Fiche pays : l'Estonie

Par admin | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : admin, “Fiche pays : l'Estonie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/344, consulté le 01 juillet 2022

drapeau_estonieL'Estonie semble être le plus connu des pays Baltes en France. A la pointe des nouvelles technologies, l'Estonie est pourtant un pays de contrastes.

drapeau_estonieL'Estonie semble être le plus connu des pays Baltes en France. A la pointe des nouvelles technologies, l'Estonie est pourtant un pays de contrastes.

carte_estonie

Photos de l'Estonie sur Nouvelle Europe

 

Toute l'actu de l'Estonie sur Nouvelle Europe
{play}estoniehymn.mp3{/play}L'hymne estonien  

Les origines

La genèse de l’histoire estonienne est peu connue et nos sources sont souvent celles de l'histoire de ses voisins suédois, danois ou russes.

On sait que dès le VIIIe siècle, les Baltes entretenaient des relations commerciales avec les Vikings, pacifiques ou non.

Une longue influence allemande

Mais c'est surtout par la croisade de l'Ordre des Porte-Glaive (un ordre chevalier sur le modèle des hospitaliers et des Teutoniques) que les Baltes font leur apparition dans l'histoire au début du XIIIe siècle.

Ceux-ci, poussés par la papauté à la christianisation des Estes païens, conquièrent l'actuelle Estonie en l'espace d'une vingtaine d'années (1202 - env.1230).

L'ordre s'installe en Livonie, le pays des Lives, qui inclut le sud de l'Estonie actuelle. Il avança jusqu'en Estlandie (le pays des Estes) où il rencontra des troupes russes et danoises. Ces derniers étaient bien implantés à Tallinn (la "ville des Danois" en Estonien).

Ils furent battus par les Porte-Glaive qui furent absorbés par les chevaliers Teutoniques dans les années 1230 pour former l'Ordre de Livonie. Ils instaurèrent un système féodal comparable à celui qui existait en Allemagne. Les Barons allemands dominaient les campagnes et s'établissaient comme marchands dans les villes.

Dominations suédoise et russe

La Guerre de Livonie (1558 - 1583) entraîna la destruction de l'ordre de Livonie au profit de la Russie, de la Suède qui s'installa en Estlandie (Nord de l'Estonie actuelle) et de la Pologne-Lituanie qui s'arrogea la Livonie.

La Pologne tenta de s'emparer de l'Estlandie au début du XVIIe mais la contre-attaque des Suédois leur permit non-seulement de défendre Tallin mais de prendre Riga et Tartu.

Les Russes prirent position durablement en Estlandie et en Livonie lors de la Grande guerre du Nord déclarée en 1700. La session de ces deux régions par les Suédois fut entérinée par le traité de Nystad en 1721.

Le XIXe siècle, qui conduit à la Première Guerre Mondiale, est non seulement un moment de russification (néanmoins relative en nombre) mais aussi l'époque de l'affirmation d'une identité estonienne à travers les premières œuvres de littérature en langue estonienne. Des journaux apparaissent.

Durant les premières années du XXe siècle, les premiers mouvements nationalistes, comme les Jeunes Estoniens se développent dans un contexte de violences pré-révolutionnaires contre l'occupation russe mais aussi contre le pouvoir des barons allemands. Ces mouvements sont réprimés et la première Guerre mondiale éclate.

La première indépendance

La révolution russe de 1917 crée les conditions de l’indépendance, qui est proclamée le 24 février 1918 par le Comité de Salut d'Estonie. Les Allemands occupent alors la région à la suite de leur armistice avec les Russes mais la fin de la guerre à l'Ouest assura le départ des troupes allemandes.

L'Estonie crée sa monnaie dès 1919 et procède à une réforme agraire qui limite le pouvoir des barons. Le 21 décembre 1920, une première Constitution est votée mais la dissolution du parti communiste, les luttes internes des gouvernements et la crise économique radicalisent la vie politique dans les années 1930. En 1934, le président Konstantin Päts proclame "l'état de défense" et déclare son parti politique le seul autorisé. Une Constitution autoritaire est adoptée en 1937.

La Seconde Guerre mondiale et l'occupation soviétique

Le traité Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939 divisait secrètement l'Europe de l'Est en zones d'influences et attribuaient les pays Baltes à l'URSS. Le 28 septembre, l'URSS impose un traité d'assistance mutuelle à l’Estonie et l'oblige à accepter l’installation de bases soviétiques sur le territoire estonien.

La très grande majorité des barons baltes quittent alors l’Estonie pour l’Allemagne pendant que les troupes soviétiques investissent le pays.

Mi-juin 1940, les élections législatives organisées par l'occupant donnent une assemblée aux ordres qui votent l'union avec l'URSS. L’Estonie est incorporée en août 1940.

10 000 Estoniens sont déportés en Sibérie en 1941, année qui voit le retour de l’armée nazie. Une partie des nationalistes estoniens a vu ce retour comme une opportunité pour l’indépendance. Néanmoins, la réalité fut différente avec une occupation totale du territoire par l’armée nazie et un massacre quasi total, à l’instar des deux autres pays baltes, des populations juives.

Beaucoup d’Estoniens furent enrôlés de force dans les armées soviétique et nazie. En 1944, des unités composées d’Estoniens ont lutté aux côté des Nazis contre le retour de l’armée soviétique, un point qui participe des deux visions actuelles de l'histoire et de la mémoire en Estonie.

Certains nationalistes engagés dans les mouvements de Frères de la forêt cachèrent les résistants et menèrent la lutte contre les Soviétiques, parfois jusque dans les années 1950.

Malgré cela, l'Estonie est russifiée : le russe devient langue officielle, l'enseignement est réorganisé, des Estoniens sont déportés en Sibérie tandis que des citoyens d’autres républiques sont poussés à venir s'installer en grand nombre. C'est ainsi que les Estoniens qui formaient 90% de la population ne sont plus que 61,5% en 1989, et que les russophones, majoritairement Russes ethniques ont plus que triplé.

Les opposants au régime soviétique en exil se battent pour mobiliser l'opinion internationale autour de la cause des Baltes. Dès l'acte d'Helsinki en 1975, les intellectuels estoniens essaient de faire pression sur les autorités et de réveiller le nationalisme estonien. Dans les années 1980, les drapeaux et les hymnes estoniens hésitent de moins en moins à se montrer. Les Estoniens essaient de profiter au maximum de la politique d'ouverture de Gorbatchev.

Le 16 novembre 1988, le Soviet Suprême estonien vote la souveraineté du pays et réinstaure l'estonien comme langue officielle en janvier 1989. Le 23 août 1989, les populations baltes forment une chaine humaine longue de plusieurs centaines de kilomètres entre Tallinn, Riga et Vilnius. L'affrontement avec le pouvoir soviétique continue jusqu'au vote de l'indépendance le 9 février 1991 par 77,8% des votants de toute origine.

L'indépendance devient effective avec le Coup d'Etat du 19 août 1991 en Russie et permet à l'Estonie de retrouver son territoire, ses structures et sa Constitution démocratique de l'entre-deux guerres.

La seconde indépendance et la marche à l'Union européenne

L'Estonie est le premier pays Balte à adopter une monnaie nationale dès 1992 : la couronne estonienne.

Les indépendantistes estoniens ont appliqué une méthode économique assez brutale pour sortir du soviétisme : larges privatisations, fiscalité très avantageuse pour attirer les investissements étrangers, priorité à la modernisation.

Comme en Lettonie, la question des minorités russophones a été délicate en Estonie. Deux lois sur la citoyenneté ont été successivement votées. Peut devenir citoyen estonien celui qui parle la langue et connaît les institutions et la civilisation du pays. Néanmoins, le processus de naturalisation est lent et les « non-citoyens » restent nombreux. Cette situation est décriée par la minorité russophone et souvent instrumentalisé par la Russie.

Cette question de citoyenneté est rejointe par deux visions différentes de l’histoire vis-à-vis de la Seconde Guerre mondiale : une vision russe qui met en avant les 28 millions de Soviétiques morts dans la Grande Guerre patriotique et la contribution décisive face au nazisme ; une vision estonienne qui met en avant le début de plusieurs décennies de joug soviétique. Ces visions aboutissent parfois à des tensions, comme lors du déplacement d’une statue soviétique du centre de Tallinn en avril 2007, qui a abouti à plusieurs jours d’émeutes.

Au niveau international, le pays a intégré l'OTAN et l'Union européenne en 2004 et est aujourd'hui l'un des « tigres » économiques des nouveaux Etats membres.

L'Estonie a aussi apporté ses préoccupations dans l'UE : la stabilité de la région baltique, l'amélioration des relations avec la Russie, la démocratisation des pays de la CEI (Biélorussie, Ukraine, Moldavie et Caucase).

Enfin, il est intéressant de noter que le pays essaie de changer son image post-soviétique, y compris par le vocabulaire, puisque le Président Ilves parle de l’Estonie comme d’un pays nordique.

Données politiques
Capitale : Tallinn
Régime politique : Démocratie parlementaire
Membre de l'Union européenne depuis : mai 2004
Président de la République : Toomas Hendrik Ilves (depuis octobre 2006)
Premier ministre : Andrus Ansip (depuis avril 2005)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 1 340 (en milliers)
IDH : 0,858
Espérance de vie : 71,4
Taux de fécondité : 1,49
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 24 494 (millions de $)
PIB/hab : 18 216 $
Taux de croissance : 11,4%
Inflation : 4,4 %
Chômage : 5,4 %
Monnaie : couronne estonienne (EEK)
 
Quelques articles sur Nouvelle Europe pour aller plus loin
 
  • Tallinn : la statue de la discorde
  • Petit guide du drapeau estonien
 
Ailleurs sur Internet
 
L'institut estonien
La Présidence estonienne (en anglais)
 
A lire
CHAMPONNOIS, S & de LABRIOLLE, F., Dictionnaire historique de l'Estonie, Armeline, 2005

MINAUDIER, J-P.,
Histoire de l'Estonie et

de la nation estonienne . Bibliothèque finno-ougrienne, Paris: l'Harmattan, 2007.