Le tourisme, un investissement d’avenir pour l’Europe ?

Par Véronique Antoinette | 2 juin 2011

Pour citer cet article : Véronique Antoinette, “Le tourisme, un investissement d’avenir pour l’Europe ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 2 juin 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1125, consulté le 06 octobre 2022

L'Europe est la première destination touristique du monde. Le secteur du tourisme est aussi  considéré comme la troisième activité socio-économique de l'Union européenne représentant jusqu'à 11 % de son PIB. Alors que le Traité de Lisbonne accorde à l'UE une compétence pour « appuyer, coordonner et compléter l'action des États membres » (Article 6, TFUE), quel est le réel appui donné au secteur touristique ?

La Commission européenne envisage le tourisme comme un secteur transversal : il ne s'agit pas d'une activité économique contribuant uniquement à la croissance, le tourisme peut aussi s'inscrire dans des actions en matière sociale, territoriale, environnementale et culturelle. C'est pourquoi dans sa Communication « L'Europe, Première destination au monde - un nouveau cadre politique pour le tourisme européen » du 30 juin 2010, la Commission propose quatre axes d'intervention :

  • « stimuler la compétitivité du secteur touristique en Europe ;
  • promouvoir le développement d'un tourisme durable, responsable et de qualité ;
  • consolider l'image et la visibilité de l'Europe comme un ensemble de destinations durables et de qualité ;
  • maximiser le potentiel des politiques et instruments financiers de l'UE pour le développement du tourisme. »

L'investissement européen pour un tourisme compétitif

L'industrie touristique européenne, hors services annexes, représente 1,8 millions d'entreprises soit 9,7 millions d'emplois générant 5% du PIB de l'UE. Avec les activités indirectement concernées par le tourisme c'est donc près de 12% de l'emploi total et 10% du PIB. Pour maintenir à ce haut niveau la contribution du tourisme à la croissance européenne, le Traité de Lisbonne a inscrit la politique européenne du tourisme dans sa stratégie « Europe 2020 », en lui donnant comme objectif de stimuler la compétitivité du secteur. Comment ? La Commission européenne propose « de développer l'innovation dans le tourisme, de renforcer la qualité de l'offre dans toutes ses dimensions, d'améliorer les compétences professionnelles dans ce secteur, d'essayer de remédier à la saisonnalité de la demande, de diversifier l'offre touristique, et enfin, de contribuer à l'amélioration des données statistiques et analyses portant sur le tourisme ».

La majorité des entreprises du secteur touristique étant des PME, la Commission européenne souhaite améliorer la compétitivité du secteur touristique en s'appuyant sur ses politiques du domaine de l'entreprise et ses actions en faveur des PME.

L'investissement européen pour un tourisme durable, responsable et de qualité

Les préoccupations environnementales et sociales ont très tôt interpellé la Commission européenne pour orienter ses actions dans le secteur du tourisme. En 2003 elle publie ainsi une Communication présentant les « Orientations de base pour la durabilité du tourisme européen » [Com(2003)716] puis en 2007 elle propose un « Agenda pour un tourisme européen durable et compétitif » [Com(2007)621]. Celui-ci a mis en place un Groupe Durabilité du tourisme composé de vingt-deux membres provenant de l'industrie du tourisme, d'associations, de destinations touristiques et de la société civile. Des experts des administrations des États membres et d'organisation internationales apportent aussi leurs réflexions à cette initiative.

La Commission européenne souhaite inscrire ses prochaines actions dans un cadre strict. Pour elle la durabilité du tourisme recouvre en effet de nombreux enjeux : « l'usage responsable des ressources naturelles, la prise en compte de l'impact environnemental des activités (...), l'utilisation d'énergies « propres », la protection du patrimoine et la préservation de l'intégrité naturelle et culturelle des destinations, la qualité et pérennité  des emplois générés, les retombées économiques locales ou encore la qualité de l'accueil. » Ainsi à l'image de l'écolabel, l'UE envisage de mettre en place un nouveau label de promotion des destinations touristiques durables voire une marque européenne « Qualité tourisme ».

La Commission européenne cherche aussi à s'arrêter sur la dimension sociale du tourisme européen. Ainsi par son programme CALYPSO lancé en 2009, la Commission européenne incite les États membres à mettre en place des actions de tourisme social. L'objectif général est de rendre le tourisme accessible à toutes les couches de la société européenne. Ce programme permet aussi d'élargir les saisons touristiques et d'encourager le développement local régional. CALYPSO s'est appuyé sur une étude menée en 2009, intitulée « Échanges touristiques en Europe : développer l'emploi, étendre la saisonnalité, renforcer la citoyenneté européenne et faire progresser les économies locales et régionales à travers le développement d'un tourisme social ». Les objectifs de cette étude étaient, entre autres, l'échange de bonnes pratiques et la proposition de recommandations pour accroître les échanges touristiques. Chaque année, la Commission européenne ouvre ainsi un appel à proposition pour aider les autorités publiques des États membres à développer leurs projets CALYPSO.

L'investissement européen pour un tourisme visible

À l'intérieur de l'UE la Commission européenne a mis en place en 2007 le concours des Destinations européennes touristiques d'Excellence (EDEN). L'objectif est de promouvoir des destinations peu connues. Les quatre éditions de ce concours ont rencontré un vif succès des États d'une part avec une participation en hausse chaque année (seuls Le Royaume-Uni, le Danemark, la Suède et le Portugal n'y ont pas encore participé alors que la Turquie et l'Islande y participent depuis respectivement 2008 et 2010) et des citoyens européens d'autre part. Ainsi les éditions 2010 et 2011 d'Eurobaromètre sur "Le comportement des Européens vis-à-vis du tourisme" indiquent que 28% des Européens souhaitent partir dans des destinations émergentes pour leurs vacances.

Le concours EDEN récompense ainsi la destination que chaque État membre a préalablement sélectionnée au niveau national.

La Commission européenne se fixe pour autre objectif d'augmenter la visibilité de ses destinations touristiques envers les pays tiers. C'est pourquoi elle a ouvert en 2009 le site visiteurope.com qui donne un large aperçu des possibilités touristiques en Europe en les classant, par pays, régions, types de séjours... Des informations pratiques sont aussi répertoriées et un espace est réservé aux utilisateurs du site, pour permettre un partage des expériences touristiques européennes.

Dans sa Communication de 2010 la Commission européenne propose aussi de faire la promotion mondiale des « Capitales européennes de la culture » et des « Journées européenne du patrimoine ». Elle envisage aussi d'améliorer sa communication sur des évènements mondiaux tels les Jeux Olymiques et les Expositions universelles.

 

 

Et le soutien financier ?

En tant que secteur transversal, le tourisme est directement ou indirectement concerné par de nombreuses politiques européennes. Il doit dès lors profiter de l'ensemble des outils et instruments financiers de l'UE, comme les fonds structurels, notamment le Fonds européen de Développement régional (FEDER). Le tourisme est aussi une activité favorisant le développement local des régions avec des enjeux spécifiques et en ce sens il peut bénéficier du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) ainsi que du Fonds européen pour la pêche (FEP), les zones côtières et maritimes étant particulièrement concernées par le tourisme. Enfin certaines activités du tourisme peuvent aussi s'intégrer au Programme-cadre pour l'innovation et la compétitivité (PIC) lorsqu'elles contribuent à la mise en place de réseaux européens pour un tourisme compétitif et durable. Ainsi selon le site de la politique régionale européenne, Inforegio, « Sur la période 2007-2013, une aide de l'Union européenne ciblant directement le secteur du tourisme est prévue au titre de la politique de cohésion, pour un montant de plus de 6 milliards d'euros, soit 1,8 % du budget global. Une enveloppe de 3,8 milliards d'euros est affectée à l'amélioration des services touristiques, 1,4 milliard d'euros sont consacrés à la protection et à la valorisation du patrimoine naturel et 1,1 milliard d'euros à la promotion de ce patrimoine. »

Compte tenu du poids que la Commission européenne veut donner au tourisme la réflexion sur le budget post-2013 va être l'occasion d'attribuer plus ou moins d'ampleur financière à ce secteur au sein de ces différents fonds.

La Commission européenne montre une réelle implication dans le secteur touristique particulièrement du fait de son rôle dans la croissance européenne et des opportunités d'amélioration dont il dispose. Au-delà de ses atouts pour avancer vers une Europe compétitive, il peut contribuer à la re-modélisation des activités économiques pour qu'elles deviennent durables et responsables. La Commission européenne propose des actions précises pour répondre aux objectifs clairs qu'elle s'est fixée. Son investissement moral semble donc  total mais il lui reste à admettre que son investissement financier est largement insuffisant pour y répondre.

 

Pour aller plus loin

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Source photo : Euro, par mammal, sur flickr