Le sambo, deuxième art de l’Armée rouge ?

Par Véronique Antoinette | 3 mai 2010

Pour citer cet article : Véronique Antoinette, “Le sambo, deuxième art de l’Armée rouge ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 3 mai 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/864, consulté le 11 décembre 2019

Entre judo et lutte, le sambo a pour objectif de maîtriser à mains nues un autre individu quels que soient les conditions. Enseigné à la Dynamo, le club de sport du NKVD, c'est cet art martial qui aurait été utilisé par les « Faucons de Staline » (Sokoli Stalina), ses gardes du corps personnels.

Le nom même de "Sambo", vient du mot "Samozashchita", autodéfense, et des premières lettres des mots  "Bez", sans, et "Oruzhiya", arme : Autodéfense sans arme.

L'histoire du sambo est aussi floue que celle du NKVD. Elle n'a d'ailleurs été révélée qu'en 1982 par Michail Nikolaevich Lukashev qui a découvert presque par hasard que l'invention du sambo n'était pas l'exclusivité d'Anatoly Arkadevich Kharlampiev.

Les origines du sambo

Les bases du sambo seraient nées de l'imagination de Viktor Afanasevich Spiridonov (1883-1943), officier vétéran de la guerre russo-japonaise de 1905, après avoir été blessé durant la Première Guerre mondiale. Petit et malade, il aurait alors cherché à développer un art martial lui permettant de se défendre même lorsque tout est réuni pour vous anéantir. Il a pour cela mêlé ses connaissances de la gymnastique militaire, du corps humain et de la psychologie pour aller au-delà du jujutsu japonais. C'est ainsi que naquit le samoz, technique de combat utilisée par les militaires, à commencer par le NKVD. En effet, après 1919, Viktor Afanasevich Spiridonov est devenu instructeur d'autodéfense et de sport pour les militaires du district de Moscou. En  1921, un véritable système de combat dédié aux militaires est créé, et en 1923, le premier Clud Dynamo ouvre ses portes. Ce club est réservé aux militaires et aux forces spéciales. C'est ici que Viktor Afanasevich Spiridonov peaufine son « système » et forme militaires et instructeurs aux combats au corps à corps. Avec les années, il voyagera en France, en Angleterre, en Inde, en Chine, en Mongolie pour s'inspirer des autres sports de combat.

Parrallèlement, Vasily Sergeevich Oshchepkov (1892-1937) développait un style de combat au corps à corps en s'inspirant de sa maîtrise du judo japonais dont il était expert. Il a été en effet le premier Russe et l'un des quatre premiers Européens à obtenir en 1913 sa ceinture noire 1er dan des mains du Grand Maître Jigoro Kano. Rentré pour la première fois en Russie (à Vladivostok) en 1914,  à 22 ans, il fonda une des premières écoles de  judo en Russie. Sa connaissance du japonais et de l'anglais lui permit de rentrer comme traducteur dans l'Armée rouge. À partir de 1921, Vasily Sergeevich Oschepkov était commandeur dans l'Armée rouge et travaillait comme agent secret russe au Japon ou en Chine. Après 1925 et sa mutation à nouveau comme traducteur oriental, il fit un rapport sur l'autodéfense et mit en avant les manières d'utiliser le judo pour des besoins militaires. Il fit des démonstrations qui firent son succès au point qu'il fut invité à enseigner à la section du Dynamo de Novossibirsk. En 1929, la section sport de l'Armée rouge lui proposa d'être instructeur pendant deux mois, pour un programme spécial.

La naissance du sambo

Vers 1930, Vasily Sergeevich Oschepkov fut mit en contact avec Viktor Afanasevich Spiridonov. L'objectif de l'Armée rouge était de créer un sport de combat au corps à corps qui puisse être à la fois efficace pour les militaires et à la fois abordable pour la société civile. Cette collaboration donna donc naissance au sambo.

Cette naissance fut cependant officiellement attribuée à Anatoly Arkadevich Kharlampiev (1907-1979), le disciple de Vasily Sergeevich Oschepkov. Ce dernier, maîtrisant les langues orientales et des techniques de combat dangereuses, fut en effet accusé d'être un espion à la solde des Japonais. En 1937, il fut déporté dans un goulag en Sibérie où il fut exécuté. De son côté, Viktor Afanasevich Spiridonov mourut en 1943.

Anatoly Arkadevich Kharlampiev a été l'instructeur de l'Armée rouge qui a permis l'extension du sambo après la Seconde Guerre mondiale. Il a rédigé de nombreux ouvrages sur ce sport qui comprenait alors trois variantes : le sambo pour les militaires (centré sur la défense active) dit Systema, le sambo pour les policiers (axé sur l'immobilisation), dit Samoz et le sambo sportif pour la société civile.

La pratique du sambo

Le sambo consiste à élaborer des combinaisons de prises qui peuvent se répartir entre les projections, les contrôles articulaires et les immobilisations. Au total, on peut répertorier près de 5000 prises. Cependant, il y a plusieurs types de sambo. Tout, d'abord le sambo sportif  (en russe : Борьба Самбо) qui est avant tout un combats au sol et utilisant les prises de projections. Il y a aussi le sambo de combat (en russe : Боевое Самбо) qui accepte les percussions pieds-poings. Plus violent, ce sambo autorise un équipement de protection (protège-dents, coquille, protège-tibias et gants). Il est parfois appelé "Sambo Militaire" (en russe : Комбат Самбо). Enfin, le sambo de défense, (en russe : Комбат Самбо Спецназ) ou "Samoz" (en russe : Самоз) allie toutes les techniques d'autodéfense.

L'équipement du sambo est sobre : un pantalon, une veste et une ceinture de la même couleur. Les chaussures sont montantes et souples à lacets. Un combattant est en rouge, l'autre en bleu. Les combats se déroulent en six minutes. L'objectif n'est donc pas tant d'immobiliser l'autre joueur, mais d'enchaîner les meilleures combinaisons.

Le sambo dans le monde

Le premier championnat de sambo en URSS a eu lieu le 16 novembre 1938 à l'initiative d'Anatoly Arkadevich Kharlampiev. Il faut attendre 1946, puis 1959 pour que l'URSS voit la naissance de la Fédération soviétique de sambo.

Au niveau international, c'est le Japon qui a été le premier pays hors URSS à adopter le sambo. À l'Ouest, c'est en 1966 que la Fédération internationale de lutte amateur reconnaît officiellement le sambo. Finalement, depuis 1993, le sambo sportif est régi par la Fédération internationale amateur de Sambo (FIAS) localisée à Moscou. Elle était auparavant basée à Madrid selon les termes de l'Acte constitutif de la FIAS signé en 1984 par 59 pays du monde entier.

En 1991 à Turin a été créé la Fédération européenne de sambo.

À vos agendas : en 2010 plusieurs compétitions sont programmées !

  • Championnat d'Europe junior en avril en Grèce ;
  • Championnat d'Europe senior en mai à Minsk (Biélorrusie) ;
  • Championnat d'Afrique en mai à Casablanca (Maroc) ;
  • Championnat pan-américain junior en mai aux USA ;
  • Championnat d'Asie en juin à Tashkent (Ousbékistan) ;
  • Les Jeux internationaux des Arts martiaux en août et septembre à Pékin (Chine) ;
  • Les Championnats du monde senior du Sambo combat en novembre à Tashkent (Ouzbékistan).

Et bien d'autres encore !

 

Pour aller plus loin

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Sur Internet 

source photo : side control, sur Flickr

 

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