Fiche pays : la Bosnie-Herzégovine

Par Antoine Lanthony | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Fiche pays : la Bosnie-Herzégovine”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/328, consulté le 20 août 2018

drapeau_bihSouvent appelée Bosnie par commodité, la Bosnie-Herzégovine est un pays à l'histoire tourmentée, aujourd'hui encore sujet de bien des interrogations concernant son avenir. Plongée au coeur des montagnes des Balkans qui forment la majeure partie de ce pays méconnu.

drapeau_bihSouvent appelée Bosnie par commodité, la Bosnie-Herzégovine est un pays à l'histoire tourmentée, aujourd'hui encore sujet de bien des interrogations concernant son avenir. Plongée au coeur des montagnes des Balkans qui forment la majeure partie de ce pays méconnu.

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L'hymne bosnien  

Les origines

Les Illyriens pénètrent sur le territoire actuel de la Bosnie-Herzégovine environ 1300 ans avant Jésus Christ. Quelques siècles après, des Celtes viennent s’installer dans les vallées, les Illyriens vivant dans les montagnes.

En 200 avant Jésus Christ, les Romains pénètrent au sud du territoire avant d’en faire une province. L’actuelle Bosnie-Herzégovine oscille alors entre province romaine et destruction par les hordes barbares.

L’arrivée des Slaves

Les Slaves arrivent dans les Balkans et plus particulièrement en Bosnie-Herzégovine au VIe siècle. Trois groupes de Slaves peuplent le territoire et assimilent les anciennes populations, ce sont les Horvates, les Slavons et les Sorabes. Les Horvates et une partie des Slavons adoptent la chrétienté romaine et l’alphabet latin, tandis que les Sorabes et les autres Slavons adoptent la chrétienté de Constantinople et l’alphabet cyrillique. Les parties Est et Ouest du pays sont à plusieurs reprises sous des dominations différentes. Croates, Hongrois, Serbes, Byzantins : tous, à des degrés divers, convoitent les terres de ces Slaves des montagnes.

En 1203, à l’issue d’une révolte slave, les Hongrois imposent une conversion forcée de la population au christianisme. Face à cela, la Bosnie dirigée par Kulin puis Tvrtko conquiert son autonomie jusqu’à devenir un royaume indépendant aux frontières élargies en 1377. Le siècle suivant est celui du déclin, jusqu’au passage sous domination ottomane en 1463.

Dominations ottomane et hongroise

Marquée par les conversions forcées, un grand nombre de Slaves se convertissent alors à l’islam, qui devient la première religion du pays intégré à l’Empire ottoman. Les communautés catholiques et orthodoxes conservent néanmoins une large population.

Durant les quatre siècles de domination ottomane, la province de Bosnie est restée aux frontières de l’Empire ou très proche, subissant donc en permanence plusieurs influences.

A partir du début du XVIIe siècle, l’Empire ottoman recule. La signature du Traité de Berlin cédant le pays à l’Autriche-Hongrie en 1878 est la conséquence de ce recul et du soulèvement de 1875.

Les Habsbourg s’emploient à moderniser le pays et à impulser des réformes sociales pour étouffer le nationalisme slave. Néanmoins, leur volonté de construire une colonie bosniaque modèle faisant fi des diversités religieuses et des nationalismes croate et serbe naissants s’avère un échec, dont l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand en juin 1914 est la tragique conclusion, point de départ de la Première Guerre mondiale.

D’une Guerre mondiale à l’autre

Relativement épargnée par la guerre, la Bosnie-Herzégovine est partie du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes créé en 1918 et qui prend le nom de Royaume de Yougoslavie en 1929.

Relativement stable au sein du royaume, la Bosnie-Herzégovine est l’objet de tractations à la fin des années 1930. Elles aboutissent en 1939 à l’accord Cvetković-Maček qui prévoit la partition du pays et l’attribution de sa partie ouest à la Croatie et de sa partie est à la Serbie. Néanmoins, la menace allemande rendra l’accord caduc, la Yougoslavie étant envahie par l’Allemagne nazie en 1941, et le territoire bosniaque inclus dans l’Etat indépendant de Croatie, satellite du IIIe Reich allemand.

Durant la guerre, le pays voit opérer plusieurs mouvements de résistance : les plus importants étant les tchetniks nationalistes serbes et les partisans emmenés par Tito, dont les membres combattent à la fois les tchetniks et les forces de l’Axe. Soutenus par les Alliés, les partisans ré-établissent pendant la guerre les frontières de la Bosnie-Herzégovine à l’intérieur de la future Yougoslavie qu’ils appellent de leurs vœux.

La Bosnie-Herzégovine au sein de la Yougoslavie (1945-1992)

La Bosnie-Herzégovine est donc l’une des six républiques formant la République fédérale socialiste de Yougoslavie. République multiethnique et multiconfessionnelle par excellence, la Bosnie-Herzégovine profite de la période yougoslave pour se développer, tout en étant citée en exemple par le pouvoir comme réussite de cohabitation pacifique. Les Jeux Olympiques d’hiver de 1984, organisés à Sarajevo, sont à cet égard une réussite.

La mort de Tito et la montée des nationalismes qui lui succède affectent cependant le pays. Après les élections parlementaires de 1990 et les déclarations d’indépendance slovène et croate, les Bosniens (habitants de Bosnie-Herzégovine) se retrouvent face à un dilemme : indépendance ou maintien dans une Yougoslavie en décomposition. Les Serbes sont majoritairement favorables à un maintien au sein de la Fédération tandis que les Croates et les Bosniaques (musulmans) sont majoritairement favorables à l’indépendance.

En toile de fond, les nationalistes serbes et croates ambitionnent, comme en 1939, de se partager le gâteau bosniaque. Ainsi, le Président serbe Slobodan Milošević et le Président croate Franjo Tuđman reprennent comme base l’accord Cvetković-Maček envisageant la création d’une Grande Croatie et d’une Grande Serbie.

La déclaration d’indépendance d’octobre 1991 puis le référendum de mars 1992, boycotté par les Serbes de Bosnie seront les derniers événements amenant au déclenchement quasi-immédiat de la guerre de Bosnie.

Guerre et paix sous protectorat international

Les forces armées de la République serbe de Bosnie, créée en 1992 prennent rapidement le contrôle de la majorité du pays, soutenus par des paramilitaires en provenance de la République fédérale de Yougoslavie, qui leur accorde également un soutien logistique et financier. Leur avancée atteint 70% du territoire du pays courant 1993, face à une résistance croato-musulmane affaiblie par la déclaration unilatérale en 1991 d’une République croate de Bosnie, à l’instar de la République serbe de Bosnie.

Cette situation aboutit en 1993 à un nouveau conflit entre le pouvoir de Sarajevo et les forces croates de Bosnie. En 1994, les accords de Washington permettent la création d’une fédération croato-musulmane au sein de la Bosnie-Herzégovine, tandis qu’en 1995, ce sont les accords de Dayton signés par les Présidents Alija Izetbegović, Franjo Tuđman et Slobodan Milošević qui scellent la création de la Bosnie-Herzégovine d’aujourd’hui, divisée en deux entités : la Fédération de Bosnie et Herzégovine (51 % du territoire, majoritairement bosniaque et croate) et la République serbe de Bosnie (49 % du territoire, majoritairement serbe).

Théâtre de combats sanglants et de multiples exactions, en particulier le massacre de Srebrenica (8000 musulmans tués par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995), les guerres de Bosnie ont causé la mort de plus de 100 000 personnes et plus de 2 millions de déplacés, la majorité d’entre elles étant des Bosniaques musulmans.

Après Dayton, des relations difficiles avec l'UE

Depuis les accords de Dayton, la Bosnie-Herzégovine a trouvé une paix réelle et des institutions ont été mises en place. Le pays est cependant dans une situation de protectorat international : le haut-responsable de l’Union européenne sur place est la personne ayant le plus de pouvoir, les forces de l’EUFOR ont remplacé les troupes de l’OTAN en 2004, tandis que la monnaie (le marka convertible) est en réalité l’ancien mark allemand.

La constitution de l’Etat, l’institution d’une présidence tournante entre Serbes, Croates et Bosniaques, les volontés séparatistes de certains, la déclaration d'indépendance du Kosovo et son impact sur le reste des Balkans : toutes ces questions font que la Bosnie-Herzégovine est un Etat qui pose encore beaucoup d’interrogations quant à sa viabilité et à son avenir.

Le pays a néanmoins effectué un pas important dans son rapprochement avec l'UE en signant un accord de stabilisation et d'association (ASA) le 4 décembre 2007, au lendemain de l'adoption du plan de réforme prévoyant l'unification des forces de police du pays.

Données politiques
Capitale : Sarajevo
Régime politique : République fédérale
Président de la République : Présidence tournante entre Zeljko KOMSIC (Croate), Nebojsa RADMANOVIC (Serbe) et Haris SILAJDZIC (Bosniaque) (depuis octobre 2006)
Premier Ministre : Nikola SPIRIC (depuis janvier 2007, démissionnaire en novembre 2007)

Haut-représentant de l'Union européenne : Miroslav LAJCAK (Slovaquie)
ASA signé en 2007

 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 3 926 (en milliers)
IDH : 0,8
Espérance de vie : 74,9 ans
Taux de fécondité : 1,23
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 33 748 millions $
PIB/hab : 8 543 $
Taux de croissance : 6%
Inflation : 6%
Chômage : 41%
Monnaie : mark (BAM)
 
Quelques liens sur Nouvelle Europe pour aller plus loin
 
  • Neum entre histoire et modernité
 
Quelques liens pour aller plus loin
 
La Bosnie-Herzégovine sur le site du Ministère des Affaires étrangères
Le Courrier de la Bosnie-Herzégovine
Portail du governement de Bosnie-Herzégovine
 
A lire
 
Mahmutcehajic, Rusmir, Le meurtre de la Bosnie, Editions Non Lieu, 2008
Dérens, Jean-Arnaud, Geslin, Laurent, Comprendre les Balkans. Histoire, sociétés, perspectives, Editions Non Lieu, 2007
Andric, Ivo, Le pont sur la Drina, Le Livre de Poche, 1999
Jergovic, Miljenko, Le jardinier de Sarajevo, Babel, 2004
 
   

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