Lituanie : "touche pas à ma centrale !"

Par admin | 17 octobre 2007

Pour citer cet article : admin, “Lituanie : "touche pas à ma centrale !"”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 17 octobre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/290, consulté le 01 juillet 2022
3ignalinaarticleLa situation énergétique de la Lituanie est périlleuse. L'Union européenne a exigé la fermeture du dernier modèle de réacteur de type Tchernobyl mais le pays ne supportera pas le choc de la dépendance créé par l'attente de la nouvelle centrale. Si bien que les négociations ont repris avec Bruxelles.
3ignalinaarticleLa situation énergétique de la Lituanie est périlleuse. L'Union européenne a exigé la fermeture du dernier modèle de réacteur de type Tchernobyl mais le pays ne supportera pas le choc de la dépendance créé par l'attente de la nouvelle centrale. Si bien que les négociations ont repris avec Bruxelles.
 
 
 
 
Une décision politique?
 
Le ministre lituanien de l'économie Navickas et le député Veselka ont encore fait appel à la compréhension européenne depuis quelques semaines, selon le Baltic News Service (BNS). Les services de la Commission ont fait savoir que le sujet était clos mais Vytas Navickas a rappelé que "le prix de l'électricité va augmenter de 40% après la fermeture de la centrale et que le pays dépendra à 75% du gaz naturel pour ses besoins en énergie primaire et en chauffage". 
Devant le refus de dialogue de la Commission, le député Veselka s'est écrié que la décision était uniquement politique. En effet, la fermeture de la centrale en 2009 était l'un des prérequis à l'adhésion lituanienne à l'Union européenne. On sait à quel point le drame de Tchernobyl hante encore les consciences et Bruxelles ne voulait pas laisser croire qu'elle était laxiste en termes de sécurité nucléaire. 
Les autorités lituaniennes répondent que la centrale n'est pas plus dangereuse qu'une autre, mais du point de vue européen elle paie son péché originel : être du même modèle que la centrale ukrainienne. Ainsi, le fait que la décision soit politique ne fait aucun doute, pourtant, les Lituaniens ne comprennent pas qu'on fasse passer le symbole avant l'indépendance de leur pays vis-à-vis du grand voisin russe.
 
"Totalement dépendante de Gazprom après 2009"
 
C'est ainsi que Veselka a résumé la situation, accusant le manque de compréhension de la Commission et son refus du dialogue. En effet, Jean-Arnold Vinois, le directeur de l'Unité de la politique énergétique et de la sécurité des approvisionnements de la DG "Transports et Energie" de la Commission européenne a fermé la porte au dialogue. Il a rappelé aux Lituaniens : "Ce dossier est clos, vous avez reçu 1 million d'euros pour fermer la centrale nucléaire d'Ignalina". Il a rappelé les excellentes performances économiques du pays (plus de 8% de croissance) et le besoin de résoudre le problème de la dépendance dans une coopération interbalte. 
 
Il faut pourtant distinguer le coût du démantellement de la centrale de l'impact global de la fermeture sur l'économie lituanienne.
Les chiffres sont en effet impressionnants : en renchérissant considérablement le coût de l'énergie, la fermeture d'Ignalina devrait coûter 10% de sa croissance à la Lituanie, selon BNS. 
Au-delà du coût énergétique automatique du passage du nucléaire au gaz, une autre question hante les autorités lituaniennes, celle de la sécurité de cet approvisionnement renchéri. En effet, les derniers développements de la crise ukrainienne où Gazprom annonce fixer le prix en fonction du résultat des élections laisse à réfléchir. Alors que le poids de l'argent russe dans la vie politique lituanienne est au coeur des débats, on imagine les répercussions d'une dépendance quasi-totale sur les approvisionnements russes. Si bien que la députée européenne lituanienne Danute Budreikaite en a appelé aux "clauses de sauvegarde" du traité, permettant à la Lituanie de demander un prolongement de l'ouverture de la centrale. Pourtant, le Conseil européen de décembre 2006 avait rappelé le pouvoir discrétionnaire de la Commission dans la permission de l'utilisation de cette clause.
 
Le président Adamkus est lui-même intervenu dans le débat. Il a appelé les parties à la raison, soulignant que si les discussions entre les pays baltes et la Pologne allaient bon train, une nouvelle centrale devrait sortir de terre d'ici 2012. Il croit à la possibilité de convaincre la Commission de donner encore trois ans au-delà de la date initiale de 2009 à Vilnius pour fermer Ignalina.
  
Se retrousser les manches
 
Revenant sur la question de la nouvelle centrale, le président Adamkus a souligné qu'il fallait dès à présent se mettre au travail et décider "qui construira la centrale et comment les charges financières seront réparties entre nous", notamment avec les Lettons et les Estoniens. "Les Polonais ont déclaré officiellement, lors du Forum de l'énergie de Vilnius, que la centrale était vitale pour eux".
 
Il semble donc que la menace de la fermeture soit un aiguillon important pour surmonter les rivalités des Etats de la région. Néanmoins, il reste à noter que les Baltes appellent depuis leur entrée dans l'UE à une véritable politique énergétique commune, pour l'instant sans succès... 
 
 
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