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Les Européens et l'alcool : unis dans la diversité ?

Rédaction Paris Par Luce Ricard — Lundi 6 décembre 2010 | Tags : Culture
Les Européens et l'alcool : unis dans la diversité ?

On le répète, les vins font partie de la culture européenne. Qu'en est-il des alcools, hors vins ? Quel rapport les Européens entretiennent-ils avec l'alcool entre traditions et nouvelles pratiques ? Y a-t-il une ou des Europes de l'alcool ? S'il est convenu que nombre d'alcools constituant de véritables spécialités régionales existent dans les différents États européens, peut-on affirmer qu'il existe des lignes de fractures entre traditions nationales et régionales ? Par ailleurs, les alcools font l'objet d'enjeux de production, de consommation, de commerce, de santé et de législation : s'achemine-t-on  vers une Europe de l'alcool ? Dans une Europe où boire de l'alcool relève de la tradition culturelle, on ne badine pas avec ces questions.

L'Europe : premier producteur et exportateur du monde

L'UE est le plus grand producteur et exportateur mondial de produits viticoles et est à l'origine du quart de la production mondiale des boissons alcoolisées hors vins. Le secteur rapporte à l'économie de l'Union 15 milliards d'euros par an. Il a un impact tant gastronomique que socio-économique, environnemental et sociétal en Europe, en termes d'emplois et de maintien des structures rurales. Parce qu'ils touchent à des modes de vie particuliers et à des traditions, vins et alcools sont restés des symboles d'identités régionale et nationale qui véhiculent une certaine image de l'Europe dans le reste du monde.

Grands producteurs mais aussi grands consommateurs, les Européens intègrent l'alcool dans leur quotidien. Cependant, la diversité des traditions gastronomiques conduit à des consommations et des rapports à l'alcool distincts ajoutés à une fracture Nord/Sud évidente entre une Europe du Sud (Espagne mise à part) plus tournée vers le vin et une Europe du Nord et de l'Est tournée vers les autres alcools. Un sondage Eurobaromètre montre que la majorité des personnes interrogées dans tous les États membres consomment des boissons alcoolisées. À la question « avez-vous consommé de l'alcool dans les trente derniers jours ?», 87% des Européens de l'UE-25 avaient répondu « oui ». En tête, les Luxembourgeois, les Italiens, les Danois et les Espagnols (plus de 90%) et en queue de peloton les Polonais, les Hongrois et les Lettons (entre 75 et 77%). 25% des Européens seraient abstinents (au Sud en particulier, contrairement aux pays scandinaves). Si la consommation s'avère plus régulière au Sud, il apparaît qu'au Nord et à l'Est les quantités consommées d'alcool (hors vins) sont plus importantes.

Bières, cidres, vodka, whisky, alcools apéritifs, alcools anisés sont autant de produits intrinsèquement liés à des régions, leur terroir et spécificité agricoles et gastronomiques, même s'il existe des alcools présents à la table d'une majorité d'Européens.

Cidre à l'Ouest, bière au Nord, anis au Sud, whisky au Nord-Ouest et vodka à l'Est : des Europes de l'alcool ?

L'Europe des 27 est le premier producteur mondial de bière grâce à une production annuelle de 340 millions d'hectolitres (25 % de la production mondiale). La Belgique produit plus de 1000 bières différentes et la consommation annuelle par habitant y est de 96,2 l (2003). Le plus grand brasseur du monde est belge : Anheuser-Busch InBev. L'Allemagne jouit également d'une image de « capitale de la bière ». Cependant, en termes de nombre de litres consommés par habitant, les Tchèques se hissent à la tête du classement européen, juste devant les Allemands.

La consommation de bière en Allemagne atteint aujourd'hui 104,629 millions d'hectolitres (en comparaison, les Français consomment en moyenne 36 litres de bière par habitant) mais celle-ci n'est pas homogène : en Bavière, la consommation s'élève à plus de 170 litres par habitant. La loi de pureté (Reinheitsgebot) de 1516 - toujours en vigueur - limite strictement les composants de la bière à l'eau, l'orge, et le houblon. L'Allemagne ne détient pas la palme de la consommation par habitant, mais elle est bien la première en Europe par sa production. Affaire de culture, la bière est aussi une affaire de terroir et il n'existe pas de ville qui n'ait sa propre bière.

Il existe en République tchèque, premier consommateur, plus de 470 sortes de bière, qui font partie de l'atmosphère typique des « hospoda ». La Pilsner Urquell et la BudÄ›jovický Budvar (mieux connue sous le nom de Budweiser) sont dégustées dans le monde entier.

La bière s'affiche souvent comme symbole identitaire : en Irlande, la célèbre Guinness reconnaissable à sa harpe celte fait partie du patrimoine. Les quatre principaux ingrédients sont les mêmes aujourd'hui qu'en 1759 : une orge braisée et maltée, de l'eau des monts de Dublin, du houblon et de la levure. De nos jours, pas d'Irlande sans Guinness.

Non loin des pays de bière, il y a des régions où le cidre est roi. Cette boisson fermentée à base de pommes illustre la répartition des alcools européens en régions transnationales. Il nécessite d'être produit dans un cadre précis - plutôt à l'Ouest. La production a lieu notamment dans certaines régions de France, d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, de Belgique, de Grande-Bretagne et de Suède.

Des alcools moins connus marquent de même la gastronomie européenne et sont autant d'emblèmes régionaux.

Tout au Nord, Riga vient de fêter les 100 ans d'existence de l'entreprise Latvijas Balzams qui produit du Balzam, mélange noir d'herbes locales, de baies, d'épices, de racines et d'une forte dose d'alcool pur, qu'il est conseillé de consommer dans le café ou le thé.  

Plus à l'Est, la pálinka est une eau-de-vie traditionnelle produite en Hongrie et en Transylvanie (en roumain palincă). Le mot palinka vient du slovaque « páliÅ¥ », signifiant « distiller ». Surnommée la « mort liquide », elle peut être faite à partir de prunes, de pommes, de poires, d'abricots, de coings ou de cerises et doit subir une double distillation. La quantité d'alcool varie de 35 à 70% (40% comme  maximum légal pour la vente en magasin). Anecdote parlante s'il en est : les pálinka les plus alcoolisées sont surnommées en hongrois « kerítésszaggató », ce qui signifie littéralement « défonceur de barrière » en rapport aux pertes d'équilibre inévitables qu'elle peut engendrer. La palinka est considérée comme un élément central de l'alimentation rurale dans cette région d'Europe traditionnellement agricole. Le barackpálinka (eau-de-vie d'abricot) est probablement la variante la plus connue et se boit en apéritif.

Toujours à l'Est mais plus largement renommée, la célèbre vodka - qui signifie « petite eau »- vient de Pologne. Selon la règlementation européenne, la vodka est une eau-de-vie qui peut être produite à partir de n'importe quelle matière première agricole, fermentée puis distillée (entre 37,5 -minimum légal dans l'UE et 97 degrés d'alcool). De loin le premier alcool consommé dans le monde avec plus de 500 millions de caisses de 9 litres en 2005, sa production a lieu notamment en Russie, en Ukraine, en Pologne, en Bulgarie, en Suède, en Finlande. Certains États de l'ouest de l'Europe en produisent également mais de façon plus anecdotique et son image est intrinsèquement liée aux pays slaves.

Le whisky est dans le même cas de figure, en tant qu'alcool fort consommé dans le monde entier mais aux origines particulièrement ancrées localement. Il regroupe les eaux-de-vie fabriquées par distillation de céréales (maltées ou non maltées). Son origine est encore sujette à controverses entre Irlandais et Écossais. Le mot anglais whisky vient de « uisge » en gaélique écossais ou de « uisce » en gaélique irlandais, signifiant « eau » dans les deux langues (« uisge beatha » en gaélique écossais et « uisce beatha » en irlandais signifient « eau-de-vie »).

 

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