Compte-rendu du café européen de décembre 2007 - Russie et nouvelle Europe

Par Sara Pini | 21 décembre 2007

Pour citer cet article : Sara Pini, “Compte-rendu du café européen de décembre 2007 - Russie et nouvelle Europe”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 21 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/375, consulté le 13 août 2022
288_st_germain_bipeLe Café européen du jeudi 13 décembre 2007 consacré au thème « La Russie et la Nouvelle Europe : vers une relation apaisée ? » a accueilli au Bureau d’information du Parlement européen Franck Debié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. Kalev Stoicescu, conseiller aux questions de Défense auprès de l’ambassade d'Estonie, a enrichi le débat en présentant son analyse personnelle de la situation.

288_st_germain_bipe Le Café européen du jeudi 13 décembre 2007 consacré au thème « La Russie et la Nouvelle Europe : vers une relation apaisée ? » a accueilli au Bureau d’information du Parlement européen Franck Debié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. Kalev Stoicescu, conseiller aux questions de Défense auprès de l’ambassade d'Estonie, a enrichi le débat en présentant son analyse personnelle de la situation.

Jalonnée par le rappel d’une triple occurrence du « 13 décembre » dans l’histoire immédiate russo-européenne - 13 décembre 1981 : la Pologne impose la loi martiale pour stopper l’Armée Rouge ; 13 décembre 2002 : l’Union européenne décide son élargissement à 10 pays membres effectif en 2004 ; 13 décembre 2007 : signature du nouveau traité européen -, la discussion a porté sur la nature des relations entre Europe et Russie, et sur la spécificité du rapport à la Russie des anciens pays soviétiques désormais rattachés à l’UE. Elle s’est principalement nouée sur l’identité de la Russie « postcoloniale » et la stratégie qu’elle impose pour l’Europe unie.

Russie européenne et Europe russe

Franck Debié a montré, par une analyse géographique, démographique et économique, la réalité de l’imbrication russo-européenne. Il a souligné le paradoxe d’une Russie profondément européenne par la géographie de son peuplement et l’intensité des rapports économiques, mais reléguée à l’Est dans l’imaginaire européen nourri des divisions politiques du XXe siècle.
Déplorant la faiblesse des relations politiques entre l’UE et la Russie, il l’explique largement par l’incompréhension croissante entre Russes et Européens, nourrie par la fragilité du lien humain : les Européens connaissent mal la Russie et l’inverse est également vrai. C’est pourquoi Franck Debié appelle à promouvoir les contacts et faciliter la circulation des personnes.
Par ailleurs, il a dénoncé l’idée communément admise d’un rapport à la Russie différencié entre les pays d’Europe occidentale et les anciennes démocraties populaires. Au contraire, il met en évidence un intérêt prononcé de l’Europe occidentale pour la Russie.
 
Illustrant l’originalité des rapports euro-russes du point de vue estonien, Kalev Stoicescu a défendu une thèse inverse en montrant la spécificité du rapport à la Russie des anciennes républiques soviétiques d’Europe. Il fournit une double explication à la permanence d’une division profonde est/ouest concernant le rapport à la Russie. D’une part, les anciennes démocraties populaires du fait de leur situation doivent articuler les contraintes multilatérales européennes et les spécificités de la relation bilatérale. D’autre part, les questions de mémoire et de justice demeurent prééminentes : ainsi, la propagande du Kremlin - la Russie aurait libéré les pays baltes, leur aurait permis ensuite de prospérer ; les milliers de déportés n’étaient que des criminels - apparaît inconciliable avec l’interprétation estonienne, conduisant à une guerre des mémoires.

 

Enfin, il défend la thèse d’une rupture profonde entre Europe et Russie qui n’auraient pas le même rapport à l’histoire, à la démocratie, à l’impérialisme. La Russie n’a jamais eu aucune expérience démocratique jusqu’en 1991 ; l’expérience de la période Eltsine est perçue comme un échec : la population a perdu espoir et semble se réfugier dans l’ancienne conception impérialiste et violente.
 
L’Europe doit penser la place de la Russie « postcoloniale » pour définir en conséquence une stratégie euro-russe
 
Franck Debié appelle à penser la Russie comme un Etat qui vient de décoloniser. Il défend l’idée que la Russie peut accepter la décolonisation mais ne tolérera pas sa perte d’influence, ce qui impose de trouver un format adéquat de relations.
Il mentionne trois éléments qui apparaissent inacceptables pour les Russes. Ces « lignes rouges » sont pour eux non négociables ; elles constituent dès lors une contrainte en fonction de laquelle la relation euro-russe doit s’organiser. Tout d’abord, la hantise russe de la relégation et du mépris impose aux Occidentaux d’accorder pleine considération à Moscou. Ensuite existe une question spécifiquement européenne : les Russes ne supportant pas de perdre leur influence en Europe notamment sur la question des Balkans, aspirent à être écoutés d’égal à égal. Enfin, si les Russes n’acceptent pas la limitation de leur souveraineté en matière de défense, Franck Debié suggère que la priorité des Russes ne porte plus tant sur le contrôle de son ancien « glacis » mais est au contraire accordée à la maîtrise du flanc Sud, ce qui a mal été analysée par les Européens à l’occasion de la crise récente sur le traité FCE.
 
A défaut d’un forum où Russes et Européens pourraient se concerter d’égal à égal, les Russes s’estimant marginalisés adoptent une attitude agressive, déconnectée de la réalité des liens économiques et culturels entretenus avec l’Europe. C’est pourquoi, il faut prioritairement constituer un tel forum où la puissance russe puisse être écoutée. C’est également dans cette perspective qu’une initiative d’intellectuels, dont Bronislaw Geremek, appelle à créer en Europe une université paneuropéenne qui serait ouverte à tous les Européens et aux Russes.
 

Franck Debié est agrégé de géographie, directeur général de Fondation pour l’innovation politique ; il enseigne au centre de géostratégie de l’Ecole Normale Supérieure ainsi qu’à HEC.

Kalev Stoicescu est conseiller aux questions de Défense auprès de l’ambassade d'Estonie. Il s’est exprimé en son nom propre.

Adrien Fauve (Nouvelle Europe) a introduit et modéré le débat.

Pour aller plus loin : 

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 source photo : site du Bureau d'Information du Parlement européen