Multiplication des accords commerciaux Europe-Asie : l’exemple du Vietnam et de l’Indonésie

Par Olivier Pawlicka | 6 février 2012

Pour citer cet article : Olivier Pawlicka, “Multiplication des accords commerciaux Europe-Asie : l’exemple du Vietnam et de l’Indonésie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 6 février 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1418, consulté le 16 décembre 2017

Les négociations du cycle de Doha étant dans l'impasse depuis 2006, les pays multiplient les accords de libre-échange (ALE). À l'image de l'ALE avec la Corée du sud, l'UE continue les réunions au sommet avec les puissances asiatiques telles que le Vietnam ou l'Indonésie, dans l'espoir d'aboutir à un rapprochement économique.

Un accord bilatéral avec le Vietnam pour moderniser le pays

Lorsque la chancelière allemande, Angela Merkel, a encouragé fin 2011 le développement des échanges entre l'Allemagne et le Vietnam (un des pays les moins puissants de l'ASEAN), ainsi que la poursuite des négociations pour un ALE UE-Vietnam, c'est tout un symbole qui souligne l'intensité des relations UE-ASEAN depuis des années. Au-delà des sommets annuels UE-ASEAN, l'Union continue sa politique de développement d'accords économiques avec les pays de l'organisation asiatique. Depuis la paralysie du cycle de Doha dans le cadre de l'OMC et l'échec de l'accord entre l'UE et l'ASEAN, le bilatéralisme prévaut.

La spécificité du Vietnam et de son économie de marché n'est pas pour apeurer l'UE, qui voit en ce pays un potentiel d'investissements massifs. C'est en 2010 que le Vietnam et l'UE se sont mis d'accord pour débuter les négociations, en parallèle de celles entamées avec la Corée du Sud. Car si bien sûr, l'UE se comporte en bon samaritain en accordant au pays une importante aide au développement, l'ALE sera surtout l'opportunité pour les entreprises de voir les barrières tarifaires baisser.

À l'inverse de l'ALE avec la Corée du Sud où les deux signataires bénéficient grandement des échanges bilatéraux, le fossé économique avec le Vietnam garantira à l'Union européenne une pénétration unilatérale plus aisée, profitant de la faiblesse des sociétés nationales vietnamiennes. L'UE négocie l'ALE avec intérêt car elle est consciente qu'il y a un déficit de formations professionnelles qui peut être comblé par des experts européens. Sans parler d'évangélisation économique, tout est à faire au Vietnam dans le domaine des ressources humaines, de la modernisation des infrastructures ou encore des hautes technologies respectueuses de l'environnement, deux priorités du gouvernement pour l'horizon 2011-2020. Actuellement, selon la Chambre de commerce et d'industrie de l'UE, les exportations vers l'UE représentent 16% du PIB national vietnamien, soit 14,9 milliards d'euros. S'il négocie intelligemment l'accord, le Vietnam, quoique outsider, pourrait bénéficier d'un échange bilatéral de connaissance industrielle.

La prudence indonésienne

Si l'Indonésie est particulièrement intéressée par un ALE avec l'UE, elle ne veut pas répéter les erreurs du passé. La signature d'un ALE entre l’ASEAN et la Chine (plus grand accord mondial et premier marché de libre échange) a déclenché une arrivée en masse de produits chinois similaires à ceux fabriqués en Indonésie, provoquant la fermeture de PME locales.

Les enjeux d'un tel accord sont conséquents. Selon la ministre indonésienne du commerce, Mme Pangestu, « l'Indonésie bénéficie d'un excédent commercial de 7 milliards d'euros avec l'Union européenne » et le volume des échanges bilatéraux entre les deux pays s'élèvent déjà à 20 milliards d'euros par an (Eurostat).
L'industrie indonésienne repose entre autres sur le textile et sa production d'huile de palme dont l'UE est un grand client (soucis sanitaires mis de côté).

L'enjeu pour l'aboutissement des ALE (autant en Indonésie qu'au Vietnam et avec les autres membres de l'ASEAN) est de créer un environnement de compétition sain entre entreprises occidentales et asiatiques. Les Chinois, les Sud-Coréens et les Indiens très présents, ont profité d'une situation de monopole.

Le danger pour l'Indonésie si elle venait à signer un ALE avec l'UE ou une autre puissance occidentale serait de développer une forte dépendance envers elle (à travers une libéralisation et une trop grande importation des services sans échange de connaissance). L'Indonésie est certainement le pays de l'ASEAN qui a le plus important potentiel économique et énergétique sur le long terme tant elle va s'avérer une terre d'opportunités pour des entreprises comme Areva et Alstom.

L'enjeu tarifaire

Les ALE sont avant tout le symbole de l'effacement des tarifs douaniers. L'Asie, est depuis les années 80 le théâtre des négociations clés de différents ALE puisqu'elle est communément appelée « l'usine du monde ». Les droits de douane varient selon les pays de l'ASEAN, c'est pourquoi l'UE s'emploie à négocier de façon très personnelle selon le pays avec lequel elle s'engage, ce qui a représenté un facteur d'échec des négociations pour un ALE entre l'UE et l'ASEAN (en plus du manque de reconnaissance par l'Union du statut d'économie de marché de la Chine).

La Commission européenne est donc d'autant plus impatiente de négocier cet accord de libre-échange avec l'Indonésie, que cette dernière multiplie les prises de contact avec des pays asiatiques tel que Taiwan pour développer son programme de ALE. Jadis auréolée d'une aura économique sérieuse, l'Union européenne n'est plus le phare de stabilité économique qu'elle pouvait représenter au début des années 2000, c'est pourquoi elle doit se presser si elle ne veut pas manquer l'opportunité asiatique et ainsi rater des parts de marché considérables.

Les négociations ouvertes de ces deux accords de libre-échange avec le Vietnam et l'Indonésie sont le signe de l'impasse d'un potentiel ALE avec l'ASEAN, en raison des disparités économiques au sein de l'organisation. L'UE a donc fait des ALE avec les Etats membres une priorité.

Des pays comme l'Indonésie et le Vietnam, qui n'ont pas autant de multinationales qu'en Corée du sud, doivent être vigilants lors de la négociation des ALE pour ne pas mettre en péril leur industrie locale. Sans dire que le rapport de force est en leur faveur, il faut reconnaître qu’elles bénéficient d'un levier important au moment où l'UE est en mauvaise posture. C'est l'occasion pour les deux pays de négocier à leur avantage leur avenir économique.

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