Fiche pays : la Macédoine

Par L'équipe | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : L'équipe, “Fiche pays : la Macédoine”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/333, consulté le 08 août 2020

mk-flag.gif La Macédoine apparaît, pour le meilleur et pour le pire, comme un condensé de l'histoire des Balkans. Souvent considérés comme le "plus jeune peuple d’Europe ", les Macédoniens ont connu la guerre au début du XXIe siècle. Sans doute faut-il d'ailleurs parler des peuples de Macédoine puisque ce jeune pays à la recherche d'une identité commune compte une majorité slave, une forte minorité albanaise et d'autres groupes moins nombreux. Petit aperçu de la riche histoire macédonienne.

 

mk-flag.gifLa Macédoine apparaît, pour le meilleur et pour le pire, comme un condensé de l'histoire des Balkans. Souvent considérés comme le "plus jeune peuple d’Europe ", les Macédoniens ont connu la guerre au début du XXIe siècle. Sans doute faut-il d'ailleurs parler des peuples de Macédoine puisque ce jeune pays à la recherche d'une identité commune compte une majorité slave, une forte minorité albanaise et d'autres groupes moins nombreux. Petit aperçu de la riche histoire macédonienne.

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L'hymne macédonien  

Des origines au Moyen Age

La Macédoine a donné à la Grèce son plus grand conquérant : Alexandre, fils de Philippe II. C’est, au IVe siècle avant J.C., un royaume semi-barbare dont les élites sont hellénisées. Ce royaume est ensuite dominé par les Romains. A partir du VIIe siècle, la Macédoine est disputée entre Byzantins et Bulgares. Ces derniers font d’Ohrid un centre de rayonnement religieux et politique qui joue un rôle important dans la conversion des Slaves et la création de l’alphabet cyrillique. Le Tsar Boris Ier se convertit au christianisme en 865, la Grande Bulgarie de ses successeurs Siméon puis Samuel comprend la Macédoine. Les Bulgares sont ensuite dominés par Byzance à partir de 1014 avant de retrouver de l’importance et d’entrer en concurrence avec les Serbes. Le Serbe Etienne Dušan est couronné «empereur des Serbes et des Grecs» en 1346 à Skopje. Son empire couvre une grande partie des Balkans. Les Ottomans mettent un terme aux rivalités entre Serbes et Bulgares en prenant le contrôle de la péninsule. Le sultan Murat 1er (qui meurt à la bataille de Kosovo en 1389) conquiert la Macédoine.

L’Epoque ottomane (1380-1912)

Sur les plans religieux et linguistique, la période ottomane correspond à une perte d’influence du christianisme et des langues slaves. En effet, les élites sont le plus souvent musulmanes, parfois après conversion. Le patriarcat bulgare disparaît, ce qui renforce le patriarcat de Constantinople. Le grec remplace d’ailleurs le slavon dans la liturgie orthodoxe. Pendant toute cette période, avec le système du millet, le principal critère identitaire est religieux. La Macédoine n’a alors pas de limite fixe. A partir du XIXe siècle, elle est l’enjeu de luttes de plus en plus fortes entre les nations voisines. Chacune en revendique en effet tout ou partie. A partir de 1870, un exarchat orthodoxe bulgare autonome par rapport au patriarcat grec est recréé. Leur querelle est plus politique que religieuse. L’enjeu, à travers l’affiliation religieuse, est l’affiliation « nationale » à une époque où l’Europe connaît un processus de création des identités nationales. Bulgares, Grecs et Serbes, souhaitant s’approprier une grande partie des territoires ottomans en Europe, appuient leurs revendications territoriales sur des arguments historiques, linguistiques ou religieux. L’éducation est le terrain privilégié de ces luttes d’influences de plus en plus appuyées et relayées par les Grandes Puissances.

La définition géographique de la Macédoine se met en place définitivement au moment du congrès de Berlin de 1878 où les puissances, sans consulter les populations, établissent des frontières. Le tracé adopté va plutôt dans le sens des aspirations bulgares. L’agitation nationaliste se développe à la fin du XIXe siècle. La Bulgarie l’encourage. Une organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (ORIM-VRMO) lance une insurrection le jour de la Saint-Elie (Ilinden) le 2 août 1903. La dureté de la répression menée par les « bachi-bouzouks » provoque l’intervention des puissances qui mettent en place une gendarmerie à encadrement international et obligent à un recensement. Mais cette ingérence suscite une réaction nationaliste turque et la création à Salonique du Comité Ottoman de la liberté en 1906 à l’origine de la Révolution Jeune-turque de 1908.

La Macédoine dans la tourmente des guerres (1912-1945)

A l’issue des guerres balkaniques, le Traité de Bucarest de 1913 partage la Macédoine entre la Serbie, la Grèce, la Bulgarie et l’Albanie. La Macédoine du Vardar est donc intégrée à la Serbie puis au Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes (SHS) qui devient la Yougoslavie. Dans cet ensemble, aucune spécificité nationale n’est reconnue à ce qu’on appelle alors la « Vieille Serbie » ou « Serbie du Sud » en y incluant le Kosovo.

De plus, cette Macédoine est désormais séparée de la Macédoine de l’Egée, accordée à la Grèce. Or c’était, avec le port de Salonique, le débouché naturel de l’axe Vardar-Axios vers la Méditerranée. La serbisation touche alors l’état-civil (noms de familles en – ović), l’école et la religion. Ensuite, de 1941 à 1945, c'est la bulgarisation. La Bulgarie, alliée à l’Allemagne nazie qui occupe la Yougoslavie, annexant la Macédoine. Mais cette deuxième période de bulgarisation forcée, après celle de 1915-1918, favorise l’essor d’un sentiment national macédonien distinct du sentiment bulgare.

La formation de la nation macédonienne (1945-1991)

La conscience collective macédonienne est donc plutôt récente. Elle s’est faite par différenciation progressive d’avec les Grecs (au XIXe siècle), puis les Bulgares et les Serbes. Bref, si le caractère construit des identités nationales n’est plus un mystère pour les historiens l’aspect récent de cette construction pour la Macédoine nous le rend plus visible.

A l’image des autres peuples balkaniques avant eux, les Macédoniens se lancent à leur tour dans ce que Bernard Lory appelle le « protochronisme » (pour le dire simplement : « Mes ancêtres étaient là avant les tiens donc cette terre est à moi ! »). La langue macédonienne est fixée. La Macédoine devient, à part entière, une République constitutive de la Yougoslavie socialiste.

De l’éclatement de la Yougoslavie à la marche vers l’Europe

La Macédoine, sous l’impulsion de Kiro Gligorov, dirigeant de la Ligue des communistes, se tient soigneusement à l’écart des tensions entre Serbes, Croates et Slovènes. Le pays proclame son indépendance par référendum en septembre 1991, malgré l’abstention de la population albanaise. Deux obstacles restent alors à surmonter :

- L’hostilité des voisins. Pour la Serbie, les choses se passent relativement bien puisque l’armée yougoslave quitte le pays. Les relations sont normalisées en 1996. Avec la Bulgarie, si tous les malentendus ne sont pas levés (beaucoup de Bulgares pensent que les Macédoniens ne sont que des «Bulgares occidentaux»), les relations deviennent normales dès 1992. Avec la Grèce en revanche, la situation est plus complexe. Celle-ci exige que la Macédoine n’utilise pas l’étoile de Vergina à 16 branches sur son drapeau et que le pays ne s’appelle pas Macédoine. Ces deux symboles de l’époque antique sont en effet revendiqués de manière exclusive par la Grèce qui décrète même un embargo en 1994. La Macédoine, déjà coupée de la Yougoslavie (elle aussi sous embargo) est également coupée de son débouché maritime. Finalement, le pays accepte de modifier son drapeau et d’utiliser de manière provisoire le nom d’Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM, FYROM en anglais). Les deux pays se reconnaissent enfin mutuellement en 1996.

- Les divisions intérieures. La République de Macédoine compte en effet, outre 65 % de Slaves Macédoniens, 25 % d’Albanais (essentiellement dans le Nord-Ouest) ainsi que d’autres groupes minoritaires (Serbes, Turcs, Rroms, …). A partir de la fin des années 1990, en lien avec la crise au Kosovo et les difficultés économiques, les tensions s’accroissent et aboutissent à une guerre de quelques mois en 2001. Si les affrontements font peu de victimes, ils creusent le fossé entre les communautés. Les accords d’Ohrid, signés le 13 août 2001 sous l’impulsion de l’UE et de l’OTAN prévoient une meilleure représentation de la population albanaise. La présence systématique de partis albanais dans les coalitions gouvernementales depuis 1991 n’a en effet pas empêché le moindre accès des Albanais à l’éducation (la reconnaissance de l’université albanaise de Tetovo était une des principales revendications), la police, l’administration. La difficile mise en œuvre de ces accords et le maintien d’une forte pauvreté (le PIB par habitant est 4 fois moins élevé que la moyenne de l’UE) et d’un chômage important rendent la situation du pays assez incertaine.

En décembre 2005, la Macédoine s’est vue reconnaître par l'UE le statut de pays candidat. Le rôle de l’UE passe ainsi progressivement de la stabilisation post-conflit à la préparation de l’adhésion. Cette perspective est-elle réaliste et peut-elle avoir un effet positif sur la situation économique et politique du pays ?

Données politiques
Capitale : Skopje
Régime politique : Démocratie parlementaire
Candiadat à l'Union européenne : depuis décembre 2005
Président de la République : Branko Crvenkovski (depuis le 28 avril 2004)
Premier Ministre : Nikola Gruevski (depuis le 28.6.2006)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 2 036 (en milliers)
IDH : 0,796
Espérance de vie : 74,2
Taux de fécondité : 1,43
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 15 742 millions $
PIB/hab : 7 707 $
Taux de croissance : 4%
Inflation : 3,2%
Chômage : 35,9%
Monnaie : denar (MKD)
 
Quelques liens sur Nouvelle Europe pour aller plus loin
 
 
Quelques liens pour aller plus loin
 
Les rapports de l'International Crisis Group sur la Macédoine
La Macédoine dans le rapport 2007 d'Amnesty International
Le site de la mission de l'UE à Skopje
 
A lire
 
Bernard Lory et Christophe Chiclet, La République de Macédoine, L'Harmattan, 2000
Article annuel sur la Macédoine dans le Courrier des Pays de l'Est.
 
   

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