Les Verts dans la coalition de droite au pouvoir en République tchèque

Par Pauline Joris | 3 février 2007

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Les Verts dans la coalition de droite au pouvoir en République tchèque”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 3 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/108, consulté le 25 novembre 2020
keeptidy_askCa y est : après huit mois de "provisoire qui dure" et de débats, la République tchèque s'est enfin dotée d'un gouvernement qui ne soit pas minoritaire. S'associant aux libéraux (ODS) et aux chrétiens-démocrates (KDU-ČSL), le parti Vert (SZ) est entré au gouvernement obtenant quatre ministères sur 17, et son leader, Martin Bursík, est devenu vice-premier ministre et ministre de l'environnement. C'est une première parmi les États membres ayant adhéré en mai 2004 à l'Union européenne.

Succès Vert aux législatives - mais avec qui s'allier ?

Les élections législatives des 2 et 3 juin 2006 ne voient pas une majorité claire se dégager. Sur les 200 sièges de la Chambre des députés, la répartition entre les partis ayant obtenu plus de 5% des votes se fait ainsi :

-    81 sièges pour l'ODS, le parti anticommuniste, libéral et eurosceptique du Premier ministre Mirek Topolánek
-    74 sièges pour le Parti social-démocrate, le ČSSD
-    26 sièges pour le Parti communiste de Bohême et de Moravie
-    13 sièges pour les chrétiens-démocrates du KDU-ČSL
-    et 6 sièges pour le Parti Vert, Strana zelených (SZ)

C'est la première fois que "dans un pays post-communiste d'Europe" comme l'a souligné Martin Bursík, un parti écologique remporte un tel succès électoral.

Néanmoins, le Parti Vert se trouve dans une drôle de situation. S'il est exclu pour eux de s'allier avec les communistes - on voit mal en effet comment un Parti soutenu par Vaclav Havel, ancien dissident puis Président de la République tchèque de 1990 à 2003, pourrait s'allier avec le Parti communiste - les dirigeants du Parti Vert, europhiles et favorables au Traité constitutionnel européen, ont de nombreux désaccords avec les libéraux eurosceptiques de l'ODS.

Un parti Vert doit-il naturellement s'allier à la gauche ? La question divise au sein comme à l'extérieur du parti…
Peu avant les élections législatives, une fraction de la gauche du parti Vert a publié un manifeste déclarant que les Verts sont les alliés naturels de la sociale-démocratie. Les signataires de ce manifeste ont du se retirer de la liste de SZ aux législatives.
Plus récemment, c'est au tour du président de la République tchèque, Vaclav Klaus, d'avoir critiqué sévèrement la décision des Verts de participer au gouvernement du libéral Topolánek. Dans un entretien à l'hebdomadaire tchèque Tyden, Vaclav Klaus déclarait début janvier que l'« alliance entre l'ODS et le Parti des Verts est incroyablement malheureuse. […] Ce dernier parti [les Verts] a une conception du monde, une idéologie de société entièrement différente des siennes. Il s'agit donc d'un parti qui est absolument situé de l'autre côté de la barrière idéologique ».

Les Verts au gouvernement - pour mener quelle politique ?

Le 19 janvier 2007 le nouveau gouvernement de Mirek Topolánek, formé de personnalités de l'ODS, des démocrates-chrétiens et du parti Vert, a obtenu les 100 voix des députés de ces trois partis et bénéficié de l'absence de deux députés socialistes et d'une abstention : 100 contre 97 voix, le nouveau gouvernement de Topolánek a obtenu la confiance de la Chambre des députés.

Le moins que l'on puisse dire est que la marge de manœuvre du gouvernement "bleu-noir-vert" est étroite. Ce gouvernement ne devrait certainement pas tenir les quatre années que durent une législature, d'autant plus que, selon un sondage récent effectué par la société Meridian, plus de la moitié des Tchèques souhaiterait des élections anticipées

Le parti Vert aura donc assez peu l'occasion d'imprimer sa marque dans un gouvernement manquant de stabilité. Certains des thèmes que le parti SZ défend activement, comme la réforme des transports (changement des règles régissant la circulation des camions) ou des mesures anti-corruption, ont cependant de bonnes chances d'être mise en place par ce gouvernement. Le programme du gouvernement prévoit également la non-extension du parc de centrales nucléaires.

Si la participation des Verts au gouvernement représente la possibilité pour eux de mettre en œuvre leurs idées qui en à peine quelques années ont obtenu le soutien des électeurs et est l'occasion de donner une impulsion aux partis écologistes d'Europe centrale, cette participation présente également des dangers pour ce jeune parti. Les compromis propres à un gouvernement de coalition, le manque d'initiatives à cause de l'instabilité gouvernementale pourraient faire perdre au parti Verts le caractère de nouvelle force sur la scène politique tchèque qu'ils ont actuellement.

Cela risque potentiellement d'être le cas en matière de politique étrangère et européenne. En effet, si c'est un proche des Verts et ancien collaborateur de Vaclav Havel, Karel Schwarzenberg, qui a été nommé ministre des affaires étrangères, le choix de cette personnalité europhile a été immédiatement vivement contesté par le président de la République, Vaclav Klaus. Son action risque d'être limitée par la nomination aux affaires européennes d'Alexandr Vondra du parti ODS et qui était ministre des affaires étrangères dans le gouvernement provisoire de Topolánek qui précède directement ce gouvernement de janvier 2007.

Pour conclure sur la thématique écologique et les Tchèques, c'est un député européen tchèque du PPE-DE, M. Miroslav Ouzký, qui vient ce 1er février d'être élu à la tête de la commission parlementaire Environnement du Parlement européen. C'est par ailleurs le premier Tchèque a présidé une commission au Parlement européen, selon le site du Parlement.

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