La Hongrie possède un système de congés parentaux conservateur, incitant les femmes à assumer leur rôle de « mères à plein temps » au moins jusqu'à ce que leurs enfants aient 3 ans. Avec un manque significatif de structures d'accueil de la petite enfance et d'emplois flexibles, elle a des difficultés à répondre à la fois aux exigences européennes de taux d'emploi à 75% et à combattre son déclin démographique.
Dans la Stratégie Europe 2020, fondée sur une croissance "intelligente", le taux d'emploi visé est de 75% ; l'un des buts principaux est l'intégration croissante des femmes au marché de travail. La Hongrie est encore loin de ces objectifs. Le taux d'emploi des personnes âgées entre 20 et 64 ans était d'environ 60% en 2009 et 2010. Ce chiffre était plus bas pour les femmes, à environ 55% dans la même période. Le taux d'emploi des femmes baisse d'ailleurs au fur et à mesure que le nombre de leurs enfants s'accroît : en 2007, le taux d'emploi des femmes avec un ou deux enfants âgé(s) de moins de 15 ans tournait autour de 50%, tandis que le taux n'était qu'à 23% pour les mères avec trois enfants ou plus. Ce sont les taux les plus bas des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, qui regroupe essentiellement des pays développés). D'autre part, la Hongrie a longtemps connu une baisse du taux de fertilité : le rapport de l'OCDE Doing better for families montre qu'en 2009, il s'élevait à 1,33 soit en avant-dernière position parmi les pays de l'UE, juste devant le Portugal.
Les femmes hongroises se trouvent donc face à un double défi entre le travail et leur rôle maternel. Pour pouvoir remplir ces deux rôles, il y a un besoin d'infrastructures de garderies, des horaires de travail qui facilitent la conciliation, le partage égale des tâches familiales entre les genres, et des politiques publiques actives pour encourager tout cela. Or, moins de 10% des enfants hongrois sont dans une crèche, bien plus bas que le tiers visé par la Stratégie de Lisbonne. 79% sont en école maternelle, comparée aux 90% de la stratégie. Les possibilités d'emploi en temps partiel ou de flexibilité dans les horaires de travail sont minimes, même si des règlements ont récemment été faits pour inciter la création de tels postes.
La transition : du travail au ménage
Comment est-on arrivé à la situation actuelle ? Pendant le régime soviétique, la majorité des hongroises travaillaient : leur taux d'emploi se situait entre 80 et 90%. Leur rôle social était celui de la mère et de la travailleuse. La conciliation des deux rôles était plus facile qu'aujourd'hui : le congé parental GYES (Gyermekgondozási segély, "allocation pour le soin de l'enfant") a été introduit en 1967 et les entreprises (étatiques) fournissaient des structures d'accueil de la petite enfance. Il y avait, comme on pourrait dire aujourd'hui, des infrastructures « family-friendly ».
Après la chute du mur, le marché du travail hongrois a connu un choc considérable, poussant le chômage à augmenter. Entre 1989 et 1992, le pays a perdu environ 1,1 million d'emplois – soit moins 20% en taux d'emploi. Ce déclin a continué dans une ampleur moins considérable jusqu'en 1997 et ne s'est enrayé qu'en 2000. Prenant en considération cette chute de l'emploi et le fait que le taux des femmes employées n'a plus rattrapé celui des hommes, quelques auteurs voient le choc de transition comme un évènement déterminant des différences hommes/femmes sur le marché du travail aujourd'hui.
Éva Fodor souligne dans un rapport présenté au Parlement européen que le rôle des femmes a été détérioré sous de nombreux aspects : en plus d'un taux d'emploi réduit, les places dans les garderies des enfants ont été coupées. Les congés prolongés ont été encouragés dans le but de motiver les femmes à rester plus longtemps à la maison et ainsi lutter contre le chômage par diminution de l'offre de travail. Márta Korintus, quant à elle, explique dans un article sur les (dés)avantages des congés parentaux que le discours officiel essayait de convaincre les parents des bénéfices d'une telle stratégie pour le développement des enfants.
La transition a donc réduit le rôle de l'État dans le soin (care) des enfants et a conduit au renforcement des clivages sociaux. En outre, Márta Korintus et Luca Koltai démontrent dans leur article « Work-life balance policy in Hungary » qu'un autre aspect de la transition a été l'adoption progressive des modèles occidentaux : en Hongrie, comme en Europe occidentale en général, les nouvelles structures familiales sont de plus en plus nombreuses, le nombre de mariages est en déclin tandis que celui des divorces monte, les femmes se marient de plus en plus tard et le taux de fertilité est en baisse.
Les failles du système des congés parentaux
Face à ces développements, aucun des gouvernements hongrois n'a su développer une politique de conciliation adéquate pour lutter contre les problèmes du déclin démographique et le gender gap. Malgré la mise en place de plusieurs directives européennes depuis 1997, la situation ne s'est pas suffisamment améliorée. La base de la politique familiale en Hongrie accentue la possibilité d'une longue absence du marché de travail pour les femmes : le congé de maternité est de 24 semaines, payé à 70%, le congé de paternité à 5 jours, payé à 100%. Le congé parental des parents employés peut durer jusqu'à ce que les enfants aient 2 ans (GYED, Gyermekgondozási díj, "pprovisionnement pour le soin de l'enfant), il porte l'indemnité à 70% du salaire (jusqu'à un certain seuil toutefois). Les parents peuvent ajouter un an de congé payé à un flat rate (un taux appliqué uniformément, sans considérations de niveau de revenu) jusqu'à l'âge de trois ans. Les parents chômeurs prennent cette option à partir de la fin du congé de maternité (GYES). Pour les familles avec trois enfants ou plus, il y a possibilité d'un congé parental payé jusqu'à ce que le plus jeune enfant atteigne 8 ans (GYET, Gyermeknevelési támogatás, "soutien pour l'éducation de l'enfant").
Ce système peut être critiqué à plusieurs niveaux. Premièrement, les congés parentaux de longue durée ont un impact négatif sur la participation des femmes au marché d'emploi. Les congés parentaux longs sont en effet corrélés à un taux de reprise du travail faible. En Hongrie, le retour au marché du travail est le plus bas dans le rapport de la Commission « Reconciliation of work and private life », avec un chiffre de 45%.
Deuxièmement, il y a un biais sexué dans l'utilisation des congés parentaux : présentés comme neutres, ils sont pris dans la plupart des cas par les mères. Mária Frey montre dans son article sur la mise en place de la Stratégie de Lisbonne en Hongrie (2009) qu'avoir des enfants est corrélé négativement à l'emploi des femmes mais positivement à l'emploi des hommes. : les hommes avec des enfants âgés de moins de 12 ans ont un taux d'emploi plus haut que leurs concitoyens qui n'ont pas d'enfant (86,1% contre 79,1% en 2007). Ces chiffres sont à 76,1% pour les femmes sans enfants et à 49,8% pour les femmes avec enfant dans la même période.







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