Le statut des femmes en Croatie

Par Emilie Proust | 27 février 2007

Pour citer cet article : Emilie Proust, “Le statut des femmes en Croatie”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 27 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/128, consulté le 16 juin 2019

illustration_01Lorsque l’on étudie les sociétés ex-yougoslaves, le second seuil de fracture après les tensions ethniques concerne les hommes et les femmes. Cette question, souvent occultée, n’en est pas moins porteuse d’enjeux, et a constitué un des domaines où les gouvernements ont mené de grands changements.

 

Durant la décennie 1990, le statut des femmes en Croatie s’est dégradé, à la fois durant la période de guerre proprement dite mais également dans toute la période où le président Tuđman était au pouvoir. La guerre, touchant essentiellement la population civile, n’a pas seulement utilisé les femmes comme victimes symboliques des groupes ethniques en présence, mais a en outre ravivé la structure sociale traditionnelle, dans les régions rurales en particulier. De 1990 à 2000, c’est le parti conservateur HDZ qui s’est maintenu au pouvoir, encourageant cette politique traditionaliste. Le HDZ a trouvé un solide point d’ancrage dans l’Eglise catholique qui connaît un renouveau important en tant que composante caractéristique de l’identité croate – alors que les Serbes sont orthodoxes et beaucoup de Bosniaques musulmans. Ce ferment identitaire a appelé une collusion entre les catholiques radicaux et les nationalistes. De fait, l’influence de l’Eglise s’est diffusée dans la société.

Afin d’augmenter la part de « Croates ethniques » dans la population, le gouvernement a mené une politique nataliste fondée sur des arguments tels que « la vocation de la femme est la maternité ». La loi sur la famille de 1994 conforte cette idée en insistant sur le rôle premier de la fonction maternelle pour les femmes. La politique nataliste est accompagnée de mesures comme des exonérations fiscales ou des aides spécifiques liés à la naissance d’un nouvel enfant. Certes ces avantages ne sont pas à rejeter, mais le fond idéologique sous-jacent a soulevé l’ire des associations féministes croates.

En outre, on constate l’importance des violences faites aux femmes dans le pays, particulièrement à une période où la législation sanctionnant les violences familiales était inexistante. Ce phénomène serait une conséquence du traumatisme généré par la guerre chez les hommes qui par contrecoup deviendraient plus agressifs envers leurs compagnes. Ces sévices sont encore trop souvent rapportés. Sous Tuđman, nombre de femmes n’osent pas porter plainte car elles ne font pas assez confiance aux institutions nationales et craignent de voir leur situation empirer. La situation actuelle est en voie de normalisation. 

Les suites immédiates de la guerre ont été marquées par une importante crise économique qui a vu les femmes reléguées à la maison ou précarisées. Il reste aujourd’hui quelques séquelles de ceci dans la structure du travail en Croatie. Les femmes ont des difficultés à obtenir des postes à responsabilité. Dans la sphère politique, on déplore aussi la faible représentation des femmes.

Des changements ont heureusement été opérés depuis 2000. L’amélioration de la condition féminine est d’ailleurs une des clauses de conditionnalité qui est nécessaire à l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne. Désormais, le Parlement compte tout de même 22% de députées. La législation a été améliorée pour permettre à la fois la protection des femmes et la lutte contre les discriminations liées au genre. Enfin, on observe une forte mobilisation féminine pour mettre en œuvre la société civile croate. Plusieurs associations féministes ont ainsi vu le jour et se chargent de palier les carences résiduelles en matière de droit des femmes. Ces associations sont nationales ou rattachées à des groupes internationaux et fournissent un support non négligeable en matière d’aide aux femmes victimes de guerre, femmes battues et de lutte contre les discriminations au travail.

Pour aller plus loin

  • Committee on the Elimination of Discrimination Against Women, Concluding Observations: Croatia
  • Parlement croate
  • Site de l'IWRAW : International Women's Rights Action Watch

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