Fiche pays : la Slovaquie

Par Pauline Joris | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Fiche pays : la Slovaquie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/341, consulté le 08 août 2022

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La Slovaquie, souvent placée dans l’ombre de la République tchèque ou de la Hongrie, est certainement le plus jeune et le plus méconnu des pays d’Europe centrale. Néanmoins, son histoire, paradoxalement peu liée à celle de son voisin tchèque, ainsi que sa culture en font un pays à découvrir.

 

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La Slovaquie, souvent placée dans l’ombre de la République Tchèque ou de la Hongrie, est certainement le plus jeune et le plus méconnu des pays d’Europe centrale. Néanmoins, son histoire, paradoxalement peu liée à celle de son voisin tchèque, ainsi que sa culture en font un pays à découvrir.

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L'hymne slovaque  
Les origines
Le territoire de l’actuelle Slovaquie est peuplé par les Celtes à partir du Ve siècle av. JC, et ce pendant plusieurs siècles jusqu’à l’arrivée de Germains puis des Slaves au Ve siècle de notre ère.

La première réelle formation politique de la région est le royaume de Samo (du nom d’un marchand) qui, durant quelques décennies (VIIe siècle), rassemble les slaves occidentaux.


Le royaume de Grande-Moravie

En 833 est formé le royaume de Grande-Moravie qui englobe à sa création la Moravie, la Slovaquie actuelle, le nord de la Hongrie. En 863, l’arrivée des moines-missionnaires Cyrille et Méthode permet la poursuite de la christianisation de la Grande-Moravie.

Les régions de l’Ouest de l’Ukraine puis la Bohême sont intégrées à la Grande-Moravie. C’est la première et seule fois où la Slovaquie est liée aux pays tchèques avant 1918. Néanmoins, après seulement quatre ans passés au sein du royaume, la Bohême se retire en 894. Les Moraves font alors alliance avec les Francs, dans l’espoir de pouvoir repousser les Magyars qui se font menaçants.

La domination hongroise

En 907, l’armée bavaroise est défaite par les Magyars à Bratislava : c’est la fin de la Grande-Moravie, le territoire de la Slovaquie actuelle passe sous contrôle hongrois.

En l’an 1000, Etienne 1er est le premier roi de Hongrie couronné, avec le soutien de la papauté. L’actuelle Slovaquie partage alors le destin du royaume de Hongrie. L’exploitation des mines d’argent et de cuivre slovaques assure la prospérité et le développement de la région ; en 1465 le roi Mathias Corvin de Hongrie fonde la première université de Bratislava.

 

En 1526, les troupes hongroises sont écrasées à Mohács par les Ottomans. Buda est ravagée dans la foulée. Les Habsbourg se replient et ne possèdent plus alors qu’un petit territoire à l’ouest de Budapest, dont Bratislava (alors dénommée Presbourg) devient la capitale jusque 1848. C’est dans la cathédrale Saint Martin de Bratislava que dix-neuf rois et reines de Hongrie sont couronnés du XVIe au début du XIXe siècle. L’impératrice Marie-Thèrese notamment impulsa un mouvement d’embellissement de la ville.

 

Mais dès le XVIIIe alors que les Habsbourg reprennent progressivement le dessus face aux Ottomans, Bratislava et sa région perd de son importance.

Le XIXe siècle

 

Tandis que le royaume continuait à faire face aux Ottomans, les serfs slovaques, au plus bas de l’échelle sociale, ont commencé à se révolter périodiquement. La politique de germanisation de la société menée par les Habsbourg a accentué la misère et les révoltes et aboutit à l’éveil d’un sentiment national bicéphale car différent culturellement : d’une part se trouvaient des partisans d’une union tchécoslovaque, d’autre part des partisans d’une nation slovaque (menés par Ludovic Štúr, qui codifie la langue slovaque dans les années 1840). Malgré cela, la première tentative de soulèvement armé en 1848 slovaque est un échec.

Pour faire face à une magyarisation de leur pays, une majorité de Slovaques prend alors le parti de soutenir Vienne face à Budapest, un choix qu’ils paieront par une répression sanglante suite à la création de l’Autriche-Hongrie en 1867. A partir de ce moment la magyarisation devient de plus en plus totale. La langue slovaque ne survit qu’à travers quelques paysans, elle est interdite dans les écoles. L’affirmation culturelle slovaque ne peut être dissociée d’un important problème social : les paysans slovaques sont pauvres, et ils sont nombreux à choisir d’émigrer vers les Etats-Unis.

La Tchécoslovaquie : épisode 1
Après la Première Guerre mondiale, la Hongrie, vaincue, perd une grande partie de ses territoires. La Slovaquie, la Bohême et la Moravie se regroupent sous l’impulsion des Tchèques T. Masaryk, E. Beneš et du Slovaque M. R. Štefánik pour former la Tchécoslovaquie. Le premier président du nouvel état est Tomaš Masaryk ; il est signataire de la convention de Pittsburgh qui octroie de manière floue une autonomie à la Slovaquie, qui n’est pas respectée .
Le mécontentement croît du côté slovaque, où parallèlement une élite réapparaît. Il est porté par le parti d’Andrej Hlinka, remplacé en 1938 par Mgr Joseph Tiso à la tête du Parti populiste slovaque.

1939-1945

Joseph Tiso proclame l’indépendance de la Slovaquie le 14 mars 1939 à la suite d’une rencontre avec Hitler dont il obtient le soutien. Il devient le président de ce « protectorat nazi », dont toute l’économie est mise à leur disposition. Tiso a une certaine autonomie concernant sa politique intérieure mais cette dernière se réduit au fur et à mesure de l’avancée de la guerre.

Le régime de type fasciste de Joseph Tiso, essuie une révolte intérieure, l’insurrection nationale slovaque près de Banská Bystrica, réprimée par l’armée allemande au début du mois d’octobre 1944. Les troupes soviétiques entrent peu après dans le pays. Bratislava est libérée et la Tchécoslovaquie reconstituée en avril 1945 (à l’exception des régions les plus orientales, annexées par l’URSS), sous la présidence d’Edvard Beneš.

La Tchécoslovaquie : épisode 2

Le PC est sorti de la guerre avec un important prestige et a manœuvré pour placer ses hommes à tous les échelons. En février 1948, Beneš nomme le communiste Klement Gottwald Premier ministre : c’est le coup de Prague, le point de départ de la Tchécoslovaquie communiste.

Le rattachement à l’URSS est brutal : purges nombreuses, socialisation de l’économie… Après une lente déstalinisation, il semble s’assouplir en 1968, lors du Printemps de Prague, processus de démocratisation mené par le nouveau chef du Parti communiste, le Slovaque Alexandre Dubček, qui met en avant un « socialisme à visage humain ». Jugée inadmissible par Moscou, cette démocratisation est stoppée par l’intervention sanglante des troupes du pacte de Varsovie le 21 août 1968, sans que les Occidentaux ne réagissent.

L’une des rares mesures initiées par le Printemps de Prague maintenue est l’introduction du fédéralisme : en 1969, la Tchécoslovaquie devient un État fédéral avec deux composantes, la République tchèque et la République slovaque.

En 1989, la Révolution de velours, qui se caractérise par sa soudaineté et sa non violence, aboutit au retour à la démocratie. Le dissident Vaćlav Havel, devient président de la nouvelle Tchécoslovaquie.

Les élections de 1992 portent le Parti libéral de Vaćlav Klaus au pouvoir en République tchèque et le Parti national slovaque de Vladimir Mečiar en Slovaquie, ce dernier affichant comme objectif une Slovaquie toujours plus indépendante vis-à-vis de Prague. Les disparités sociales, culturelles, économiques, géographiques, ainsi que les résultats aux élections aboutissent donc à un divorce à l’amiable entre les deux entités, sans consultation des populations.

La Slovaquie indépendante

 

Le 1er janvier 1993, la Slovaquie est officiellement indépendante, avec Bratislava comme capitale. Le pays intègre l’OTAN et l’Union européenne en 2004. Pourtant, à la fin des années 1990, l’adhésion de la Slovaquie en même temps que les autres États du groupe de Visegrad n’était pas considérée comme allant de soit, pour des raisons plus politiques qu’économiques, contrairement à la Roumanie et la Bulgarie. Comme ses voisins d’Europe centrale, la Slovaquie a rejoint l’espace Schengen en décembre 2007 et souhaite vivement entrer dans la zone euro le 1er janvier 2009.

La Slovaquie doit faire face à de nombreux défis, notamment la question des minorités : les Hongrois (environ 500 000 personnes, dans le sud-est du pays) et surtout les Rroms (selon les estimations, entre 350 000 et 500 000 personnes), dont les conditions de vie sont parmi les plus mauvaises d’Europe.

D’un point de vue économique, la « flat-tax », l’impôt à taux unique à 19% instauré en 2004, a relancé les investissements directs étrangers, dont le pays avait grand besoin au début des années 2000. Le taux de croissance du PIB avoisine les 9% en 2007, ce qui fait de l’économie slovaque l’une des plus dynamique de la région, elle qui se surnomme le Tigre de l’Europe centrale, notamment grâce à l’industrie automobile. Le taux de chômage est cependant le plus élevé de l’Union (10,5%), et ce taux, qui est très inégal selon les régions, illustre les fortes disparités qui existent entre l’Ouest et l’Est du pays.

Données politiques
Capitale : Bratislava
Régime politique : Démocratie parlementaire
Membre de l'Union européenne depuis : mai 2004
Président de la République : Ivan Gašparovič (depuis juin 2004)
Premier Ministre : Robert Fico (depuis juillet 2006)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 5 388 (en milliers)
IDH : 0,856
Espérance de vie : 74,7 ans
Taux de fécondité : 1,25
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 95 019 millions $
PIB/hab : 17 559 $
Taux de croissance : 8,2%
Inflation : 4,4%
Chômage : 12%
Monnaie : couronne slovaque (SKK)
 
Quelques liens sur Nouvelle Europe pour aller plus loin
 
Quelques liens pour aller plus loin
 
Le site de l'office du gouvernment (EN)
Le site de Radio Slovakia International (FR)
 
A lire 
 
Petite histoire de la Slovaquie, Lubomir Liptak Institut d'études slaves, 1996
Histoire des tchèques et de slovaques, Antoine Mares, Perrin
Le divorce tchécoslovaque, Frederic Werhlé Harmattan, 1994