Le sommet UE-Russie : un nouveau coup dans l’eau

Par admin | 20 mai 2007

Pour citer cet article : admin, “Le sommet UE-Russie : un nouveau coup dans l’eau”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 20 mai 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/200, consulté le 05 juillet 2022
61379789articleLe sommet UE-Russie se tient deux fois par an, réunissant la présidence tournante de l’Union européenne – en ce moment, allemande - et les dirigeants russes. Dans le contexte des relations énergétiques cruciales entre les deux ensembles, de la candidature russe à l’OMC mais aussi du boycott russe de la viande polonaise et des tensions en Estonie, cette édition 2007 semblait devoir être mouvementée. Elle a tenu ses promesses.
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Samara, à l'Est de la Volga, est à la frontière de l'Europe (Google Maps)
 
Une présidence allemande sous le signe des Droits de l’Homme.
 
Depuis son arrivée à la chancellerie, Angela Merkel n’a pas manqué une occasion de prendre la position de son prédécesseur à contre-pieds dans ses relations avec Moscou. Originaire d’ex-Allemagne de l’Est, une région que Vladimir Poutine connaît bien pour y avoir été agent du KGB avant la chute du Mur, elle prône à la fois un dialogue constructif avec le Kremlin mais sans oublier de souligner l’importance des Droits de l’Homme.
 
En prenant la présidence de l’Union européenne pour ce semestre, la Bundeskanzlerin n’a pas manqué de transposer au niveau européen sa manière de voir. Et le sommet de Samara, sur les bords de la Volga, a montré qu’il ne suffit pas de parler la même langue - le Président russe parle l’allemand couramment – pour se comprendre.
 
Pourtant, Poutine ne s’est pas laissé chanter la chanson allemande : aux attaques européennes sur la situation de l’opposition en Russie et sur l’attaque électronique contre les serveurs gouvernementaux estoniens – dont les Occidentaux se demandent sérieusement si elle ne sont pas le fait des services russes – il a répliqué que la manière dont les minorités russophones étaient traitées dans certains pays membres de l’Union était « inacceptable et indigne de l’Europe ». « La police estonienne n’a pas seulement dispersé des manifestants, elle en a tué un. Nous demandons que les criminels soient jugés » a ajouté Poutine.

Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne a estimé de son côté que « le problème polonais est un problème de l’Europe. Les problèmes estoniens et lituaniens aussi ».

Car la question des Droits de l’Homme n’a pas été la seule question épineuse.

Également au menu : l’embargo sur la viande polonaise.

Cet embargo a été le second sujet empoisonné du sommet. Depuis plus de 18 mois, la Russie impose un boycott de la viande polonaise au motif que la Pologne ferait en réalité de la réexportation en provenance de pays dangereux au niveau phytosanitaire.
La tension est montée entre les deux pays au point que la Pologne utilise son veto sur la conclusion d’un nouvel Accord de Partenariat et de Coopération entre Russie et UE alors que l’actuel accord expire cette année.
Vladimir Poutine a concédé que « nos collègues et amis polonais ne nous adressent pas la parole depuis plus d'un an » et que la question était donc difficile à régler.
En réalité, puisque la Pologne est membre du Marché Unique, l’enjeu de l’embargo est tout autant un enjeu européen que bilatéral. Aucune solution n’a été trouvée lors du sommet.

Les nouveaux Etats membres au balcon.

Si ce sommet est un échec, il ne l’est pas pour tout le monde. Il a montré l’influence grandissante des nouveaux Etats membres sur la politique européenne : leurs problèmes bilatéraux s’européanisent. C’est ainsi qu’avec des moyens assez limités, ils peuvent influer sur la politique européenne : la Pologne utilise son droit de veto et l’Estonie a le pouvoir de débloquer en partie la situation tendue russo-européenne.

Cette « capacité de nuisance » a été reconnue par le Président Poutine lui-même, donnant sa version de la question : "Il s'agit en règle générale de problèmes qui plongent leurs racines dans l'égoïsme économique d'un seul, de deux ou de trois pays européens".

La relation stratégique entre l’Union européenne est une priorité des années à venir tant les deux ensembles connaissent des problématiques convergentes et des intérêts communs. La Russie fournit plus de 50% de l’énergie européenne, l’Union européenne détient les clefs des investissements structurels indispensables à la poursuite et au développement des gisements russes et elle aura un rôle décisif à jouer dans l’adhésion de la Russie à l’OMC.

Pourtant, Moscou n’est pas habituée à dialoguer avec Bruxelles, mais plutôt avec les grandes capitales que sont Londres, Berlin et Paris. Qu’une présidence de l’UE soit plus préoccupée des intérêts de l’ensemble des membres de l’Union, y compris des nouveaux, déstabilise la diplomatie russe.

Il semble que les années à venir puissent donner d’intéressants résultats pour les nouveaux Etats membres si ils apprennent à user avec modération de leur capacité de négociation.

 
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Sur Internet
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Le dossier sur Ria Novosti 
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Germany fails to save EU-Russia summit agenda, EUOBSERVER