Nabucco : l'UE joue son avenir

Par Eurechos | 4 mars 2010

Pour citer cet article : Eurechos, “Nabucco : l'UE joue son avenir”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 4 mars 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/824, consulté le 05 décembre 2022

Lancé en 2004 par l'Union européenne, le gazoduc Nabucco devrait approvisionner l'Europe en gaz du Moyen-Orient et de l'Asie centrale. Contourner la Russie et l'Ukraine lui permettrait de gagner en indépendance et en sécurité énergétiques.

South Stream, le projet concurrent lancé par la Russie qui voyait là son hégémonie gazière menacée, est aujourd'hui dans une phase plus avancée. Les accords de Gazprom avec les pays de transit se multiplient. L'Italie est déjà cofondatrice. La Hongrie, la Grèce, la Serbie, la Slovénie, et récemment la Croatie ont validé le projet. Quant à l’Autriche et la Roumanie, la procédure est en cours. La France aussi, suivant les intérêts de la société EDF-Suez, soutient le projet russe. Certains pays se sont même engagés dans les deux en même temps, comme l'Allemagne et la Hongrie. Plus étonnant encore, le Commissaire européen à l'Energie a annoncé mardi que l'Union européenne pourrait soutenir son concurrent russe... Mais que Nabucco restait la priorité de Bruxelles. Officiellement, les pays membres de l'UE sont favorables à un projet européen. Or les intérêts économiques des entreprises énergétiques n'ont que faire de cette volonté politique. Bien que Nabucco soit moins cher à réaliser, le financement de sa construction d'une part, et son approvisionnement d'autre part, demeurent incertains. D'où la réticence des pays à le soutenir et leur repli vers le géant russe.

Que signifierait un accord sur Nabucco ou au contraire son abandon ?

Imaginons que les Européens fassent preuve de courage politique et se donnent les moyens de leurs ambitions, un accord sur Nabucco le 6 mars serait un signe d'espoir pour l'avenir de l'Europe. La preuve qu'une politique énergétique commune est possible. L'abandon de cette idée serait au contraire un symbole supplémentaire de la désunion, voire de l'impuissance européenne. Cela marquerait même un recul démocratique. La dépendance énergétique menace l’indépendance politique. Le pouvoir de contestation l’Europe face à la Russie, son fournisseur de gaz, serait amoindri. Un paradoxe alors même que les textes fondateurs de l’Union en font un exemple en matière de respect des droits humains.
« Nabucco, de projet commun, devient l'un des principaux facteurs de désunion de l'Europe », regrette la femme politique Noëlle Lenoir dans son blog. Et l'experte d'ajouter : « Il aurait dû illustrer la naissance d'une politique énergétique commune. Il est en passe d'être l'un des exemples les plus éclatants de  l'incapacité des Européens à transformer en actes leur prise de conscience des dangers qu'ils savent pourtant devoir affronter en commun. »

Loin des grandes ambitions affichées, une solution intermédiaire se dessine. En l'occurrence, elle constiterait en une conciliation des deux projets. Un accord à minima, que le Conseil européen, par la force des négociations, a encore le pouvoir d'éviter.