Fiche pays : l'Albanie

Par L'équipe | 15 novembre 2007

Pour citer cet article : L'équipe, “Fiche pays : l'Albanie”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 15 novembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/335, consulté le 08 août 2020

al-flag.gif L'Albanie est un des pays les plus pauvres d'Europe qui compte une importante diaspora. Le pays est majoritairement musulman mais compte un forte proportion de catholiques et d'orthodoxes. Entourés par les Slaves et les Grecs, les Albanais ont tardé à affirmer leur spécificité nationale dans le cadre ottoman. Voyage au long courts chez les shqiptares, dans le "pays des aigles".

al-flag.gif L'Albanie est un des pays les plus pauvres d'Europe qui compte une importante diaspora. Le pays est majoritairement musulman mais compte un forte proportion de catholiques et d'orthodoxes. Entourés par les Slaves et les Grecs, les Albanais ont tardé à affirmer leur spécificité nationale dans le cadre ottoman. Voyage au long cours chez les shqiptares, dans le "pays des aigles".

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L'hymne albanais  

Les origines

La région est peuplée par les Illyriens depuis le IIe millénaire avant notre ère. A partir du VIIe siècle avant J.-C., les Grecs fondent des colonies à Dyrrachium et Apollonia. Les Romains conquièrent ensuite la région (III-IIe siècle avant J.-C.). La linguistique et l’archéologie semblent démontrer la continuité entre le peuplement illyrien et ceux que les chroniqueurs mentionnent, à partir du XIe siècle comme les Albanoi.

Le Moyen Age

La christianisation est rapide, mais la région est marquée par la coupure entre Rome et Byzance. Le nord est catholique, le sud orthodoxe. Byzance s’efforce de contrôler tant bien que mal les contrées albanaises, disputées par les Bulgares. Les Normands font quelques incursions au XIe siècle et favorisent la constitution de principautés affiliées à Byzance ou aux Serbes. La montagne, déjà, échappe en grande partie aux organisations politiques de la plaine et du littoral.

Après un bref épisode angevin, le serbe Etienne Dušan contrôle la région. La première intervention des Ottomans dans les territoires albanais date de 1382. Le Sultan Murat 1er impose alors sa loi. Des Albanais participent à la bataille de Kosovo aux côtés des Serbes de Lazare en 1389. Les seigneurs albanais se soumettent progressivement aux Ottomans. Georges Kastriote, plus connu sous le nom de Skanderbeg, fait partie d’une des grandes familles du Nord. A 9 ans, il est envoyé en otage à Edirne. Il reçoit une éducation musulmane et le prénom d’Alexandre (Iskander). Il revient en 1438 avec le titre de Vali à Krujë. Il entre en rébellion contre la Porte et parvient à hisser son étendard sur la forteresse de Krujë le 28 novembre 1443. Un étendard destiné à une longue postérité, un aigle à deux têtes sur fond rouge. Cette révolte n’est pas tellement différente des autres dans cette époque féodale, sinon par sa durée (jusqu’en 1468) et sa volonté de fédérer la noblesse. Malgré des victoires et l’espoir d’une croisade, la ligue de Lezhë échoue.

L’Albanie ottomane

Après la période féodale, le système des Timars est introduit en Albanie. Il s’agit d’un domaine prélevé sur les terres de l’Etat destiné à un militaire (spahi). La domination ottomane s’étend surtout à la plaine et aux villes. La montagne suit ses propres règles, celles des tribus (fis) que leur chef, le bayraktar, devait faire appliquer. Le plus connu de ces codes est celui de Leke Dukadgjin, datant du XVe siècle.

Sur le plan religieux, la distinction entre musulmans et « personnes protégées » (dhimmis) s’applique. De nombreuses conversions à l’islam ont lieu pour diverses raisons, notamment politiques. Les Albanais sont nombreux dans l’administration de l’Empire, parfois au plus haut niveau. Entre 1453 et 1623, sur 47 Grands Vizirs, 37 étaient d’origine chrétienne et 17 des Albanais. Le système des Timars, du fait de l’affaiblissement du pouvoir central, se transforme en grands domaines privés héréditaires, les tchifliks. De grands pachas se constituent des domaines quasi-indépendants comme Ali, pacha de Tepelen, dans le Sud, en Epire et jusqu’en Thessalie. Celui-ci négocie même directement avec Napoléon.

De la Rilindja à l’indépendance

A partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, sous la pression des nationalismes voisins, une « Renaissance » nationale se construit autour de la langue. Cette Rilindja est en grande partie le fait de la diaspora, en Italie du Sud, en Roumanie et à Istanbul. Les frères Frashëri et de nombreux intellectuels se battent pour obtenir le droit d’ouvrir des écoles albanaises, elles sont alors à base confessionnelle, en arabe pour les musulmans, en italien pour les catholiques et en grec pour les orthodoxes. Signalons qu'une partie des musulmans appartient à des confréries soufies comme la Bektachyya.

Au moment du Congrès de Berlin en 1878, où Bismarck aurait nié l’existence d’une nation albanaise, les patriotes albanais constituent la ligue de Prizren, mais celle-ci est divisée entre indépendantistes et autonomistes. La première école en langue albanaise ouvre finalement à Korçë en 1887. L’alphabet latin est adopté pour l’albanais en 1908. Ayant accueilli avec faveur la révolution jeune-turque de 1908, les patriotes albanais déchantent vite. En 1910, la révolte d’Albanais au Kosovo remet sur le devant la question albanaise.

Les débuts difficiles de l’Etat albanais (1912-1944)

Voyant tout ce que les Albanais ont à perdre dans les Balkans qui se dessinent alors, Ismaïl Qemal décide de proclamer l’indépendance le 28 novembre 1912 à Vlorë. Mais cette proclamation est ignorée par les Puissances qui se réunissent à Londres où ils établissent les frontières et les institutions d’un nouvel Etat qu’elles veulent neutre. Le Kosovo et la Macédoine du Vardar sont rattachés à la Serbie. Un prince germanique, le prince de Wied, est désigné roi, mais il a du mal à se faire accepter et à étendre son autorité sur tout le pays. Il ne règne que quelques mois sur un territoire réduit.

La Première Guerre mondiale fait replonger l’Albanie dans les rivalités de ses voisins et des puissances. Le pays est occupé par les Austro-Hongrois, Italiens, Bulgares, Serbes, Grecs et Français, chacun jouant des groupes rivaux pour avancer ses pions, comme la France à Korçë en 1916. Après la guerre, une fois encore, le sort de l’Albanie est réglé ailleurs. Le pays devient une république et tente de se construire en étant reconnu. Le début des années 1920 voit la lutte entre différentes factions dont celle de Fan Noli, évêque orthodoxe de Boston et d’Ahmed Zogu, qui l’emporte finalement et se fait même couronner en 1928. Il est de plus en plus soumis aux volontés de l’Italie fasciste qui finit par occuper le pays dès avril 1939. Une grande Albanie contrôlée par l’Italie prend forme pendant la guerre, incluant le Kosovo et une grande partie de la Macédoine. La population albanaise joue un rôle important dans la dissimulation des juifs. L’armée allemande occupe le pays à partir de 1943. Trois mouvements luttent contre l'occupant mais ne parviennent pas à s'entendre.

L’Albanie communiste (1944-1990)

Les communistes, peu implantés dans le pays, gagnent une légitimité dans la résistance, associés aux partisans de Tito. Le pays est libéré sans l’Armée Rouge. Une fois écartés les monarchistes et les nationalistes, les communistes transforment le pays en démocratie populaire. La rupture Tito-Staline de 1948 permet à son leader Enver Hoxha de s’affranchir de la tutelle devenue encombrante du voisin yougoslave. Au moment de la brouille entre Moscou et Pékin, Hoxha choisit le stalinisme remis en cause par Khrouchtchev et se tourne vers la Chine en 1961. L’Albanie vit alors dans une atmosphère paranoïaque où tout ce qui vient de l’étranger est suspect, y compris de Chine à partir de 1978. Le pays vit dans l’isolement jusqu’à la fin des années 1980. Alors que la collectivisation des terres est achevée, la pratique de la religion est interdite en 1967. Hoxha meurt en 1985. Son successeur, Ramiz Alia, tient le cap puis finit par céder en 1990, tandis que des milliers de personnes prennent d'assaut les ambassades pour émigrer.

Chaos et espoirs

A partir de 1991, si la dictature a disparu, la démocratie tarde à se mettre en place. Il y a certes une alternance politique, mais les dirigeants qui se succèdent pratiquent à haute dose le clientélisme et le populisme à courte vue. Sali Berisha, régulièrement au pouvoir jusqu’à aujourd’hui, incarne la revanche du nord sur le sud (région d’origine de la plupart des dirigeants communistes). Les socialistes, longtemps dirigés par Fatos Nano, sont les héritiers du parti du travail, l’ancien parti unique. En 1997, la faillite du système spéculatif des pyramides entraîne un effondrement économique et le départ de nombreux Albanais vers l’étranger, comme en 1991, alimentant tous les trafics, notamment vers l’Italie. La corruption et le crime organisé restent des obstacles au développement du pays. La crise kosovare a entraîné l’arrivée de nombreux réfugiés à la fin des années 1990.

L'Albanie a signé en 2006 un accord de stabilisation et d'association avec l'UE. La perspective européenne semble encore lointaine. Le "pays des aigles" reste l'un des pays les plus pauvres du continent.

Données politiques
Capitale : Tirana
Régime politique : république parlementaire
Relations avec l'UE : ASA signé en 2006
Président de la République : Alfred Moisiu (depuis le 24 juillet 2002)
Premier ministre : Sali Berisha (depuis le 3 septembre 2005)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 3 172 (en milliers)
IDH : 0,784
Espérance de vie : 76,4 ans
Taux de fécondité : 2,06
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 17 965 millions $
PIB/hab : 5 702 $
Taux de croissance : 5%
Inflation : 2,2%
Chômage : 13,8%
Monnaie : lek (ALL)
 
Quelques liens sur Nouvelle Europe pour aller plus loin
 
 
Quelques liens pour aller plus loin
 
Documents sur l'histoire de l'Albanie
Les rapports sur l'Albanie de l'International Crisis Group
Portail du gouvernement albanais
 
A lire
 
Georges Castellan, Histoire de l'Albanie et les Albanais, Armeline, 2002
Nathalie Clayer, Aux origines du nationalisme albanais, Karthala, 2007
 
   

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