Le Kosovo reste dans les mains de la Serbie

Par Emilie Proust | 6 novembre 2006

Pour citer cet article : Emilie Proust, “Le Kosovo reste dans les mains de la Serbie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 6 novembre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/41, consulté le 13 août 2022

serbieAprès le referendum sur la Constitution serbe, la province demeure serbe, mais jusqu’à quand ? La confirmation de l’attachement du Kosovo à Belgrade, entérinée dans l’indifférence quasi-générale de l’électorat serbe, n’est néanmoins pas un gage de stabilité pour la région.

Les 28 et 29 octobre derniers, les Serbes étaient appelés à se prononcer sur une nouvelle Constitution en remplacement de la précédente, adoptée en 1990 alors que Milošević détenait le pouvoir. Le projet de Constitution présenté aux électeurs n’est pas en soi une révolution, et entérine au contraire le renforcement de la mainmise serbe sur le Kosovo depuis 1990. C’est en effet Milošević qui réforma le statut du Kosovo et de la Vojvodine, qui de provinces autonomes sous Tito perdent cette définition privilégiée et passent sous la coupe directe de Belgrade.

Une victoire arrachée de justesse

Alors que les tensions séparatistes du Kosovo sont persistantes, la mention de la région comme partie intégrante de la Serbie sonne faux aux oreilles des Kosovars albanais qui n’ont pas pu participer faute d’avoir été inscrits. Les Serbes non plus ne se sont pas déplacés en foule puisque la participation est de 53,5%. La nouvelle Constitution a finalement été adoptée d’extrême justesse à 51,6% des voix, et déjà des contestations émergent quant aux conditions de vote. On notera en particulier le laxisme en vigueur concernant le bourrage des urnes.

Le président serbe Vojislav Kostunica se félicite de ce résultat alors que tout semble démontrer qu’il s’agit d’un succès mitigé. La faible participation s’ajoute au manque d’empressement des Serbes. La campagne, toute orientée vers les thématiques nationalistes traditionnelles, ne suffit pas à rassembler et peu de Serbes se sentent concernés par des slogans qui chantent l’air d’il y a dix ans. Cette clause sur le Kosovo a pourtant été intégrée dans le préambule de la Constitution dans le but d’augmenter la participation d’un électorat désenchanté. La mobilisation la plus intense en faveur du maintien du Kosovo dans le giron serbe se trouve sans surprise dans le nord du Kosovo où les criminels de 1999 sont encensés pendant toute la campagne.

Quel avenir réel pour le Kosovo ?

Le vote de la nouvelle Constitution peut revêtir un aspect solennel, il n’a pourtant rien de bien définitif. En effet la province, actuellement appuyée sur la béquille de l’ONU, doit voir son statut renégocié au printemps 2007. A ce moment, les autorités locales devraient décider de l’avenir de la région.

Les oppositions à ce sujet sont évidemment virulentes. Il est attendu que le Kosovo proclame son indépendance à cette occasion, mais la Serbie, voulant conserver le nord où la population serbe est encore importante, risque de pousser à la partition d’une entité déjà restreinte. De fait, il existe déjà une ligne de rupture entre le nord et le sud qui fonctionnent souvent séparément, néanmoins, cela pourrait prendre effet dans les textes. Ce nouveau morcellement de l’espace yougoslave constituerait un événement sans précédent : les autres républiques fédérées de Yougoslavie avaient fait sécession en conservant les limites territoriales qui leur avaient été conférées sous Tito. Ce processus résultait en fait d’une prescription de la Commission Badinter qui prévoyait que l’indépendance d’une portion de la Yougoslavie ne pouvait s’opérer que si elle concernait une entité déjà existante, de  république fédérée. Une partition à l’intérieur même d’une province entrerait donc en contradiction avec ce principe. Cela pose aussi la question de la viabilité d’un nouveau micro Etat, mais fait également resurgir le problème des Serbes disséminés dans la partie albanaise. Pour éviter de nouveaux déplacements de populations, la MINUK travaille actuellement à la mise en place des changements, mais le futur reste encore en suspens.

Enjeux européens pour la Serbie

Cette Constitution a une valeur ambiguë. Elle tente de faire oublier la précédente et de faire passer la Serbie vers un fonctionnement plus moderne et plus proche des attentes européennes. Certes elle fait vœu d’unité, mais le déroulement de la campagne sur fond nationaliste n’est pas une franche avancée vers l’Union européenne. Dans l’éventualité d’une sécession kosovare, la mise en place de relations saines entre Serbie et Kosovo est un préalable essentiel à l’avancée des négociations. Quelle que soit l’issue de la question, le volontarisme serbe sera un des grands déterminants de son avenir européen.

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Liens:

- euobserver  

- le courrier des Balkans