Les biocarburants, une solution pour la réduction des gaz à effet de serre?

Par Mirabela Lupaescu | 3 février 2007

Pour citer cet article : Mirabela Lupaescu, “Les biocarburants, une solution pour la réduction des gaz à effet de serre?”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 3 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/106, consulté le 24 septembre 2022

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Le réchauffement climatique est un des enjeux fondamentaux pour la protection environnementale au XXI-ème siècle. Seul responsable de plus de 20% de ces émissions, le domaine des transports est en tête de peloton pour la production des gaz à effet de serre. Dans ces conditions, l’utilisation des produits organiques végétaux et animaux à des fins énergétiques, connu sous le nom de biomasse, est une des politiques prometteuse de la stratégie européenne sur les énergies renouvelables. Mais est-elle à même de contribuer à la réduction des gaz à effet de serre et même de remplacer un jour l’essence et le gasoil ?

L’UE – promoteur de l’utilisation de la biomasse

La politique européenne en matière d’énergies renouvelables a pris essor au milieu des années 1990 grâce aux débats suscités par le Livre Vert de la Commission du 20 novembre 1996 sur les sources d’énergie renouvelable. C’est ainsi que le document de la Commission « Énergie pour l'avenir : les sources d'énergie renouvelables. Livre blanc établissant une stratégie et un plan d'action communautaires »  voit le jour.

Ce Livre Blanc est essentiel pour plusieurs raisons. D’un côté, il fixe l’objectif d’accroître la part des énergies renouvelables des pays membres de 6% à 12% d'ici 2010. D'un autre côté, il envisage un premier plan d’action pour atteindre cet objectif en prenant en considération tous les secteurs des énergies « vertes », à savoir, la biomasse, l’énergie éolienne, l’énergie solaire, l’hydroélectricité et l’énergie géothermique.

Mais si, les domaines de l’énergie éoliennes et de l’hydroélectricité connaissent un développement considérable, la biomasse est une source assez mal connue et surtout rarement appliquée, en dépit de ses avantages.

Dans le domaine de l’énergie, la biomasse regroupe l’ensemble des énergies qui proviennent de la dégradation de la matière organique. Elle reste une énergie renouvelable tant que sa consommation ne dépasse pas l’accroissement biologique.

Par conséquent, on remarque ces derniers temps une attention particulière de la Commission à ce type de production d’énergie. En 2005 elle publie un Plan d’action dans le domaine de la biomasse qui met en évidence les avantages nets de l’utilisation de cette énergie.

Non seulement, elle permettrait une diversification des sources d’énergie en Europe, mais elle pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les transports, à créer des emplois et à réduire la consommation du pétrole. Son utilisation est envisagée pour le chauffage, peu coûteuse et simple du point de vue technologique, mais peu employée ; Cette source d'énergie pourrait également utilisée pour la création d'électricité ou de biocarburants pour le transport.

Mais l’utilisation de la biomasse dans le domaine des transports paraît une solution idéale pour réduire la consommation de pétrole, si difficile à remplacer par d’autres types d’énergie actuellement.

Et l’Union Européenne a commencé à œuvrer pour la promotion de l’utilisation de ce nouveau type de carburant dans les pays membres. Ainsi, dès 2003, la directive Biocarburant impose aux Etats membres l’obligation d’adopter les mesures nécessaires pour que, à partir de 2005, les biocarburants représentent une part des carburants vendus sur leur territoire. Suite à cette phase préliminaire, la même directive fixe comme objectif, un taux d’utilisation des biocarburants de 20% d’ici 2020 pour remplacer la consommation d’essence et de diesel.

 
Les biocarburants – un espoir pour l’avenir …ou une solution temporaire ?

 
Le bilan de cette politique s’avère très mitigé jusqu’à présent. Ainsi, d’un côté l’objectif fixé en ce qui concerne la part des énergies renouvelables dans la consommation des 27 est loin d’être atteint.

EurObserv’ER, l’Observatoire européen pour les énergie renouvelables dans son bilan sur les énergies renouvelables en Europe en 2005 a tiré une conclusion plutôt négative. Et Jean – Louis Bal, Directeur des énergies renouvelables, des réseaux et des marchés énergétiques partage cet avis : « Le Baromètre Européen des Énergies Renouvelables portant sur l’année 2005 est révélateur de plusieurs grands constats.Le premier estque les grands objectifs européens,les 22 % de la directive sur l’électricité de sources renouvelableset les 12 % d’énergieprimaire du Livre Blanc, serontloin d’être atteints en 2010 ».

Quant au deuxième objectif, celui sur l’augmentation de la part des biocarburants dans le marché intérieur il est peut être encore tôt pour en tirer une conclusion. Néanmoins, on sait que l’Union Européenne ne prévoit que le biodiesel et le bioéthanol comme biocarburants. Si le biodiesel, à base de colza ou soja, est produit et utilisé notamment en Espagne, le bioéthanol, à base de betterave, est le principal biocarburant produit dans l’UE, avec des pays producteurs tels l’Italie, la France ou l’Allemagne.

Mais la production des biocarburants dans l’UE est de loin inférieure à celle des Etats-Unis ou du Brésil, des pays phare dans le domaine. Leur politique d’utilisation des biocarburants a commencé aux alentours des années 2000 et a connu un essor considérable, qui a fait de ces pays des exportateurs de biocarburants sur le marché mondial.

De l’autre côté, bien que les avantages économiques et stratégiques de l’adoption des biocarburants à grande échelle soient incontestables, les disputes des scientifiques subsistent pour ce qui est de son effet sur l’environnement.

Il est clair que l’intégration des biocarburants sur le marché aura un effet positif sur l’agriculture européenne qui vit un moment difficile avec la dernière réforme de la PAC. L’élimination graduelle des subventions européennes en agriculture pourrait être compensée facilement par l’extension de la culture de la betterave, du colza ou du soja, matières premières des biocarburants. De plus, la nouvelle source d’énergie créera des emplois autant dans le secteur agricole que dans celui de l’industrie automobile et autres.  

Stratégiquement, les biocarburants paraissent être la solution pour le problème de diversification des sources énergétiques en Europe, dépendante à plus de 50% des importations de pétrole. Avec une croissance de la consommation et des pays exportateurs des carburants fossiles de moins en moins fiables, comme c'est le cas des pays du Golfe, mais récemment aussi de la Russie, l’alternative énergétique est une question cruciale. Si en matière de consommation industrielle ou ménagère la solution pourrait être le nucléaire, les  transports pourraient trouver une réponse par l’utilisation des huiles végétales.

Il faut pourtant prêter attention aux risques cachés de la production et mise sur marché des biocarburants à grande échelle. D’une part, la communauté scientifique est loin d’avoir trouvé un accord sur le bilan zéro d’émission de CO2 des biocarburants. Mais, même en mettant à l'écartcette question trop complexe pour nous, il reste celle de la production des biocarburants eux-mêmes.

Si la production des biocarburants est faite d’une façon non écologique par une agriculture intensive qui risque d’épuiser les sources de nappes phréatiques et de polluer le milieu ambiant par l’utilisation des pesticides et des engrais, alors le résultat sera l’inverse. Il serait souhaitable donc de considérer les biocarburants comme une solution temporaire et ne pas abuser de leur utilité.       

 
Comme on a déjà vu, la Direction Générale « Energie » de la Commission s’est mobilisée et continue à le faire dans le domaine des énergies renouvelables. Sans avoir une compétence exclusive dans ce domaine, la Commission continue à fixer des objectifs ambitieux afin de pousser les Etats membres à inclure les énergies renouvelables dans leurs recettes énergétiques nationales.

Et les initiatives de la Commission ne cessent de se multiplier. Après la proposition de la Commission du 10 janvier, « Energy for a changing World », présentée lors d’une conférence par M. Barroso en personne, cette semaine sera dédiée à Bruxelles aux énergies renouvelables. Entre le 29 janvier et le 2 février, la Commission et une diversité d’acteurs publics et privés participeront à cette conférence afin de réfléchir sur l’utilisation des énergies renouvelables.

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Pour plus d’information :

picto_1jpeg “Démarrage en douceur pour le bioéthanol”, Olivier Guérin, enquête carburant dans « 60 millions de consommateurs », janvier 2007, no. 412
picto_1jpeg Direction Générale Energie et Transports
picto_1jpeg Fiches ScadPlus sur la législation européenne
picto_1jpeg Rapport sur l’état des énergies renouvelables en Europe
picto_1jpeg Observatoire des Energies Renouvelables
  Wikipedia , Biocarburants