Les eurobaromètres représentent une, si ce n’est la, source d'information majeure sur l'évolution des attitudes, valeurs et pratiques des citoyens de l'Union européenne. Ces sondages d'opinion permettent de savoir, entre autres, ce que les populations des États membres pensent de l'intégration européenne. Quelles sont les tendances dans les nouveaux États membres et comment pouvons-nous les expliquer ?
La statistique eurobaromètre qui répond directement à cette question concerne l’avis des sondés sur l’adhésion de leur pays à l’Union européenne. On observe que sur la période 2004-2010, les citoyens des nouveaux États membres sont, en moyenne, moins nombreux à penser que c’est une bonne chose, même si la différence europhile-eurosceptique reste très positive à la fois chez les pays de l’ancienne Europe des 15 et chez les derniers adhérents. Ainsi, le phénomène de rattrapage observé par des politologues pour toutes les vagues d’adhésion antérieures à 2004, avec des nouveaux membres d’abord plus eurosceptiques puis rapidement aussi europhiles que ceux qui les ont précédé au sein de la communauté européenne, est pour l’instant absent. Néanmoins, les nouveaux États membres estiment en moyenne que leur pays a bénéficié de l’adhésion davantage que les membres plus anciens et expriment en outre une confiance envers le Parlement européen bien plus élevée. Ainsi les États qui ont adhéré en 2004 et 2007 à l’Union européenne présentent une attitude relativement ambivalente à son égard, même si des différences de point de vue et de situation subsistent au sein de cet ensemble. Quelle justification à ce phénomène ?

Réponses en % à la question : « D’une façon générale, pensez-vous que l’appartenance de votre pays à l’Union européenne est une bonne chose, une mauvaise chose, une chose ni bonne ni mauvaise ? ». Sources : Eurobaromètres 60, 62, 64, 66, 68 69, 71, 72 et 73.
L’UE : nouvel Eldorado ?
Les avantages économiques que les nouveaux adhérents obtiennent grâce à l’Union européenne et surtout aux liens commerciaux et facilités de circulation des biens et des personnes qu’elle implique sont la première raison qui vient à l’esprit lorsqu’on tente d’expliquer ce qui pourrait motiver un soutien à l’UE chez les nouveaux pays membres. En effet, depuis leur adhésion jusqu’à la crise économique récente, ces États ont connu une phase de croissance sans précédent. L’UE est de plus une promesse de bénéficier des fonds structurels alloués aux pays ou bien régions les plus défavorisés afin de stimuler leur développement. Selon le think-tank eurosceptique Open Europe, le bénéfice net, c’est-à-dire la différence entre l’argent donné par l’UE et contribution au budget communautaire, s’élève sur la période 2007-2013, à 22 milliards d’euros pour la République Tchèque, 24 pour la Hongrie, 65 pour la Pologne, 25 pour la Roumanie… Des chiffres très éloignés de la « perte » allemande de 86 milliards ou bien française de 51.
Il faut aussi mentionner le fait que la liberté de circulation, même si elle a été l’objet d’un régime transitoire et donc limitée, permet à de nombreux pays de l’Est d’évacuer une partie de leur population au chômage tout en profitant de la liberté de circulation des capitaux pour accueillir les investissements en provenance de membres plus riches. Ces IDE sont attirés par une fiscalité avantageuse qui n’a pas encore été harmonisée à l’échelle de l’UE. De ce choix de l’Union résultent des créations d’emploi via l’implantation d’entreprises étrangères. Néanmoins, ce manque de coordination en matière d’impôt est permis par les autorités européennes en échange du refus de faire des nouveaux États membres des bénéficiaires à part entière de la Politique Agricole Commune et de la politique de développement régionale dès leur adhésion. Ils ne pourront profiter pleinement de ces aides qui représentent la plus grande part du budget européen avant 2014.
En outre, la contestation à ce sujet prend de l’ampleur comme le montrent par exemple les critiques virulentes du président français Nicolas Sarkozy en janvier 2011 à l’encontre de l’Irlande qui ne pouvait, selon lui, garder ses avantages fiscaux tout en recevant l’aide de l’Union européenne pour faire face à la crise financière. Il est ainsi clair que l’absence d’harmonisation des politiques fiscales n’est qu’un lot de consolation pour les pays qui n’ont pas encore tous les droits normalement inhérents à l’appartenance à l’UE.

Réponses en % à la question : « D’une façon générale, pensez-vous que votre pays a bénéficié ou pas bénéficié de son appartenance à l’Union européenne ? ». Sources : Eurobaromètres 59, 60, 61, 63, 65, 67 et 69.







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