Les Roms : vers une stratégie européenne menée par la Hongrie ?

Par Alayna Garvin | 9 janvier 2011

Pour citer cet article : Alayna Garvin, “Les Roms : vers une stratégie européenne menée par la Hongrie ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 9 janvier 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/992, consulté le 13 août 2022

La création d’une stratégie européenne pour l’intégration des Roms est une priorité affichée par la présidence hongroise de 2011. L’idée a pourtant fait bien du chemin. Il appartient à la Hongrie de faire preuve de crédibilité et de courage politique pour trouver enfin des réponses fortes à cette question transnationale.

Les enjeux autours des Roms sont problématiques à plusieurs niveaux, et dans des domaines divers.

Le mot ‘Rom’ fait référence à divers groupes d'individus, et dans les discussions et documents de l'UE, il décrit ordinairement la population qui se revendique elle-même comme Roms, Gitans, gens du voyage, Manouches, Ashkali, Sinti, etc.

Les Roms constituent la plus grande et la plus vulnérable des minorités en Europe (Ringold, D. M.A. Orenstein et E. Wilkens, Roma in an expanding Europe: Breaking the poverty cycle). L’exclusion sociale, qui existe partout en Europe, est accentuée à l’encontre des Roms. La population reste minoritaire dans tous les États membres, et les discriminations historiquement exercée à leur égard les ont bannis des secteurs sociaux, économiques et politiques. C’est pour cela qu’une stratégie d’intégration spécifique pour les Roms est nécessaire.

L’idée d’une stratégie pour l’intégration des Roms n’est pas nouvelle. Cependant le principe du droit européen reste depuis les années 1970 celui de la protection des droits des individus - ce qui laisse les États membres souverains dans la manière dont ils traitent leurs minorités y compris les Roms.

De longues entraves à la définition d’une stratégie pour les Roms

Le discours européen dans les années 1980 se concentrait sur la perception de la culture « nomade » désignée sous l’appellation « tsigane » (telle est la dénomination en usage dans les documents du Parlement européen de cette époque).  Suite à la chute des régimes communistes,  et avec l’élargissement envisagé vers l’Europe centrale et orientale, les craintes de la communauté européenne face aux populations roms plus importantes dans la région ont rouvert la discussion.  Lorsque les critères de Copenhague ont été définis en 1993, la protection des droits des minorités fut intégrée dans les négociations d’adhésion.  Une attention particulière fut ainsi portée à l’intégration des Roms dans les partenariats avec la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie, et la Bulgarie en 1999. Apres l’adhésion, l’UE  a tenté d’améliorer la situation sociale et économique des Roms ; mais les problèmes d’intégration importants ont persisté et l’Union a perdu un précieux levier.

Dans les années 2000, l’UE a pris conscience que l’intégration des Roms était un enjeu qui touchait tous les États membres de l’Est comme de l’Ouest.  Le rapport de la Commission de 2004, « La situation des Roms dans une Europe élargie », traite les problèmes sociaux et économiques qui touchent les Roms dans les cadres européens de discrimination, des droits de l’homme et des fonds structurels.

Les problèmes ont commencé à resurgir en 2008 avec « l’état d’urgence » décrété en Italie suite aux violences entre les populations roms et italiennes. En juillet 2008, la Commission a produit un document de travail sur l’intégration des Roms, et en septembre le premier « Sommet européen sur les Roms » a eu lieu. Malgré les attentes des observateurs  quant à une stratégie Européenne pour l’intégration des Roms, aucune solution n’a été entreprise lors de ce sommet.

En 2009, la création d’une « Plate-forme européenne pour l’insertion des Roms » a réuni les objectifs du sommet, et a établis des principes pour les politiques européennes ayant pour but  l’inclusion des Roms, sans pour autant créer à partir de ceux-ci une stratégie européenne.

Un contexte spécifique: l'après-2010

L’événement médiatique en France autour des Roms durant l’été 2010 a attiré l’attention des institutions européennes et mis en lumière les enjeux du manque d’intégration de la minorité. Les États membres, et la France en particulier, réclament leur droit d’expulser ces groupes d’individus. Au même moment, les politiques ont reproché aux pays de l’Est, notamment la Roumanie, le traitement de la communauté rom sur leur territoire.

Ces pressions des États de l’Ouest, ainsi que la prise de conscience au niveau européen de la priorité de l’intégration des Roms, se sont imposées à la présidence Hongroise.

D’un côté, la Hongrie est bien placée pour agir sur la question des Roms. Nouvel entrant, situé en Europe centrale, et avec une importante population rom sur son territoire (9% de la population), la Hongrie a, à première vue, tout pour convaincre ces voisins d’agir. Mais la situation des Roms en Hongrie n’est pas idéale. Ils n’y sont pas vraiment intégrés, et sont la proie de nombreuses discriminations - victimes de désavantages économiques et sociaux et d'humiliations quotidiennes, ils ont été la cible d'attaques violentes et d'insultes publiques directes lors de la dernière campagne électorale au printemps 2010. L'extrême droite dans sa montée en puissance (47 députés sur 386 au Parlement hongrois) les stigmatise à travers des discours xénophobes. La crédibilité de la Hongrie sur l’inclusion des Roms doit être questionnée pour ces deux raisons.

Affaire à suivre

L’intégration des Roms est un enjeu qui doit être traité au niveau européen, et le moment est opportun ; mais d’autres priorités risquent de prendre le dessus. L’économie et l’austérité budgétaire constituent dans beaucoup d’États membres les priorités absolues. Or, la protection sociale européenne et l’élargissement sont tout deux liés au sort des Roms.  On pourrait penser une stratégie qui relie l’intégration des Roms et ces deux autres priorités peut être une façon d’avancer vers un but commun.

Mais tout laisse à croire que bien que la stratégie pour l’intégration des Roms soit une priorité, elle risque d’être noyée par le manque de crédibilité de la Hongrie. De plus, les institutions européennes ont toujours eu des difficultés à agir dans ce domaine. Actuellement, le pessimisme est de rigueur puisque l’économie est le leitmotiv de l’Union européenne, au détriment de l’intérêt pour l’inclusion des Roms. Espérons que ce dossier ne soit pas relégué dans le placard de la présidence hongroise.

Pour aller plus loin

 

Sur Nouvelle Europe

À  lire

  • Version consolidée du Traité de l'Union européenne
  • Nacu, Alexandra. “The Politics of Roma Migration: Framing Identity Struggles among Romanian and Bulgarian Roma", Paris Journal of Ethnic and Migration Studies, Vol. 37, Jan. 2011, 135-150 Region
  • Pogány, István, “Legal, Social and Economic Challenges Facing the Roma of Central and Eastern Europe,”  School of Law University of Warwick: Queen’s Papers on Europeanisation No 2/2004
  • Ringold, D. M.A. Orenstein et E. Wilkens. (2005), Roma in an expanding Europe: Breaking the poverty cycle. Washington DC, International Bank for Reconstruction and Developmen
  • Sigona, N. “Locating ‘The Gypsy Problem:’ The Roma in Italy…”, Journal of Ethnic and Migration Studies, 31, 4, July 2005. pp 742
  •  Stauber, Roni. “Violence Against the Roma Minority in Hungary and the Czech Republic and its Repercussions,” Stephen Roth Institute for the Study of Contemporary Antisemitism and Racism, Topical Brief No. 4, 2009.

Sur Internet

À écouter

Source photo : Le drapeau rom, rue de Rivoli, par carac3, sur flickr