Les agences de notation financière sont au coeur d'un débat qui n'a cessé de s'amplifier depuis le début de la crise en 2008. Bien que l'on compte maintenant plus de 150 agences de notation dans le monde entier, seules 3 d'entre elles ont une « vocation » véritablement globale. Cette vocation se comprend par leur pouvoir particulier de noter des agences transnationales, multinationales, des grandes banques et même des États.
Un marché dangereux, car oligopolistique
Pour parler de manière plus concrète, on sait que Standard & Poor´s détient environ 47 % du marché, Moody's à peu près 33 %, tandis que Fitch tourne autour de 15 %. Or, elles sont couramment appelées les « trois grandes », du fait elles détiennent à elles trois plus de 95 % des parts de marché. (Chiffres valables pour l'année 2010 − Libération, 2011). Cela veut dire que le reste du marché, surtout les agences locales, ont moins de 6% du total. Voilà pourquoi ce marché est perçu comme fortement "oligopolostique" (c'est-à-dire structuré de telle sorte que l'offre est déterminée par un petit nombre d'entreprises face à une grand nombre de demandeurs) .
De surcroît, les « trois grandes » sont basées aux États-Unis, ce qui, entre outre, souligne la dominance anglo-saxonne dans le monde financier contemporain. Dominance qui s'est d'ailleurs installée dans les années 1960 et qui a toujours agacé les grands États européens, surtout la France, l'Allemagne ou même l'Italie. Cependant, il y a normalement plusieurs principes majeurs qui doivent être respectés par n'importe quelle agence de notation existante. Ceux qui sont cités le plus souvent sont les trois suivants :
1) l'indépendance. Cela veut dire que les agences de notation devraient être indépendantes des institutions publiques et/ou des grandes banques/ grandes institutions financières ; ici on peut remarquer les problèmes les plus importants avec toutes les agences, car il peut être relativement facile de proclamer leur indépendance formelle, mais il ne l'est pas d'évaluer leur dépendance « informelle », voire cachée (Jolivet, 2010 ; Sinclair, 2005).
2) la transparence. Cela signifie que la disponibilité de leurs informations et renseignements devrait être garantie à tout le monde ; par exemple, pour avoir un accès aux informations sur telle ou telle compagnie notée par une agence de notation concernée, vous pouvez vous abonnez sur leur site internet (Sinclair, 2005).
3) l'objectivité/l'impartialité . Les agences de notation devraient être le plus objective possible ; ceci est souvent impossible à déterminer, dans la mesure où l'on ne connaît pas les moyens pour évaluer ce qui est déjà « objectif » et ce qui ne l'est pas. Pourtant on essaie de le faire « rétrospectivement » et « empiriquement », ce qui veut dire qu´on observe la notation d'une agence dans le passé et on établit des comparaisons avec la « réalité » (Langohr, Langohr, 2008).
Il est assez évident que ces principes ne sont pas toujours respectés : certes le principe « 1) » coïncide avec le problème classique de la notation, c'est à dire qu'on note le payeur. Ceci peut, entre outre, inciter l´effet de l'aléa moral de la part de ce payeur (Langohr, Langohr, 2008). De même, le principe « 3) » peut être contesté très facilement lui aussi : les agences de notation sans doute accentuent le cycle économique (elles sont "pro-cycliques"). Dans des périodes de crises elles aggravent souvent les problèmes financiers, tandis qu'en période de conjoncture favorable elles notent typiquement de manière trop généreuse.
Une montée en puissance au cours de l'histoire : pourquoi ?
Une rétrospective historique s´impose. Remontons à la période où les agences de notation ont été instaurées, pour se demander quelles sont les raisons principales leur ont donné le rôle si important que l'on connaît aujourd'hui. À l'origine, elles servaient surtout comme journaux d'information, entièrement destinées à des décideurs et patrons dans les entreprises privées. Après cela, elles sont devenues des fournisseurs d'informations plus sophistiquées et en même temps plus complexes, informations qui se sont finalement transformées en « notes ».
Pourtant, la Grande dépression économique des années 1930 a changé la donne : les agences de notation sont depuis lors devenues absolument indispensables dans le cadre de la politique économique, au moins structurelle, et se sont procuré le rôle de codécideurs sur le destin des nations, des industries et/ou des entreprises plus importantes. La cause de cela a été très simple : il s'agissait de mieux comprendre ce qui se passait dans les bilans des banques ainsi qu´au sein des entreprises importantes (ou même au niveau des États). C'était l'opacité absolue au niveau des compagnies et du système économique dans son ensemble qui a été perçue comme l'un des causes premières de la grande crise économique. C'est aussi elle qui a aussi empêché les décideurs politiques d'intervenir avec l'efficacité et la rapidité nécessaire.
Il y a eu de nombreuses discussions autour du rôle de ces agences juste après la Deuxième guerre mondiale, pour la plupart se penchant sur la liberté d'expression d'une part et sur l'ingérence économique et l´indépendance de l'autre. De même, leurs financements ont évolué au cours du temps, en commençant avec ce fameux « investisseur-payeur » à ce qui prévaut à notre époque, c´est-à-dire « émetteur-payeur » (l'émetteur d'actifs financiers payent l'agence de notation pour qu'ils soient notés). Les raisons de cette situation se trouvent d'abord dans des coûts plus élevés, liés à des instruments financiers plus complexes, mais aussi dans la possibilité du photocopiage de plus en plus accrue et développée (Sinclair, 2005).
Les problèmes que représentent les agences de notation financière et les réponses européennes
En abordant les problèmes intrinsèques relatifs aux « trois grandes », commençons tout d'abord avec l'ingérence dans la politique économique d'un tel ou tel pays. On peut s'appuyer sur un exemple très parlant en République tchèque : l'agence de notation S&P, a récemment amélioré la catégorie de risque pour ce pays. Cependant, cette amélioration est « conditionnée » par le « succès » de mise en œuvre des réformes du système de santé ainsi que celle du système des retraites (Pour vous renseigner en détail sur la réforme tchèque des retraites, voir par exemple Janicko, 2011). Ce type d'ingérence peut être perçu comme absolument inapproprié, visant in extremis l'indépendance de la politique économique qui est en soi déjà beaucoup affectée par d'autres agents extérieurs (l´UE, le FMI, la Banque Mondiale, etc.).
L'illégitimité apparente de ces agences est surtout liée à l'impossibilité d'élire ou de choisir les représentants de ces agences par le peuple (soit directement, soit indirectement), et donc de pouvoir exercer un impact sur la politique économique proposée par ces derniers. Ce qui est également intéressant dans ce cas spécifique, c'est qu'il y a certains hommes politiques qui se plaignent du déficit démocratique dans l'UE et en même temps qui acceptent les « préceptes économiques » des agences de notation, comme mentionné ci-dessus.







Merci pour cet article : j'ai
Merci pour cet article : j'ai tout compris sur ce sujet qui me rebute si souvent !
Et au passage, jolie petite pique contre ces dirigeants tchèques si prompts à accuser 'Bruxelles' mais pas ces fameuses agences de notation...
Publier un nouveau commentaire