Fiche pays : la Biélorussie

Par admin | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : admin, “Fiche pays : la Biélorussie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/338, consulté le 01 juillet 2022

bo-flag.gifLa Biélorussie est un pays méconnu, à tort et à raison. A tort, car c'est un véritable pont entre les mondes slaves mais avec raison car c'est aujourd'hui un régime autoritaire, fermé à l'Ouest.

bo-flag.gifLa Biélorussie est un pays méconnu, à tort et à raison. A tort, car c'est un véritable pont entre les mondes slaves mais avec raison car c'est aujourd'hui un régime autoritaire, fermé à l'Ouest.

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Données politiques
Capitale : Minsk
Régime politique : République (en réalité régime autoritaire)
Non candidate à l'adhésion à l'Union européenne
Président de la République : Alexandre Loukachenko (depuis juillet 1994)
Premier Ministre : Siarhieï Sidorski (depuis décembre 2003)

Données socio- démographiques (en 2006)
Population : 9 742 (en milliers)
IDH : 0,794
Espérance de vie : 69 ans
Taux de fécondité : 1,20

Données économiques (en 2006)
PIB : 85 970 millions $
PIB/hab : 8 862 $
Taux de croissance : 6,9%
Inflation : 7,0%
Chômage : 1,9% (2004)
Monnaie : rouble biélorusse (BYR)

Pour aller plus loin sur Nouvelle Europe :
L'identité biélorusse au coeur de la transition
Alexander Milinkievitch : Voix de l'opposition de la Biélorussie
Vers une Biélorussie nucléaire ?

A lire :
Jean-Charles Lallemand et Virginie Symaniec, Biélorussie, mécanique d'une dictature, Éditions Les petits matins, mars 2007
Arkadiusz Tieplakoff, « La Biélorussie, une nation qui se cherche », Etvdes, juillet-août 2006

Aux origines de la Russie blanche

Le nom de "Russie blanche" apparaît pour la première fois dans la littérature germanique et latine, comme désignant une région mal connue aux limites du monde russe.

L'histoire antique de la région nous est très peu connue et peut difficilement être singularisée de celle des grands mouvements migratoires qui conduisirent les Slaves à s'installer dans ces contrées. Aux IX-XIIe siècles, sur les terres des Krivitchi (au nord du pays), s’est formé le premier Etat biélorusse, la Principauté de Polotsk, fondé en 862, avec cette ville pour centre.

Au coeur de la Lithuanie

Par la suite, les invasions mongoles du XIIIe siècle fractionnèrent la région en créant une multitude de principautés. Beaucoup d'entre elles furent peu à peu incorporées dans le Grand-Duché de Lithuanie, en expansion vers le Sud.

En 1386, le Grand-Duché entra en union personnelle avec le Royaume de Pologne, ce qui eut pour résultat la création du royaume de Pologne-Lithuanie en 1569. Peu à peu, on remarque que dans le couple Pologne-Lithuanie, c'est la première qui prendra l'avantage en imposant peu à peu sa langue au détriment du lithuanien et du vieux-biélorusse.

La région biélorusse a été l'un des enjeux historiques opposant la Russie et la Pologne, permettant alternativement à chaque partie de prendre l'avantage sur l'autre. Cette guerre perpétuelle amena les Polonais à renforcer la "polonisation" des régions qui forment la Biélorussie actuelle.

Les partages de la Pologne et la russification

Les partages de la Pologne en 1772, 1793 et 1795 entre la Russie, la Prusse et l’Autriche ont abouti à la fin de l’Etat polonais et au passage de sa partie biélorusse sous la domination de l’Empire Russe. En 1794, le regain du mouvement patriotique a déclenché l’insurrection conduite par Tadeusz Kostiuszko réprimée, par la suite, par les troupes russes commandées par Alexandre Souvorov.

Au départ, la région ne fut pas l'objet d'une tentative particulière de russification. Elle vivait dans une relative indifférence de Moscou. Ce n'est qu'avec la révolte anti-russe de 1830-1831 que la politique tsariste prit un tour très différent.

Les régions formant l'actuelle Biélorussie furent systématiquement russifiées : l'église uniate (orthodoxe mais rattachée au Pape, issue de l'histoire lithuanienne) fut interdite et la langue russe systématiquement favorisée.

Une des spécificités biélorusses fut donc de trouver dans la Révolution bolchévique de 1917, après les lourds combats de la Première Guerre mondiale, le moyen de remettre au cause la tutelle pesante de Saint Petersbourg et le tsarisme. Le nationalisme biélorusse de ces années fut largement teinté de socialisme. C'est ce qui conduisit à la proclamation, le 25 mars 1918, dans une Biélorussie toujours sous occupation allemande, de la "République Biélorusse Populaire".

Pourtant, celle-ci passa rapidement sous l'autorité du gouvernement soviétique qui remportait la mise dans sa lutte contre les armées blanches. On ne peut pourtant pas dire que les années 1920-1930 furent des années d'oppression pour la nouvelle République Socialiste Soviétique de Biélorussie : la "politique des nationalités" a permis la relative émergence d'une conscience nationale biélorusse, d'une littérature et d'une vie culturelle en langue nationale.

Dans les années 1930 et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la russification fut beaucoup plus active et les marges de liberté laissées à l'autonomie locale, moindre.

Le tourbillon de la Guerre et la reconstruction

 

La Seconde Guerre mondiale bouleversa considérablement la Biélorussie soviétique. Son territoire fut l'un des plus détruits, des plus disputés de l'Europe centrale. Les élites juives peuplant largement ses grandes villes furent systématiquement éliminées par les Nazis et les centres urbains rasés par les bombardements.

Dans ce contexte, la fin de la guerre marqua une période de transformations profondes. Tout d'abord, le territoire de la République s'agrandit d'une part de la Pologne décalée à l'Ouest. Par ailleurs, les structures démographiques et linguistiques furent transformées par la disparition de la population juive, largement urbaine et par l'arrivée de nombreux migrants russophones affairés à la reconstruction du pays.

Les mouvements nationalistes biélorusses ayant collaborés avec les Nazis furent largement discrédités, alors que l'URSS apparut sous un jour favorable par son action positive en faveur de la reconstruction du pays. Dès lors, les élites biélorusses apparurent encore plus intégrées au système soviétique.

L'indépendance par inadvertance

Il faut dire que la République avait l'un des niveaux de vie les plus élevés de l'URSS, les mouvements centrifuges s'y déclenchèrent relativement tard par rapport aux pays baltes, par exemple. L'explosion de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, fut catastrophique pour la Biélorussie, qui vit plus de 11% de son territoire irradié. Elle marqua le début de la marche inéductable à l'indépendance.

La chute de l'URSS en 1992 marqua le début d'une période chaotique pour la Biélorussie, entre démocratie et post-soviétisme. Bien qu'une partie des élites nationalistes tentèrent de rapprocher leur pays des institutions européennes, leur obsession des questions identitaires (et notamment la question linguistique) ainsi que les blocages institutionnels bloquèrent la transition.

Cette situation de blocage chronique, couplé à une chute brutale du niveau de vie permit l'ascension d'Alexandre Loukashenko, un ancien directeur de kolkhoze qui joua sur la fibre russophone et nostalgique d'une grande partie des électeurs. Celui-ci a instauré depuis 1994 un régime de plus en plus autoritaire qui a bloqué toute réforme économique, tout en dépendant largement du soutien énergétique et politique de Moscou.

Depuis, le régime a sans cesse renforcé son emprise sur la société biélorusse mais son allié moscovite est beaucoup moins facile à vivre depuis que Vladimir Poutine a remplacé Boris Eltsine. Le nouveau maître du Kremlin entend en effet recevoir des compensations beaucoup plus importantes à sa protection : bases militaires et rachat des installations biélorusses de transit.

Au même moment, les Européens et les Américains ont pris des mesures de plus en plus drastiques contre les autorités en place, notamment à travers des interdictions de séjour pour les personnalités les plus en vue du régime.

L'Union européenne agit aussi à travers une aide financière et médiatique aux membres de l'opposition biélorusse et notamment à Milinkievic. Malheureusement, cette aide n'a pas permis de concrétiser la tentative de révolution démocratique en 2005.