien maîtrisée.

L’efficacité des politiques structurelles entreprises conjuguée au dynamisme économique ont permis à la Slovénie d’être le premier pays de l’ex-bloc de l’Est à répondre aux critères d’adhésion à l’euro.

Des performances expliquant le passage à la monnaie unique

La Slovénie connaît en effet une croissance soutenue (5,2 % en 2006) et équilibrée. Les prix sont maîtrisés (inflation de 2,6 %) et les finances publiques sont assainies : le déficit public est faible (1,4 % du PIB en 2006) et le niveau de la dette publique est l’un des plus bas de la zone euro (27,8 % du PIB).

L’ouverture commerciale de la Slovénie se poursuit ; le déficit de la balance commerciale est partiellement compensé par l’excédent de la balance des services (transports internationaux, tourisme) et le potentiel de croissance des exportations est important, en raison du secteur automobile notamment.

La Slovénie est donc depuis le 1er janvier 2007 le premier des nouveaux Etats membres de l’UE à avoir adopté l’euro, répondant dès novembre 2005 à tous les critères de Maastricht y compris celui relatif à l’inflation (3%). L’appartenance à la zone euro permet l’élimination du risque de change et l’accès aux financements internationaux, ce qui favorise l’investissement. L’impact du passage à l’euro sur l’inflation a été très limité, de l’ordre de 0,3 point selon la Commission européenne.

Le taux de chômage (6 % sur l’année 2006) est plus faible que la moyenne européenne. La Slovénie maintient un taux d’activité élevé, bien qu’elle doive faire face, à l’instar de nombreux pays européens, au vieillissement de sa population, avec un taux de fécondité très faible et une croissance naturelle de sa population négative depuis plusieurs années. Une politique familiale active est mise en œuvre pour pallier ce handicap démographique sur le moyen terme.

Une nouvelle législation fiscale a été adoptée en novembre 2006, qui diminue la fiscalité des revenus du travail et sur les bénéfices des sociétés pour stimuler d’avantage l’activité en relançant la consommation, l’investissement et  l’emploi.

L’OCDE a accepté le 16 mai 2007 la candidature de la Slovénie, ouvrant la voie au lancement de négociations d’adhésion.

Elle est devenue en 2004 le premier pays, sortant d’une économie étatique de type socialiste cheminant vers une économie libérale, à passer du statut de pays emprunteur à celui de d’Etat partenaire donateur à la Banque mondiale.

Les étapes de l’adhésion à l'euro

Dès après la disparition du bloc socialiste, le pays a fixé l'adhésion à l'euro comme but principal de son redressement économique. Cette décision, prise en 1991, l'a obligé à consentir des efforts très importants. Malgré les contraintes imposées par les critères de convergence, avec un niveau de pouvoir d'achat à 79% de la moyenne européenne, la Slovénie a aujourd'hui rattrapé les économies de pays membres comme la Grèce et le Portugal.

Le 7 avril 2006, les ministres de l'Eurogroupe ont officiellement reconnu les performances du pays (4% de croissance annuelle et chômage de 7%)  et saluer son respect des exigences pour une adhésion à l'euro.

Le 16 mai 2006 paraissait le rapport d'évaluation de la Commission européenne concernant la satisfaction aux critères de Maastricht : maîtrise des finances publiques, stabilité des taux de change, maîtrise durable de l'inflation etc.

Le 11 juillet 2006, le Conseil européen, composé des ministres des finances de la zone euro, a signifié son accord à l’adoption de la monnaie unique par la Slovénie.

La Slovénie devenait donc, au 1er janvier 2007, le 13e pays de la zone euro. Pour ce faire, la parité monétaire a été fixée par la Banque Centrale Européenne à 1 euro pour 239,64 tolars (devise nationale).

Depuis, Chypre et Malte ont rejoint, au 1er janvier 2008, le club dit de « l’euro-système», élargissant encore un peu plus le marché commun qui est, avec la liberté de circulation ainsi que la participation électorale aux scrutins locaux et de l’union, un des fondements du projet politique européen.