Fiche pays : la Slovénie

Par Pauline Joris | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Fiche pays : la Slovénie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/377, consulté le 08 août 2022

 Entre Alpes, Méditerranée et Balkans, la Slovénie est au carrefour de diverses influences. C’est quelque peu un lieu commun que de dire cela et pourtant cela correspond largement à ce petit pays qui n’avait jamais connu de forme étatique proprement indépendante avant 1991.

 Entre Alpes, Méditerranée et Balkans, la Slovénie est au carrefour de diverses influences. C’est quelque peu un lieu commun que de dire cela et pourtant cela correspond largement à ce petit pays qui n’avait jamais connu de forme étatique proprement indépendante avant 1991.
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L'hymne slovène  

Arrivée des Slaves dans un espace précédemment romanisé

Au milieu du VIe siècle, les peuples slaves migrent vers l’Ouest et bouleversent le centre, l’Est et le Sud-Est de l’Europe. Les Slovènes, peuple slave vraisemblablement originaire de la plaine du Nord des Carpates s’installent sur ce qui est aujourd’hui le territoire slovène, espace christianisé qui avait fait partie de l’Empire romain.

A l’époque de Charlemagne, le territoire slovène est l’une des marches orientales de l’Empire et après la dislocation de ce dernier, il est sous la tutelle du Saint Empire Romain germanique (962).

Sous la domination des Habsbourg

Le fonctionnement de la société repose alors sur une structure féodale : de grands domaines sont constitués et les paysans (slovènes) travaillent et vivent autour de châteaux de princes laïcs ou ecclésiastiques et prient selon le rite catholique romain.

De la fin du XIIIe siècle, les Slovènes seront sujets de l’Empire Habsbourg, et ce jusque 1918. Les Slovènes sont alors répartis entre les provinces de Carniole, de Styrie et de Carinthie.

Les Ottomans font des incursions en Slovénie aux XVe et XVIe siècles mais n’occupent pas dans la durée ce territoire. Au XVIe siècle, la Réforme séduit une partie de l’élite humaniste et urbaine, également touchée par la Renaissance ; des révoltes paysannes secouent sans succès l’ordre des Habsbourg.

De Napoléon à la Première Guerre mondiale

Les succès napoléoniens touchent la Slovénie : de 1809 à 1813, quasi tout le pays fait partie de la province illyrienne, ainsi que la côte dalmate. Ljubljana (Laibach) est “promue” capitale administrative de ce grand département napoléonien ; le droit français (code Napoléon) s’y applique. La langue allemande est abandonnée au profit du français et du slovène, qui est encouragé (seule langue de l’enseignement primaire).

Et si en 1813, le territoire slovène – qui n’a lors de cette parenthèse nullement été gouverné par des Slovènes mais par des Français – retourne à l’Autriche, la situation ne peut plus être la même. La question des nationalités, sur fond d’époque romantique, de libéralisme et d’affirmation slave (en opposition tant à Vienne qu’à Budapest), se pose aux Slovènes comme ailleurs en Europe.

En 1914, les Slovènes entrent en guerre au côté des Autrichiens. Le conflit touche le territoire slovène lorsque l’Italie, en 1915, participe au conflit, lorgnant tant sur Trieste que sur le karst dalmate, ce qui explique en partie la fidélité des Slovènes pour Vienne. Le sentiment national et l’affirmation d’une identité progresse néanmoins rapidement lors du conflit, qui en Slovénie également sera meurtrier (vallée de la Sotcha).

La Première Yougoslavie

Le traité de Trianon voit la fin de l’empire austro-hongrois. Le traité de Versailles reconnaît un nouvel Etat indépendant, le Royaume des Serbes, des Slovènes et des Croates : les Slaves du Sud se sont regroupés. L’entente ne dure pourtant qu’un temps. Slovènes et Croates tiennent à maintenir leurs particularités et s’opposent rapidement à la politique centralisatrice serbe menée par le Premier ministre de 1921 à 1926. En 1929, la Yougoslavie devient une dictature royale (Alexandre 1er) et essentiellement serbe.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, après la défaite française, la Yougoslavie signe le pacte tripartite (Allemagne, Italie, Japon) le 25 mars 1941. Le gouvernement yougoslave est alors presque immédiatement renversé et Hitler, craignant un ralliement du côté des Alliés, décide d’envahir le pays, ce qui se fait en moins de deux semaines. La Slovénie se retrouve partagée entre l’Allemagne et l’Italie. Beaucoup de Slovènes sont déportés dans les camps de concentration.

En réaction à l’occupation, le chef communiste Tito met en place une armée de partisans ainsi que toute une organisation administrative parallèle et efficace. La résistance de ses troupes est sans doute la plus forte de toute l’Europe occupée.

Mais pour les Slovènes (et d’autres), Tito et ses hommes pendant la guerre laissent également l’image d’une certaine cruauté. Ses troupes commirent à la fin de la guerre, à la frontière autrichienne, à Bleiburg, une exécution massive de 20 à 30 000 oustachis, slovènes et monténégrins.

La République yougoslave communiste de Slovénie

Les élections de novembre 1945 (liste unique de candidats) voient le triomphe des communistes. Mais à la différence des États d’Europe centrale et baltes, la prise de pouvoir des communistes ne repose presque pas sur l’aide du « grand frère » soviétique.

La nouvelle constitution de 1946, une imitation de la constitution soviétique de 1936, fait de la Yougoslavie une fédération, dont la Slovénie est l’une des six républiques. L’économie est d’abord collectivisée sur le modèle soviétique avant que, lors de la brutale rupture entre Staline et Tito en 1948, la Yougoslavie prenne la voix de l’« auto-gestion ». Les Slovènes accroissent progressivement leur autonomie ; économiquement la réussite slovène tranche avec le reste de la Yougoslavie titiste.

La mort de Tito en 1980 change la donne. C’est au Kosovo, au début des années 1980, que la contestation, tant culturelle et politique qu’économique, secoue le très fragile équilibre yougoslave maintenue d’une main de fer par Tito. La poussée ultra-nationaliste serbe activée par Milosevic à propos du Kosovo dans la seconde moitié des années 1980 fait réagir les autres républiques. Les Slovènes se montrent ainsi de plus en plus critiques sur le fonctionnement de la fédération et l’action des dirigeants serbes au Kosovo. Or depuis le milieu des années 1980, liberté de la presse et liberté d’association ne sont plus tabous en Slovénie, contrastant sensiblement avec les 5 autres Républiques yougoslaves.

Parallèlement, se développe le sentiment, tant dans la République slovène que croate - dont l'économie est nettement plus dynamique que dans les autres républiques - que les autres républiques yougoslaves représentent un poids, un frein à leur développement économique et qu'elles paient beaucoup pour la fédération yougoslave.

La Slovénie indépendante

La fin de la Yougoslavie apparaît proche lorsqu’en janvier 1990, lors du XIVe Congrès de la Ligue communiste yougoslave, les Partis communistes slovènes et croates réclament le pluralisme politique et l’organisation d’élections libres et que la Serbie s’y oppose.

En septembre 1989, l’assemblée générale de la République yougoslave de Slovénie renforce son autonomie et vote notamment un amendement autorisant la Slovénie à faire sécession de la Yougoslavie. Ce droit est utilisé le 23 décembre 1990, par référendum, 86 % des électeurs votent en faveur de l’indépendance, qui est proclamée par le président Kučan le 25 juin 1991. La Croatie déclare elle aussi son indépendance.

La proclamation d’indépendance est suivie d’une guerre (27 juin – 6 juillet 1991) de dix jours par l’armée fédérale de Yougoslavie contre la défense territoriale slovène. Ces derniers sont très motivés, tandis que l’armée fédérale yougoslave, dominée par les Serbes, est désorganisée et ne considère pas la Slovénie comme un enjeu important (contrairement, entre autres, à la Croatie). Cette guerre fait 45 morts côté slovène.

Dès mars 1998, la Slovénie entame les négociations d’adhésion avec l’Union européenne à laquelle elle adhère sans difficultés avec neuf autres États, ainsi qu’à l’OTAN, en 2004.

Données politiques
Capitale : Ljubljana
Régime politique: Démocratie parlementaire
Membre de l'Union européenne depuis: mai 2004
Président de la République : Danilo TURK (depuis décembre 2007)
Premier Ministre : Janez JANŠA (depuis décembre 2004)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 2 001 (en milliers)
IDH : 0,91
Espérance de vie : 77,9 ans
Taux de fécondité : 1,28
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 47 841 millions $
PIB/hab en dollars : 23 843$
Taux de croissance : 5,2%
Inflation : 2,7%
Chômage : 5,4%
Monnaie : Euro, depuis le 1er janvier 2007 (EUR)
 
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Quelques liens pour aller plus loin
 
Site du Gouvernement
Site de l'Assemblée nationale
Le site de l'association "Au milieu coule la Sotcha"
 
A lire
 
La Slovénie, Georges Castellan et Antonia Bernard, PUF, Que sais-je ?
La Slovénie et l'Europe : contributions à la connaissance de la Slovénie actuelle, sous la direction de Antonia Bernard, L'Harmattan, 2005