Fiche pays : la Turquie

Par admin | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : admin, “Fiche pays : la Turquie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/327, consulté le 05 juillet 2022

tu-flag.gifLa Turquie fait débat. Membre fondateur du Conseil de l'Europe, son rapprochement avec Bruxelles a été entamé il y a plus de quarante ans. Regard sur l'histoire d'un grand pays à cheval sur les continents.

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La Turquie fait débat. Membre fondateur du Conseil de l'Europe, son rapprochement avec Bruxelles a été entamé il y a plus de quarante ans. Regard sur l'histoire d'un grand pays à cheval sur les continents.
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Le refus d'un héritage encombrant

La Turquie moderne est l’héritière de l’Empire Ottoman. Celui-ci avait vu se développer le pouvoir de sa composante turque au début du XXe siècle avec le gouvernement du mouvement "Jeunes Turcs".

Après la Première Guerre mondiale, les tendances centrifuges, l’utilisation des revendications arabes par les puissances alliées mettent l’empire au bord de la totale destruction. Ses provinces arabes sont occupées par la France et l’Angleterre, l’Italie occupe le sud de l’Anatolie et la Grèce attaque pour récupérer toute la façade égéenne de l’empire. Le Sultan est assiégé à Constantinople et obligé de signer les accords humiliants de Sèvres.

Ouvert à l’Occident et proche du mouvement "Jeunes Turcs", un groupe de jeunes officiers turcs qui s’étaient couverts de gloire pendant les combats de la Grande Guerre engage la guerre civile contre les forces du sultan. Leur chef, Mustafa Kemal, est persuadé que l’idéal de regrouper tous les Musulmans dans un seul empire est oblitéré par la fin de l’expérience ottomane. Il veut un Etat turc, fort et laïque. Il mène campagne à la fois contre les Ottomans soutenus par les Puissances et contre les Grecs qui veulent récupérer la façade égéenne de la Turquie.

Entre 1920 et 1922, la « guerre d’indépendance » et l'installation d'un Etat centralisé et fort leur permet de négocier le traité de Lausanne en 1923 qui confirme les droits de la Turquie moderne, lui rend sa frontière thrace et la libère de toute occupation étrangère. Les populations grecques et turques sont échangées par les deux pays, sauf à Constantinople (Istanbul). La Grande Assemblée Nationale exerce les pouvoirs exécutifs et législatifs et les délègue à un Conseil des ministres qui a pour président Mustafa Kemal.

Les réformes de la Turquie kémaliste

A la suite des élections triomphales de la deuxième Grande Assemblée Nationale, la République de Turquie est proclamée le 29 octobre 1923. Mustafa Kemal en devient le président et prend un ensemble de mesures symboliques de ruptures avec l'Ottomanisme : le Califat est aboli en 1924, la capitale fut fixée à Ankara.

Un parti unique, le Parti Républicain du Peuple, dirige les réformes d’une main de fer avec la volonté de faire entrer la Turquie dans la modernité avec pour slogan : « turquiser, moderniser, occidentaliser », les principes de ce qu’on a appelé le kémalisme. Au parti incomba alors la précieuse tâche de fonder les bases de l’Etat Nation, définir et transférer une nouvelle identité nationale au peuple.

De grandes réformes qui transformèrent complètement la vie des Turcs furent adoptées en peu de temps : la Turquie est le seul pays musulman à avoir intégré la laïcité à sa constitution, allant même jusqu’à interdire le port du fez et les confréries. Le pays adopta des codes juridiques inspirés des codes européens ne faisant pas référence à l’Islam, que Mustafa Kemal tenait en partie responsable de la déliquescence de l’Empire Ottoman.

Le calendrier grégorien fut adopté et l’alphabet latin fut introduit pour remplacer l’alphabet arabe qui servait à écrire le turc ottoman. La langue fut épurée d’une grande partie de ses mots arabes ou persans. Chacun dut se choisir un nom de famille. Dans le cadre des mesures de rapprochement avec l’Occident, la Turquie entra à la Société des Nations en 1932 et elle parut assez stable pour que le contrôle des détroits lui fût rendu en 1936. Ismet Inönü, le fidèle lieutenant d’Atatürk, lui succéda la même année. Cette transition dans le calme permit l’introduction du multipartisme en 1946.

Après la Seconde Guerre mondiale, le pouvoir de l'armée

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie essaya de garder sa neutralité en faisant des concessions aux deux camps.

Après la guerre, face aux revendications territoriales de l’URSS, le pays se rapproche des Etats-Unis, leur permet d’installer des bases dans le pays et devient ainsi la tête de pont de la politique américaine au Moyen-Orient.

Cette alliance sans faille avec les Américains a eu pour effet d'éloigner durablement la Turquie du reste des pays musulmans. Aux élections de 1950, les Démocrates arrivèrent au pouvoir avec un programme promettant les libertés économiques et politiques ainsi qu’un programme plus libéral vis-à-vis de l’Islam qui les rendit immensément populaires auprès des milieux paysans. La vie politique reste pourtant marquée par le pouvoir de l’armée qui se veut la garante des principes du kémalisme. C’est ce qui la pousse à des coups d’Etat successifs en 1960, 1971 et 1980. Avec les militaires, le fait religieux rejeté dans la tradition républicaine se réinsère dans la vie politique.

En effet, l’histoire de la Turquie depuis les années soixante fut marquée par l’instabilité créée par les heurts entre la gauche et la droite qui recrutaient dans les couches défavorisées de la population. La majorité turque condamna ces séries d’attentats notamment en soutenant les reprises en main militaires et en organisant de gigantesques manifestations de protestations dans les rues d’Istanbul comme le 1er mai 1976

Plusieurs coups d’Etat mirent l’armée au pouvoir pour tenter de rétablir la situation, comme en 1980. Cette prise de pouvoir militaire fut bien accueillie par la population dont la principale préoccupation était devenue la sécurité. Pourtant, si ces manœuvres militaires étaient assez bien vues par les chancelleries occidentales, elles restreignaient les libertés au point d’engendrer de nouvelles violences. Les droits de l’homme et le droit de grève furent suspendus (mise en place de couvre-feux), selon les statistiques officielles; en 2 ans plus de 30 000 procès contre-terroristes furent menés à terme et se traduisirent par plus de 25 000 emprisonnements.
Après le retour du pouvoir aux civils en 1983, les Droits de l’Homme furent mieux appliqués et de grands progrès furent faits en matière de démocratie grâce, entre autres, aux pressions exercées par les Européens.

L'endettement chronique et la volonté démocratique

Il faut néanmoins ajouter à cela l’endettement chronique du pays qui paralysa complètement l’action gouvernementale depuis les années 1960. A la fin des années 1970, le pays comptait parmi les quatre ou cinq pays les plus endettés du monde. Un endettement d’autant plus problématique qu’il n’aide pas l’Etat à faire monter le niveau de vie des populations les moins intégrées comme les Kurdes dont certains, embrigadés par le PKK, y ont trouvé des revendications contre Ankara.

Pourtant des efforts ont été faits pour assainir l’économie et malgré l'endettement chronique, le pays connaît un fort taux de croissance depuis une décennie (plus de 5%).

La politique depuis le début des années 1990 a été en grande partie guidée par l’espoir d’entrer dans l’Union européenne. La pression européenne s'est notamment fait sentir sur la question kurde. En 1991, des remises de peine ont permis 43 000 libérations et la langue kurde a été réautorisée dans le cadre domestique et de nos jours dans les médias (avec des quotas quotidiens dans les médias). Ces droits sont aussi accordés aux minorités religieuses : notamment CEM TV ou SU TV, chaînes de télévisions « réservées » aux Alawites... Depuis, la peine de mort a été abolie sauf en cas de menace grave contre la sécurité de l'Etat.

Le long chemin vers l'Europe

Dès 1959, la Turquie a fait sa première demande d'adhésion à la CEE. Cette volonté de rapprochement européen était vue par Ankara dans la continuité des participations turques à différentes instances européennes comme le Conseil de l'Europe dont elle fut membre fondateur et l'OTAN.

Le premier accord d'association avec la CEE fut signé en 1964. Depuis quarante ans, l'adhésion turque chemine avec difficulté : différents coups d'Etat ont été autant de suspensions du processus d'une part, et de l'autre, un certain nombre de pays européens ont entravé la marche turque vers l'Europe.

Néanmoins, la Turquie s'est vue reconnaître le statut de candidate à l'adhésion en 1999 et les négociations sont ouvertes depuis 2005.

Données politiques
Capitale : Ankara
Régime politique : république parlementaire
Candidat à l'adhésion à l'Union européenne depuis 1999
Président de la République : Abdullah GÜL (depuis le 28 aout 2007)
Premier Ministre : Recep Tayyip ERDOGAN (depuis le 12 mars 2003)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 73 922 (en milliers)
IDH : 0,757
Espérance de vie : 71.8
Taux de fécondité : 2.14
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 660 837 (millions de $)
PIB/hab : 9107 $
Taux de croissance : 5,5 %
Inflation : 9,6%
Chômage : 10,2%
Monnaie : nouvelle livre turque (TRY)
 
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Présidence de la république de Turquie

Le site "Turquie européenne"
 
A lire
 

Semih Vaner (dir.), La Turquie, Fayard, 2005.

Pérousse, Jean, La Turquie en marche, La Martinière, 2004.