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Les noms viennent nombreux à l'esprit : Soljenitsyne,
Sakharov, Walesa, Meri, Geremek, Havel, Landsbergis et tant d'autres. Au plus
proche de l'étymologie du mot « dissident », ils ont refusé de rester
assis.
L'Europe est immensément redevable à cette poignée d'esprits
proprement européens qui en furent la conscience, surveillée, emprisonnée, mais
toujours debout. Beaucoup furent écrivains comme Havel ou Soljenitsyne, musiciens
comme Landsbergis, cinéastes comme Meri, auteurs de grands chefs-d'œuvre du XXe
siècle. Tous furent les témoins d'une Europe cosmopolite, polyglotte, parfois
perdue de notre côté du Mur. Ils furent aussi les témoins que les valeurs
européennes du courage et de la liberté étaient partagées par tout le
continent, même dans sa moitié opprimée. Et ces valeurs ont été parfois
affirmées jusqu'aux portes de la mort. Dans les célébrations de 1989, le Mur
reste central. Pourtant, 20 ans après sa chute, il nous appartient certainement
d'avoir une pensée pour tous ces hommes et ces femmes, connus ou inconnus, qui
luttèrent sans relâche, sans espoir de voir leur rêve réalisé.
Et pour ceux qui ont eu la chance de vivre dans une Europe
libérée des séquelles de la Seconde Guerre mondiale, rappelons-nous qu'ils n'en
ont pas toujours été pleinement comblés. Dans son discours de 1978 à Harvard,
Soljenitsyne en a donné la version la plus cinglante : « Le déclin du
courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un
observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la
fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque
gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations unies ». Et cette
déception s'est traduite pour les anciens dissidents dans une sorte
d'inadaptation à la culture de compromis de la démocratie. Ils furent nombreux
à occuper une place de choix dans les gouvernements de transition, mais ils se
montrèrent souvent incapables de s'y maintenir. Lennart Meri fut probablement
le seul, en Estonie, à pouvoir se tenir au dessus de la mêlée. Pour les autres,
l'Europe en construction fut le lieu du refuge, le réservoir d'utopie pour
lequel il paraissait important de rester debout, encore.
Geremek hier ou Landsbergis aujourd'hui restent des figures
marquantes du Parlement européen. Quel message ont-il porté pour
l'Europe ? Avant tout que nous n'étions forts que quand nous étions unis,
et que le combat pour les valeurs n'est jamais négociable. Ils ont remis
l'individu au cœur de la société, tout comme il devrait être au cœur de la
société européenne. Aujourd'hui, ils nous quittent les uns après les autres
sans avoir vu leur rêve européen devenir réalité. Ils ont été le relais du
souffle européen après la disparition des pères fondateurs et il faudra bien
que d'autres prennent leur place. L'Europe manque probablement de dissidents.
De « dissidents européens » autoproclamés comme le Président tchèque
Klaus, qui questionnent le bien fondé de notre projet tel qu'il est mené
aujourd'hui. Et de « dissidents européens » qui, dans l'autre sens,
se fassent les avocats d'une Europe plus unie qui ne soit pas totalement
renationalisée par sa reprise en main par les États, mais soit véritablement le
fruit des individus unis par des valeurs et un projet. Havel écrivait « l'indépendance,
ce n'est pas un état des choses, c'est un devoir », voilà de quoi penser
pour l'Europe vingt ans plus tard.
Ce mois-ci dans notre dossier :
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La revue Kultura : au cœur de la dissidence polonaise
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- Otpor : les révolutions par les élections
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Illustration : Kacper (tow.zwierz). A Hail in the Mist , Février 20, 2006
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