Lancé à Weimar en 1991 sous l’impulsion des ministres français et allemands des Affaires étrangères, le Triangle de Weimar est une coopération trilatérale entre la France, l’Allemagne et la Pologne. S’inspirant directement du modèle de la réconciliation franco-allemande, cette coopération avait initialement pour but de faciliter la réconciliation germano-polonaise. Aujourd’hui, la coopération s’est étendue à d’autres domaines, puisque les offices franco-allemand et germano-polonais de la jeunesse ont organisé de nombreux échanges de jeunes entre les pays et que la chaîne franco-allemande Arte a décidé de relancer l’accord de coopération qu’elle avait signé auparavant avec la télévision publique polonaise.
À l’occasion des vingt ans de la création du Triangle de Weimar, deux fondations allemandes - la Stiftung Genshagen et la Friedrich Ebert Stiftung - ont invité d’autres organisations, entreprises et chercheurs à participer, pendant trois jours, à la quatrième rencontre du « Réseau du Triangle de Weimar ». Le colloque avait cette année pour thème : « L’Europe en marche vers l’Union politique ? Chances et défis de l’Union économique et monétaire ».
Partant d’une réflexion générale sur les différents rôles que le Triangle pourrait jouer à l’avenir dans le cadre européen, les conférences et ateliers se concentraient alors sur des points plus précis : la réforme de la gouvernance européenne et de la gestion de la crise, la perception de l’euro par l’opinion publique… autant de thématiques sur lesquelles Nouvelle Europe revient dans sa semaine dédiée à Weimar.
Le premier débat organisé portait précisément sur le poids international de cette coopération tripartite depuis sa création. Trois chercheurs y participaient : Helena WyligaÅ‚a, de l’université de Basse-Silésie, Jacques Rupnik, du Centre d’Études des Relations Internationales (CERI) et Kai-Olaf Lang, de l’institut allemand Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP). Martin Koopman, de la fondation Genshagen, animait le débat.
Martin Koopman a commencé par poser les éléments du débat. La Pologne est un État membre encore récent, pas encore membre de l’eurozone. Elle cherche encore sa voie européenne, et il faut qu’elle se pose les bonnes questions. La situation monétaire de l’Union européenne (UE) elle-même est particulière : l’UE est sur la défensive. Peut-être faut-il davantage d’Europe – ce qui est la position allemande. Mais alors qu’aujourd’hui, faire fonctionner le Triangle de Weimar semble difficile, une série de questions se pose – y a-t-il une volonté de coopération ? Quels sont et devraient être nos objectifs ? S’agit-il d’un dispositif de prévention de conflits ?
Le triangle de Weimar, un baromètre
Helena WyligaÅ‚a a ensuite pris la parole. Deux interrogations lui semblent fréquentes : est-ce que le Triangle de Weimar est toujours vivant ? Et comment l’animer ? Elle estime qu’il n’y a pas vraiment de sens à se poser la question de la vie ou de la mort d’une telle coopération : elle existe depuis plus de 20 ans, avec ses succès et ses échecs. On ne doit pas, par conséquent, se poser la question de ranimer ce qui n’a jamais péri. Elle cite alors Stefan Miller, ministre polonais des Affaires étrangères, pour qui l’objectif du Triangle de Weimar est de bâtir une base de compréhension politique (s’informer sur les dossiers prioritaires, développer une conception de la coopération sur le long terme…). Malgré les attentes, il faut admettre que le Triangle de Weimar n’a pas été un moteur de l’UE. A-t-il une signification spéciale ? Il semble que non : les contenus de la déclaration politique sont assez vagues, superficiels. Il faut toutefois prendre en compte le rôle de « baromètre » du Triangle de Weimar en tant qu’il permet de comprendre l’attitude des États face à l’UE. Comptons enfin avec le potentiel de cet instrument de coopération : ses différentes fonctions nous amènent à penser qu’il constituerait un moteur de l’intégration européenne – certains voudraient ainsi renforcer sa dimension politique.
Dans plusieurs domaines, le Triangle de Weimar peut apporter des solutions : le domaine économique (en convoquant les ministres des Finances, en confrontant les approches nationales), la politique commune de sécurité et de défense (l’institution en 2013 d’un « Weimar battlegroup », bataillon international, a déjà été décidé, grâce aux ministres de la Défense), la question de la Politique agricole commune, enfin la question de l’énergie. Selon Stefan Miller, la Pologne a l’impression d’avoir été évincée de l’espace européen – on constate en effet la création d’une Europe à deux vitesses dans le domaine économique et financier. En somme, le principal problème du Triangle de Weimar consiste dans le fait que les grandes divergences nationales sur des sujets d’actualité ne sont pas encore discutées dans ce cadre de coopération.
Le triangle de Weimar peut-il devenir un axe transeuropéen ?
Jacques Rupnik est revenu sur le parcours historique du Triangle de Weimar. Le moment de sa création, 1991, correspond à l’année où l’on a voulu créer la « Confédération européenne », projet qui demeura sans suite : les pays d’Europe centrale et orientale refusaient de faire parti d’un ensemble politique comprenant la Russie. C’est donc dans le contexte de cet échec qu’est né le Triangle de Weimar, une grande idée qui n’a pas été suivie par beaucoup de progrès.
Plusieurs divergences ont perturbé le fonctionnement de cet instrument de coopération : des attentes différentes en matière d’élargissement (entre réticences françaises et enthousiasme polonais), l’épisode de la guerre d’Irak (avec une Pologne dont le soutien à l’administration Bush tranchait avec la position de la « vieille Europe »), enfin les personnalités politiques hostiles de part et d’autre (les frères KaczyÅ„ski en Pologne notamment). Pour Jacques Rupnik, tout cela a affaibli le Triangle de Weimar alors même que le couple franco-allemand s’affaisse depuis l’époque Chirac/Schröder.
Heureusement, une série d’évènements (fin de l’époque des frères KaczyÅ„ski au pouvoir, changement de l’attitude russe face au massacre de KatyÅ„, renonciation d’Obama à l’installation d’un bouclier anti-missiles en Europe centrale).







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