Le groupe de Visegrad a-t-il encore une utilité?

Par Marine Michault | 9 novembre 2006

Pour citer cet article : Marine Michault, “Le groupe de Visegrad a-t-il encore une utilité?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 9 novembre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/45, consulté le 25 août 2019

visegradpecsetLe Groupe de Visegrád (aussi appelé Visegrád 4 or V4) est un groupe informel réunissant quatre pays d'Europe centrale : la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, et la Hongrie. Historiquement, le groupe de Visegrád trouve son origine en 1335, lorsque les rois tchèque, polonais et hongrois se rencontrèrent dans la ville hongroise de Visegrád pour intensifier les liens entre les pays d’Europe centrale. 

Le V4 moderne a démarré lors d'un sommet des chefs d'État ou de gouvernement de Tchécoslovaquie, Hongrie et Pologne à Visegrád le 15 février 1991, afin de mettre en place des coopérations entre ces trois États (qui allaient devenir quatre avec la partition de la Tchécoslovaquie), en vue d'accélérer le processus d'intégration européenne. Ils ont établi à ce moment-là une « déclaration sur une position commune et coordonnée pour l'intégration paneuropéenne ». Vaclav Havel, le président tchécoslovaque, déclare alors que [Pour l’UE], « la capacité à coordonner leurs forces est un test de la maturité des nouvelles démocraties ».

L’Union fait la force

Le groupe est né de la volonté de ces trois, puis quatre pays, faibles politiquement et économiquement au lendemain de leur indépendance, de s’affranchir du communisme, d’éradiquer les tensions en Europe centrale, d’accomplir les réformes nécessaires dans la perspective d’une adhésion totale aux institutions euro-atlantiques (UE et OTAN). Réunis par une proximité géographique, culturelle, historique, et de vues sur l’avenir de l’Europe centrale, ces quatre pays ont alors mis en œuvre une coopération politique et économique étroite, afin d’arriver à parler d’une seule voix et de renforcer leur position commune.

L'adoption du traité de Visegrad a été productive dès le début, et a grandement contribué au démantèlement rapide du Traité de Varsovie et à la suppression du COMECON. Des consultations sur l'orientation de la politique de défense et de sécurité des pays signataires se sont également mises en place,  avec pour objectif déclaré « l'admission à long terme » au sein de l'OTAN.

 

Cette concertation rapprochée a connu un coup d’arrêt avec l’arrivée de la Slovaquie en 1993 : moins avancée dans sa transition démocratique, et sous la conduite d’un régime autoritaire, elle s’est retrouvé mis à l’écart tant par les pays occidentaux que par ses partenaires du V4 ; parallèlement, les trois autres pays entraient dans une forme de rivalité pour s’assurer les faveurs de l’UE, qui leur avait tout juste offert une perspective d’adhésion à court terme. La république Tchèque de Vaclav Klaus, en particulier, prit ainsi ses distances vis-à-vis du processus de Visegrad.

 

Les changements de direction en 1997 dans chacun des pays du groupe ont permis la reprise efficace du processus, les 4 pays ayant unanimement constaté l’improductivité du « cavalier seul » et la nécessité de davantage s’impliquer dans les tensions en Europe centrale. Une fois entrés dans l’OTAN en 1999, la Hongrie, la Pologne et la République Tchèque ont ainsi parrainé l’entrée de la Slovaquie dans l’organisation, et ont davantage coordonné leurs stratégies d’entrée dans l’UE. Appartenir au groupe de Visegrad aura ainsi été décisif pour a Slovaquie, l’Etat le plus fragile des 4, dans la restauration de son influence internationale.  La légitimité du groupe à nouveau affirmée, et l’adhésion à l’UE devenant proche, les 4 membres ont décidé d’élargir le champ de leur coopération. C’est ainsi qu’en 2000 fut créé le fond de Visegrad, doté aujourd’hui de 3 Mn €, chargé de financer des projets d’ONG en matière de culture, de science et d’éducation. En 2002 les 4 pays refusèrent avec brio les propositions de l’UE par rapport aux aides structurelles et agricoles qui leur reviendraient une fois entrés dans l’UE.
Structure du V4
La vitalité groupe se concrétise par la tenue de nombreux sommets : le principal, organisé une fois par an, rassemble les premiers ministres ; d’autres s’organisent régulièrement entre les ministres « spécialisés » (défense, éducation, affaires étrangères, économie…), voire des experts. La présidence du groupe est donnée pour une durée d’un an à chaque pays tour à tour, lequel doit alors élaborer un plan d’action. La seule structure permanente liée au groupe est le fond de Visegrad, basé à Bratislava.
Quel rôle depuis 2004 ?
Maintenant que les pays du V4 ont vu leurs efforts de coopération concrétisés dans l’adhésion à de multiples instances (OTAN, OMC, Conseil de l’Europe, UE, OCDE), la question se pose de savoir si le groupe de Visegrad a encore une raison d’être, et donc un avenir. Bien que relativement semblables, ces pays ont parfois des opinions divergentes, notamment sur les relations à développer avec leurs voisins à l’Est ou au Sud, ou sur le problème Rom. Ils n’ont en outre pas le même poids dans l’Union européenne, la Pologne étant considérée comme un « grand pays » au même titre que l’Espagne.  

Toutefois, le groupe n’a pas ralenti son activité depuis deux ans. Les sommets se tiennent toujours à une fréquence régulière, et récemment, ils ont abouti à la création d’une Association pour la jeunesse, qui offre en particulier des bourses universitaire aux étudiants désireux d’accéder à l’une des universités des pays membres. Lors du dernier sommet, en septembre 2006, les 4 chefs d’Etat se sont également unis dans leur critique du report de leur adhésion à l’espace Schengen, dans le constat que leur accession à la zone euro prendra plus de temps que prévu, et dans l’aveu de leurs difficultés à gérer les « effets secondaires » du processus de transition démocratique. Le V4 a donc encore plusieurs motifs de coopération devant lui :

 

- Accéder à l’ensemble des programmes européens et chercher ensemble des solutions à leurs difficultés communes (émigration de leurs ressortissants vers l’Ouest, montée du populisme, attitude face à l’immigration ukrainienne ou balkanique …)

- Renforcer la coopération locale et régionale : outre le tissage de liens au sein des sociétés civiles, la priorité est donnée à l’établissement de relations spéciales avec certaines organisations régionales (Benelux…), l’Autriche et la Slovénie (« partenariat régional) ainsi que les pays encore plus à l’est (« le V4+ »).

- Elargir le champ de leur coopération : l’énergie, le tourisme ou la justice ont ainsi fait leur apparition comme thèmes de sommet.

- Parler systématiquement d’une même voix et au nom de tous afin d’obtenir la préservation de leurs intérêts et « renforcer l’identité de l’Europe centrale » au sein de l’UE : les voix du V4 pèsent plus lourd que celles de la France et de l’Allemagne réunies. Une plus grande institutionnalisation du V4 serait bénéfique dans ce but

- Servir de « modèles » de transition démocratique réussie à destinations de leurs voisins de l’Est et des pays des Balkans. L’un des objectifs du groupe est de parvenir par la coopération au « développement démocratique et à la stabilité de toute l’Europe ».

 

Le dernier sommet a été clair : le groupe va continuer à exister. Selon les propos du président tchèque, Vaclav Klaus, « Le Groupe de Visegrad est fondé sur les intérêts communs des pays membres : la position géographique, des voisins et des problèmes communs. Ensuite, il existe une certaine ressemblance entre ces pays, en raison de leur passé communiste dont découlent une certaine sensibilité et une identité de vue à l'égard du monde extérieur. Enfin, les quatre pays sont aussi relativement nouveaux au sein de l'Union européenne. Pour cela, une identité de vue a été constatée en ce qui concerne l'entrée dans l'espace Schengen, la libre circulation de la main-d'oeuvre, l'accession à la zone euro, mais aussi l'avenir de l'Europe et son organisation. »

Malgré leurs divergences occasionnelles, les 4 pays de Visegrad savent qu’ils ont tout à gagner en continuant à travailler ensemble. Le V4 prend ainsi le chemin d’un statut de lobby dont l’influence restera à déterminer, et pourrait, un jour, devenir la Scandinavie ou le Benelux centre européens. 

Le V4 en quelques chiffres

 

Voix au conseil de l'UE: 58 (à égalité avec la France et l'Allemagne)

Nombre de députés au parlement européen: 116 (sur 732)

Population: 60 millions d'habitants (sur 454 millions)

PIB/hab en moyenne (en PPP): 15750 USD (moyenne européenne: 28100 USD)  

 

Liens

www.visegradgroup.org

http://www.colisee.org/article.php?id_article=535

http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=4169

http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=2110

http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=124

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