Le nouveau programme européen de surveillance de l'espace

Par Isabelle Pinzauti | 12 avril 2013

Pour citer cet article : Isabelle Pinzauti, “Le nouveau programme européen de surveillance de l'espace”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 12 avril 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1675, consulté le 21 mai 2022

Bien que l’Union Européenne soit vue comme un acteur important de l’industrie spatiale mondiale, la compétition, notamment de l’Inde et de la Chine, pousse les autorités européennes à réfléchir à des nouvelles politiques pour maintenir le rôle de l’Europe dans l’espace. Mais, au-delà de la politique industrielle, qui vise notamment à promouvoir les données des satellites européens à des fins commerciales; il s’agit aussi de rendre l’espace plus sûr, en diminuant le grand nombre d’accidents annuels.

Le débat spatial européen

Ainsi, en avril 2011, la Commission européenne publiait une communication intitulée Vers une stratégie spatiale de l’Union Européenne au service du citoyen. Cette communication lançait le débat concernant le besoin de protéger les infrastructures spatiales des risques d’endommagement tels que les risques de collision, lors du lancement de fusées, ou de la mise en orbite de satellites, mais aussi du retour des engins sur la Terre ainsi que d’éventuels débris dans l’atmosphère.

En effet, la question des débris dans l’espace est plus cruciale qu’il n’y parait dans la mesure où il y a des forts risques d’endommager des infrastructures utilisées quotidiennement par les citoyens pour différentes raisons telles que vérifier la météo, prendre l’avion ou encore téléphoner. Outre les désagréments causés, les coûts économiques sont très importants. La Commission européenne estime que les dégâts causés ou encore la difficulté des manœuvres mises en œuvre afin d’éviter les collisions représentent un coût moyen de 140 millions d’euros par an. De plus, il faut aussi prendre en compte l’interruption des services lors des collisions, dont le coût additionnel est difficile à établir.  D’où l’importance croissante de développer un programme fiable pour éviter au maximum tous ces problèmes.

Le programme Space Surveillance and Tracking, proposition conjointe du Parlement européen et du Conseil du 28 février 2013, fait suite à une communication en proposant d’établir une programme permettant de surveiller l’espace ainsi qu’un meilleur suivi des objets en orbite. Basé sur une étude d’impact, le programme a deux buts majeurs.

D’une part, protéger l’ensemble des infrastructures spatiales européennes en orbite et au sol. D’autre part, réduire la dépendance technologique. Ce programme, auquel les Etats membres pourront participer sans que cela soit obligatoire, a été proposé pour une durée de sept ans renouvelable. Cela se fera sous l’égide de l’UE du point de vue juridique, avec une forte collaboration de l’Agence Spatiale Européenne qui assistera le développement du programme.

Des progrès significatifs

Ainsi ce programme propose de combiner les capacités de surveillance de l’espace des différents Etats membres afin de mieux gérer cette immense espace commun et éviter les accidents. Les nombreux débris, principalement présents en orbite autour de la Terre, près des infrastructures sont en partie la conséquence de la mise en orbite des satellites. Ils sont particulièrement nombreux. Ainsi, selon la Commission Européenne, plus 600000 objets de plus de 1 cm sont présents dans l’espace et au moins 16000 de plus de 10 cm. Ces derniers peuvent, selon les experts, tout simplement détruire un satellite entier lors d’une collision.

Ce programme est d’autant plus important que malgré l’existence de systèmes de monitoring nationaux, l’Europe utilise en majeure partie le programme de surveillance américain qui ne pourra pas apporter continuellement l'ensemble des informations nécessaires au Vieux Continent vu le développement exponentiel des besoins et des infrastructures.

Ainsi, ce programme se basera sur trois axes majeurs :

  • La mise en réseau des capteurs nationaux existants : bien que cela soit encore insuffisant, dont le but sera de les développer. Il s’agit de mettre en commun au sein de l’UE toutes les infrastructures, et donc les informations déjà existantes dans les différents Etats Membres.
  • L’établissement d’un système européen de traitement et d’analyse de l’ensemble des données.
  • La mise en place d’un système de fourniture de services pour les opérateurs commerciaux et les autorités publiques. Il s’agira surtout de fournir des informations en amont des risques de collisions et autres accidents afin de pouvoir gérer au mieux les différents engins en orbite.

Enfin, en ce qui concerne le financement, la Commission européenne prévoit une enveloppe de 70 millions d’euro pour la période 2014-2020 mais des négociations sont encore en cours entre le Parlement et le Conseil concernant le partage de celle-ci. Néanmoins l’investissement de cette somme devrait pouvoir permettre sur le long terme d’importantes économies au vu du coût des accidents actuels.

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Source photo: Fusée Tintin avec flash, flickr