Législatives serbes : l'UE sur le devant de la scène

Par Goda Šileikaitė | 5 mars 2012

Pour citer cet article : Goda Šileikaitė, “Législatives serbes : l'UE sur le devant de la scène”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 5 mars 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1440, consulté le 20 octobre 2019

Qui aurait dit que l'Union européenne pouvait jeter de l'ombre sur les élections nationales dans un pays connu pour son intense nationalisme ? Ces jours-ci, la Serbie fait douter tous ceux qui ont peine à croire que le pays est prêt à sacrifier certaines de ses revendications d'intégrité territoriale, une question au cœur des élections nationales qui auront lieu le 6 mai 2012.

Le tournant : le statut de pays candidat

Suite au report de la candidature de la Serbie à l'adhésion européenne le 9 décembre 2011, la communauté internationale (pas seulement l'UE, mais aussi les États-Unis avec Hillary Clinton au premier plan) a concentré son attention sur le respect des conditions fixées le 9 décembre. La principale raison du refus était basée sur la situation actuelle dans le Nord-Kosovo avec le blocage des relations entre Belgrade et Pristina. A l’approche des prochaines élections, l’extrême droite en Serbie est toujours perçue comme une menace potentielle pour la stabilité globale dans la région par la communauté internationale. Lors des dernières élections présidentielles du 3 février 2008, l’actuel président, Boris Tadic (chef du parti social démocrate serbe) a été élu avec 50,31% de voix face au candidat du parti radical serbe (parti d’extrême droite), Tomislav Nikolic. Cette faible défaite illustre la forte influence du parti. Cependant, le parti nationaliste a déclaré son soutien total à l'intégration européenne. Gardons à l'esprit qu’il s’agit d’un obstacle potentiel au développement du pays.

Après un parcours tumultueux vers l'intégration européenne, la Serbie obtient finalement le statut de candidat à l'adhésion de l'UE le 1er mars 2012. Cet évènement fut accueilli positivement par la Secrétaire d'État américaine Hillary Clinton et le Commissaire à l'élargissement Štefan Füle. Ce dernier déclare que ce statut est déterminant non seulement pour la Serbie, mais aussi pour l'avenir de la région toute entière. De leur côté, les dirigeants serbes furent plus mesurés, soulignant que la Serbie assume désormais une plus grande responsabilité et de plus grandes obligations. Néanmoins, pour certains d'entre eux le statut de candidat donne sens au projet de l'ancien Premier ministre serbe Zoran Đinđić (assassiné en 2003) : la modernisation de la Serbie.

Pourquoi le statut de pays candidat à l'UE a été et demeure un facteur clé pour le gouvernement actuel ? On peut supposer que l'intégration européenne reste un problème de long terme. Car aujourd'hui, la Serbie affronte un taux de chômage très élevé de 16.7% - de plus, un citoyen sur quatre est au chômage à Belgrade. Cela exigerait de recentrer les efforts politiques au niveau national. Toutefois, le gouvernement actuel s'est aperçu que seul un mouvement diplomatique couronné de succès, offrant à son pays la candidature à l’UE, pouvait empêcher les nationalistes d’accéder au pouvoir en mai. Ceux-ci ne trouvent de soutien de la part ni des  leaders serbes pro-européens, ni des acteurs internationaux. Les enjeux nationaux sont donc mis de côté et la diplomatie concentre toute l'attention.

Les difficultés à venir

Cependant, c'est encore une manœuvre très risquée politiquement pour le gouvernement qui s'est presque trouvé au bord du gouffre début décembre 2011.

Deux raisons principales sont la source de cette hypothèse. Après avoir conclu plusieurs accords sur le commerce, la liberté de mouvement, le registre du cadastre et la reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires et la représentation internationale du Kosovo, la situation dans le Nord-Kosovo demeure dans un état préoccupant.

Le deuxième problème à soulever est celui des barricades érigées dans cette même région depuis l'été 2011. Elles furent mises en place au moment où le gouvernement représentant essentiellement la minorité albanaise chercha à prendre le contrôle des postes frontières à Jarinje et Brnjak détenus par les autorités serbes. A travers cette action, Pristina souhaitait assurer son intégrité territoriale, et par la suite effectuer un blocus effectif contre la Serbie. Cet acte représentait une riposte aux restrictions imposées par Belgrade sur les importations en provenance du Kosovo depuis la proclamation d’indépendance du pays du 28 février 2008.

Les barricades ont été démantelées le matin du jour où le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a effectué une visite semi-officielle à Belgrade. En plein milieu des débats menés au Conseil des ministres à Bruxelles. Pourtant, les médias serbes n'ont pas jeté beaucoup de lumière sur cet évènement même si l’un des principaux obstacles à l'obtention du statut de candidat avait été éliminé.

L'autre pas franchi à la fois par Pristina et Belgrade a été l'accord conclu sur la représentation internationale du Kosovo. Selon l '"Accord sur la représentation régionale du Kosovo", "Cette appellation [c.-à-d. « Kosovo »] ne préjuge pas du statut du Kosovo et est en conformité avec la Résolution 1244 et l'avis de la CIJ [NDLR Cour internationale de justice] sur la déclaration d'indépendance du Kosovo." Les acteurs internationaux ont fait l'éloge de cet accord, faisant valoir qu'un autre obstacle sur la voie européenne de la Serbie venait d'être éliminé.

Le règlement de ces deux questions pourrait avoir un impact sur les élections nationales au printemps. Il n'est pas très difficile de comprendre que ni le démantèlement des barricades dans le nord du Kosovo, ni l'accord sur le nom du Kosovo vont résoudre les problèmes existants. Au contraire, cela pourrait conduire à une défaite pour le gouvernement actuel.

Le démantèlement des barricades n'a pas conduit à la normalisation des relations entre les Albanais et les Serbes locaux dans le Nord du Kosovo, elle n'a pas fourni les décisions claires que l'on attend dans cette région comme sur le droit de vote des Serbes lors des élections de mai. Les fonctionnaires de Belgrade comme les représentants serbes à Pristina déclarent que la résolution 1244 interdit toute influence de Belgrade sur le nord du Kosovo. En outre, Belgrade a déjà dénoncé le référendum où les Serbes de la région avaient déclaré la volonté de s'opposer aux autorités albanaises. Ces tensions pourraient mener à plus de protestations populaires en Serbie et ainsi séduire les citoyens serbes vers le parti radical serbe.

L'accord conclu sur la représentation régionale du Kosovo, plus précisément sur ​​son nom, reste tout à fait ambigu. C'est d'ailleurs une victoire revendiqué par la diplomatie serbe. Cependant, Pristina est resté réservé sur la question, mais souligne que le plus important est que le Kosovo aura son siège dans les instances internationales ainsi que le droit de signer en son nom des accords internationaux. C'est une avancée importante pour le pays que de pouvoir désormais conclure un accord international.

Il reste à observer quelle sera la réaction du peuple serbe aux élections de mai prochain.  

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

À lire

  • Communication de la Commission au Parlement Européen et au Conseil. Bruxelles, le 12 octobre 2011, COM (2011) 666 final. Stratégie d’élargissement et principaux défis 2011-2012.
  • Accordance with international law of the unilateral declaration of independence in respect of Kosovo, Advisory Opinion of the International Court of Justice, 22 juillet 2010
  • Council conclusion on enlargement and stabilization and association process, 3132nd General Affairs Council meeting, Brussels, 5 décembre 2011
  • Lukas MACEK, L’élargissement met-il en péril le projet européen ?, La Documentation Française, Paris, 2011.

À voir

Sur Internet

 

Source picture : EU&Serbia, by European Parliament, on flickr  

From left to right : Commissioner Štefan Füle, rapporteur Jelko Kacin and Council Member Enikő Győri.

 

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