Pour la première fois depuis son adhésion, la Slovénie accueille le programme ECOC (Capitale européenne de la Culture). Malgré les nombreux changements de l’équipe et une véritable réduction du budget prévu, l’effervescence culturelle de Maribor et des villes partenaires du programme représentera l’atout principal et la clé de voûte de la manifestation. Avec 412 projets articulés en quatre piliers, la Basse-Styrie est prête à poursuivre sa relance culturelle.
14 janvier 2012 : l’inauguration du programme
« Ce soir, nous sommes témoins d’un moment qui permettra à Maribor de rentrer dans une nouvelle phase de son développement ». Le 14 janvier dernier, le président de la République slovène Danilo Türk a officiellement inauguré le programme de Maribor 2012 - Capitale européenne de la Culture, titre que la ville partagera avec Guimarães au cours de cette année. En présence de Mme Androulla Vassiliou, Commissaire européenne à l’Education, à la Culture, au Multilinguisme et à la Jeunesse, la cérémonie d’ouverture a vu la présence d’une centaine d’artistes, accompagnés de jeux des lumières qui ont traversé la ville. L’élément de rupture souligné par M Türk est d’ailleurs confirmé par le slogan officiel de Maribor 2012 : « The Turning Point ».
La Slovénie organise le programme ECOC pour la première fois depuis son adhésion à l’Union européenne. Pour la réussite de l’initiative, le dossier de candidature slovène présente un programme de coopération avec cinq autres villes de la région : Murska Sobota, Novo Mesto, Ptuj, Slovenj Gradec et Velenje. Ce choix est conforme à l’article 3 paragraphe 6 de la décision N° 1622/2006/CE du Parlement, qui affirme que les villes proposant leurs candidatures « peuvent choisir d’associer leur région environnante à leur programme ».
Des Habsbourg à l’indépendance
Située au coeur de la Basse-Styrie, une des huit régions traditionnelles qui composent le pays, Maribor est la deuxième ville slovène par son nombre d’habitants, environ 157 000, (elle n’est dépassée que par la capitale Ljubljana). Du fait d’une position géographique très importante, étant au sein du triangle Munich - Venise - Prague, Maribor a été l’objet des intérêts de nombreuses puissances régionales, des Habsbourg aux Ottomans, qui ont contrôlé la ville de 1532 à 1683. En effet, la ville montre aujourd’hui les signes de ces dominations à l’intérieur de son centre historique parfaitement conservé ; en ce sens la Cathédrale Jean-Baptiste, qui date du XIIe siècle, en est la confirmation avec son style gothique.
Le développement économique commence avec la première domination des Habsbourg à la fin du XIIIe siècle. Après la phase ottomane, la ville est pour une deuxième fois contrôlée par l’Empire austro-hongrois jusqu’en 1918. Ce parcours historique est reflété dans la culture, à la fois dans le style architectural très proche de celui de Vienne et par une influence linguistique marquante : jusqu’à la Première guerre mondiale, environ 80 % de la population de Maribor parlait couramment allemand. Depuis, et suite à la défaite de l’Allemagne nazie en 1945, les dernières populations germanophones ont été expulsées par le nouveau régime yougoslave.
Dans la seconde Yougoslavie, Maribor devient le coeur du développement de l’industrie mécanique, sidérurgique et chimique, favorisant la montée en puissance de l’économie slovène et profitant du marché intérieur de la République de Tito. Bien évidemment, l’indépendance souhaitée remet en cause l’économie régionale et c’est pourquoi, face à une hausse importante du chômage, le tissu productif est converti en petites et moyennes entreprises, suivant l’exemple du Nord-Est italien.
De plus, la région vise également à l’amélioration de l’offre touristique, ce qui permet ainsi à la ville de devenir un centre renommé pour les sports d’hiver, et également d'accueillir l’Universiade d’hiver en 2013.
Une capitale difficile à mettre en place
Même si la nomination de Maribor avait été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme, la mise en oeuvre du programme a été l’objet de polémiques à plusieurs reprises. En avril 2011, le metteur en scène Tomaz Pandur démissionnait du poste de directeur du comité d’organisation de Maribor 2012. En effet, plusieurs critiques étaient soulevées face à son double rôle au sein du programme : Pandur était à la fois président de l’initiative et artiste participant au programme même, ce qui apparaissait comme un véritable conflit d'intérêts aux yeux de l’opinion publique slovène.
Un changement s’est également produit au sein de l’équipe de travail. Le 5 avril 2011, le maire de la ville Franc Kangler nommait Mme Suzana Zilic Fiser en qualité de directrice générale de Maribor 2012. Un mois plus tard, lors du deuxième meeting entre le jury de suivi et de conseil du programme et la délégation slovène, Mme Zilic Fiser présentait une équipe composée de huit nouveaux membres.
Ces changements institutionnels se sont accompagnés d’une critique sévère de la préparation de l’événement. Le quotidien Delo lançait en mars 2011 des accusations féroces contre le maire de Maribor, Franc Kangler, dénonçant l’absence de transparence de l’Institut de Maribor 2012 lors de « la signature de contrats de marketing et de services avec des entreprises bien connues à Maribor », ce qui « montre bien comment l’argent disparait dans de grands projets ».
Un budget de plus en plus réduit
Dans ses pages, Delo critiquait également la « mégalomanie » de l’équipe de Kangler à l’occasion des Universiade de 2013, incapable cependant de tenir ses engagements : du sky jump aux ressorts, des investissements qu’il ne fallait pas abandonner : « que reste-il aujourd’hui de ces projets? ». On est forcé de remarquer que cette attitude a été confirmée lors de la présentation du budget de l’événement. En novembre 2008, lors de la réunion de sélection entre le jury et la délégation slovène, celle-ci affirmait que le budget pour Maribor 2012 serait de l’ordre de 200 millions d’Euros, dont 143 millions aurait été destinés aux investissements dans les infrastructures et la partie restante aurait été consacrée au programme en tant que tel.
Confirmé lors du premier monitorage du projet en décembre 2009, la donnée changeait en mai 2011 avec le deuxième monitorage : environ 90 millions, avec 41,78 millions pour la mise en oeuvre du programme. Ce n’est qu’à la fin de 2011 que le budget est enfin établi : 16 millions d’euro, dont 1,5 millions proviennent de l’UE. Mitja Rotovnik, directeur du théâtre Cankarjev de Ljubljana affirmait à cet égard qu’ « en temps de crise, un tel financement est somptueux ».
Un panorama culturel vivant
Malgré les nombreuses complications dans la mise en oeuvre de Maribor 2012, il faut cependant remarquer que Maribor dispose déjà d’une vie culturelle véritablement effervescente. Le festival Lent, qui se déroule chaque année dans la ville, est l’un des plus riches et importants de la région balkanique. Maribor accueille également un festival de musique classique et un festival de théâtre.
À coté de ces initiatives, deux centres culturels importants sont situés dans la ville : le KGB, un bar situé au coeur du centre ville et promoteur de concerts jazz ; le Pekarna, un centre culturel occupé par des artistes et des activistes depuis l’indépendance. Ce panorama culturel vivant de la ville s’accompagnera d’investissements visant à la rénovation d’établissements historiques et culturels dans les villes partenaires de Maribor : le Theatre Park de Murska Sobota, la maison de Hugo Wolf située à Slovenj Gradec et le théâtre Anton Podbevsek de Novo Mesto.
Un programme, quatre piliers
Articulée dans un premier temps autour de 16 thèmes, le programme a été l’objet d’une véritable révision par la nouvelle équipe. Lors de la deuxième session de monitorage, Mme Suzana Zilic Fiser a présenté un programme composé de 412 projets et articulé autour de quatre piliers. Le premier est Terminal 12. Tenant compte de l’effervescence culturelle dont nous avons parlé plus haut, il est conçu sur la base des programmes existant dans les théâtres, cinémas, galeries d’art et autres institutions culturelles. Ce premier pilier visera notamment à une réflexion « sur les questions clés de nos temps, les problèmes concernant le futur et notamment le rôle contemporain de l’artiste ».
Composé de plus de 100 projets, le pilier « Town Keys » vise à revitaliser le centre historique de la ville. S’agissant d’un endroit porteur de l’histoire ancienne et récente de la ville, Town Keys visera à montrer le parcours de Maribor jusqu’à nos jours, se focalisant notamment sur la mémoire perdue ou réprimée.
Le caractère durable étant l’un des critères au sein du programme culturel ECOC : avec Urban Forrows, le but est la mise en oeuvre d’une vision du long terme sur le développement de la société. Basant cette perspective « sur la théorie de l’écologie sociale », Urban Forrows aura une stratégie en deux directions : d’une part, la réalisation de projets concrets pour améliorer la qualité de vie ; d’autre part, une série d’initiatives visant à favoriser la coopération et l’insertion des minorités et des «invisibles» dans le tissu social.
Le dernier pilier de Maribor 2012 porte sur le rôle des technologies de l’information et de la communication. Life Touch s’articule notamment en deux volets. Premièrement, il s’agit de présenter la totalité du programme à l’aide d’Internet et de « Radio Mars », qui sera également une archive virtuelle de Maribor 2012. Ensuite, Life Touch souhaite passer de la communication en tant que telle à la réflexion sur la communication même, et c’est pourquoi des chercheurs et des artistes s’interrogeront à la fois sur la production culturelle de Maribor 2012 et sur la « culture de la non-communication, sur les peurs individuelles et collectives ».
Pour aller plus loin
Sur Nouvelle Europe
- Guimarães : de berceau de l'identité portugaise à capitale européenne de la culture
- Les Slovènes, ces autres Autrichiens
Sur Internet
- Décision N° 1419/1999/CE du Parlement européen et du Conseil du 25 mai 1999 instituant une action communautaire en faveur de la manifestation «Capitale européenne de la culture» pour les années 2005 à 2019.
- Décision N° 1622/2006/CE du Parlement européen et du Conseil du 24 octobre 2006 instituant une action communautaire en faveur de la manifestation « Capitale européenne de la Culture » pour les années 2007 à 2019.
- « Maribor to Transform into European Culture Capital on Saturday », evropa.gov.si, 13/01/2012. Consulté le 2 février 2012.
- « PM Says Culture Capital Financial Plan Finalised », evropa.gov.si, 26/01/2011. Consulté le 2 février 2012.
- Résolution des ministres responsables des affaires culturelles, réunis au sein du Conseil, du 13 juin 1985 relative à l'organisation annuelle de la « Ville européenne de la culture » (85/C 153/02).
- Report of the selection meeting for the European Capitals of Culture 2012 issued by the Selection Panel for the European Capital of Culture (ECOC) 2012, 5 novembre 2008.
- Report for the second monitoring and Advisory Meeting for the European Capitals of Culture 2012 issued by The Monitoring and advisory Panel for the European Capital of Culture (ECOC) 2012, May 2011.
- Site officiel de «Maribor 2012 - Capitale européenne de la Culture ».
- Urban ÄŒervek, « Neverodostojen partner. Država je pri EPK in univerzijadi že postala talec Kanglerja in njegove ekipe », Delo.si, 31/03/2011. Consulté le 2 février 2012.
Source photo : Maribor (95) par Janos Korom, sur wikimedia commons







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