On les imagine en costumes trois pièces, lunettes noires et attaché-case métallique. Dans la réalité, les lobbies s’activent en coulisses et en silence. Les gestes suffisent.

Floriane Gervereau (FNSEA), durant les négociations
Présents ce matin lors de la séance plénière du Conseil européen, les lobbies des semenciers et des syndicats agricoles se sont fait discrets. Reléguée au rang d’observateur, la Turquie ne s’est pas démarquée davantage.
Le « tout écologique est dangereux ». Principal syndicat des semenciers, l’UNIFA ne s’inquiète pas des revendications écologiques qui émanent de la majorité des délégations. Une agriculture compétitive passe « nécessairement » par l’utilisation d’engrais, s’est rassurée Cindy Chemin de l’Unifa. Le syndicat mise donc sur le pragmatisme des délégations : « S’ils veulent une politique agricole commune (PAC) forte, notre soutien sera incontournable. » Les semenciers se sont montrés séduits par une délégation roumaine qui avait auparavant soigneusement évité tout propos écologique. Une relation de cause à effet ? « Peut-être », concède timidement la représentante.
La délégation turque s’est révélée tout aussi confiant. Le caractère privilégié du partenariat avec la Turquie a été rappelé par la quasi-totalité des délégations. Mais un partenariat qui recouvre plusieurs acceptions. Pour l’Allemagne comme l’Italie, la Turquie « doit » intégrer l’Union. Mais les lobbyistes Ina Mihaylova et Marie Sanchez Delgado sont sceptiques quant à l’emploi-même du terme « d’intégration progressive ». Depuis plus de vingt ans, l’Europe jongle avec les nerfs de la Turquie et l’élasticité de son europhilie. Partagé par les observateurs, ce constat aurait pu conduire à un lobbying sévère et péremptoire. Pourtant à quelques heures de l’élection du prochain président du Conseil, les Turcs sont restés calmes et muets sur leur candidat favori.
Faute d'inattention ou acte politique ?
Avec la perspective d’une réforme de la PAC pour 2014-2020, les syndicats agricoles devaient avoir une forte visibilité. Force est de constater qu’ils ont été très discrets. A tel point que les représentants des deux syndicats agricoles, la Confédération paysanne et la FNSEA, ont pu assister aux délibérations, en principe confidentielles, du Conseil. Faute d’inattention ou acte politique de la présidence suédoise, les commentateurs hésitent encore.
La présence de la FNSEA aux côtés de la délégation française était peu fortuite : « Même si l’entente avec la Confédération paysanne reste cordiale, affirme Charlotte Norlund-Matthiessen, on tente de les doubler dans un rapprochement avec la France ». Le syndicat agricole s’est par ailleurs déclaré favorable aux candidatures roumaine et slovène. « Nos penchants protectionnistes nous rapprochent », explique Mlle Norlund-Matthiessen.
Du côté du syndicat minoritaire, on est plutôt inquiet quant au choix du prochain président. Les délégations ayant fait la part belle aux libéraux, la Confédération paysanne a souhaité réitérer son soutien aux petits exploitants. Les représentants, Aurélie Champagne et Benoît Chanal, ont également insisté sur leurs attentes en matière d’écologie et de développement durable.
Pour satisfaire agriculteurs et semenciers, le prochain président du Conseil devra jouer d’une savante alchimie.







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