S'il y a un dilemme que la Pologne a parfois du mal à résoudre, c'est son allégeance à l'UE. Ce souci se détermine systématiquement par sa position diplomatique, tiraillée entre sa relation de défense miliitaire avec les États-Unis et son intégration à l'Union en 2004. Aujourd'hui à la présidence du Conseil de l'UE, elle a l'occasion de tirer les choses au clair.
La Pologne déçue par les États-Unis d'Obama
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne se sent politiquement redevable et dépendante des États-Unis. L'influence de la diaspora polonaise de l'autre côté de l'Atlantique et l'adhésion à l'OTAN que les Polonais doivent aux Américains, pèsent dans la balance sentimentale de la diplomatie. Traditionnellement, les Polonais favorisent les Américains en terme d'échange économique (Boeing, investissements etc.). L'incidence sur la politique polonaise reste également forte et perceptible, malgré le changement d'administration en 2008 aux États-Unis, moins favorable à la Pologne.
Huit ans après l'engagement en Irak, deux présidents polonais et un président américain plus tard, la relation américano-polonaise n'est plus ce qu'elle était. Lorsque Barack Obama prend ses nouvelles fonctions en janvier 2009, l'Europe comprend que ses priorités se situeront avant tout du côté de la politique intérieure et la crise financière. Par conséquent les politiques bilatérales négociées sous Bush entre les États-Unis et la Pologne dans le domaine de la défense, ne seront pas nécessairement honorées, dont le projet antimissile qui devait implanter une base américaine dans le nord-est polonais et un radar en République tchèque. John McCain, candidat républicain malheureux de l'élection présidentielle avait alors condamné cette décision, affirmant qu'elle remettait « en question la sécurité et l'engagement diplomatique des États-Unis envers la Pologne et la République Tchèque » et risquait « de saper la perception du leadership américain en Europe de l'est ». Sans parler de détérioration grave des relations diplomatiques entre la Pologne et les États-Unis, l'administration Obama découvre la note salée du volet militaire de l'ère Bush et ne peut se permettre des dépenses exorbitantes à l'étranger par peur de plomber l'économie américaine. La Pologne se crispe alors, désabusée d'avoir cru que son investissement militaire auprès des Américains en Irak et en Afghanistan serait économiquement récompensée.
Le réveil polonais
La Pologne prend note certes, mais se rend aussi compte qu'une coopération en terme de défense au sein de l'Union européenne est pour elle vitale, alors que sa coopération avec les Américains devient de plus en plus chancelante. L'atlantisme exacerbé de la Pologne est donc remis en cause depuis l'ère Obama, poussant la Pologne vers une meilleure intégration, notamment dans le domaine de la défense.
Sa position géographique « tampon » fait de la Pologne un pays stratégique en matière de défense européenne, partagée entre l'Europe occidentale et l'ours russe.
En septembre 2011, deux ans après le désaveu de Barack Obama, la question du bouclier antimissile revient sur le devant de la scène politique américaine, les États-Unis ayant signé un accord avec la Pologne, la Roumanie et l'Espagne pour déployer leurs bases sur leur territoire. C'est donc un retour aux relations atlantiques qui illustre un yo-yo diplomatique des deux côtés de l'Atlantique. Ce renouveau n'est pas pour plaire aux Russes qui voient dans cet accord une nouvelle menace de ses frontières. À la veille d'un (probable) nouveau cycle Poutine, la Pologne a besoin de se réfugier derrière une diplomatie forte, dont la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) serait la carapace. La Pologne entame cette nouvelle décennie avec une certitude : elle ne peut plus compter sur les changements de l'administration américaine pour s'immuniser militairement face aux cures d'austérité généralisées qui diminuent les dépenses dans le budget de la défense.
PESD 2.0. ?
Deux ans avant la présidence du Conseil de l'UE, la Pologne indiquait déjà que le renforcement de la défense européenne serait une de ses priorités. Elle espère apporter sa pierre à l'édifice européen et propulser la question au cœur du débat.
La relance de la PSDC est aux yeux de la Pologne, au centre de l'actualité européenne treize ans après sa naissance à Saint-Malo.
Il est inscrit dans son programme officiel, disponible sur son site, que la présidence polonaise « donnera son soutien aux actions favorisant la consolidation du dialogue direct UE-OTAN. L'une des priorités de la présidence polonaise du Conseil de l'UE sera également d'oeuvrer en faveur du renforcement des capacités militaires et civiles de l'UE ».
À la lumière des révolutions arabes en 2011 et en particulier du conflit en Libye, la Pologne continue de penser que la PSDC doit fonctionner en parallèle de l'OTAN, si ce n'est en binôme. Sa participation au Triangle de Weimar (une coopération trilatérale informelle entre l'Allemagne, la France et la Pologne), a participé à renforcer sa crédibilité stratégique face aux Britanniques. Depuis l'arrivée au gouvernement polonais des libéraux en 2007, les relations avec l'UE se sont réchauffées, favorisant la régularité des rencontres de Weimar, mises à mal par l'ancien président Lech Kaczynski. En effet, la Pologne était, depuis son élargissement en 2004, cataloguée comme eurosceptique. La relance de Weimar accentue non seulement sa volonté de participer au processus décisionnel, mais également sa force de décision et son poids, puisqu'elle négocie directement avec le moteur franco-allemand.







Publier un nouveau commentaire