Le gazoduc baltique peine à trouver son chemin

Par admin | 26 août 2007

Pour citer cet article : admin, “Le gazoduc baltique peine à trouver son chemin”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 26 août 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/253, consulté le 05 juillet 2022

gazoduc_baltique_2007_x130.jpgLa conclusion de l'accord germano-russe sur la création d'un gazoduc sous la Baltique juste avant le départ de Gerhard Schröder de la chancellerie allemande avait agité les médias, surtout est-européens. La controverse n'est pas close alors que Gazprom doit revoir le tracé de son projet pour cause de disputes territoriales et environnementales.

ifao_erfassung_seevogel_02_3fab78254bLa conclusion de l'accord germano-russe sur la création d'un gazoduc sous la Baltique juste avant le départ de Gerhard Schröder de la chancellerie allemande avait agité les médias, surtout est-européens. La controverse n'est pas close alors que Gazprom doit revoir le tracé de son projet pour cause de disputes territoriales et environnementales.

Le consortium a annoncé le 21 août 2007 qu'il allait rallonger de 8 kilomètres son projet alors que la question des armes chimiques déposées sous la Baltique à l'issue de la Seconde Guerre mondiale refait surface. 

Armes chimiques, armes diplomatiques et guerilla environnementale

 

Un important stock d'armes chimiques de la Seconde Guerre mondiale, au moins 50 000 tonnes selon l'Institut Finlandais de Recherche Marine, a été déposé en mer Baltique à la fin du conflit. La région marine la plus touchée est celle qui borde l'île danoise de Bornholm (notée (1) sur la carte). Les deux autres principaux dépôts seraient situés près de l'île suédoise de Gotland (2) et la dernière au Nord du Danemark (3).

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Selon la convention ESPOO (1991) et à la demande de certains pays riverains de la mer Baltique, un audit environnemental a été commandé, tentant d'évaluer les impacts du projet sur l'environnement et d'éclaircir la question des implications de la traversée de zones servant de dépôts de munitions. 

Depuis les années 1970, plusieurs pêcheurs danois ont en effet déjà été victimes de ces remontées chimiques, notamment de "gaz moutarde".

Alors que le rapport n'a pas encore été rendu, la pression commence à se faire sentir, c'est pourquoi le consortium a décidé de dérouter le pipeline et de le rallonger de 8km, ce qui devrait engendrer un surcoût de 1 à 12 milliards d'euros.

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Le gazoduc passera donc au Nord de l'île de Bornholm pour rejoindre Greifswald en Allemagne. Cette option a un autre avantage pour les promoteurs du projet : il permet d'éviter un conflit entre le Danemark et la Pologne. Les deux pays connaissent un différend sur la délimitation de leurs eaux territoriales. Or, Varsovie devrait tout faire pour éviter que le projet voit le jour : elle condamne la "stratégie de contournement" de Moscou et Berlin vis-à-vis de l'Europe centrale.

Stratégie de contournement

Le projet germano-russe a surtout été critiqué en Europe centrale à cause de ses implications géopolitiques. En effet, les derniers conflits entre la Russie et l'Ukraine et entre la Russie et la Biélorussie sur la question du transit des hydrocarbures russes vers l'Europe a décidé Moscou à accélérer le projet décidé en 1997.

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D'autres éléments viennent s'ajouter à la liste des raisons russes de contourner l'Europe centrale.  

La première est la nouvelle "course au nord", lancée en Arctique pour contrôler une région qui recellerait plus de  25% des ressources fossiles (gaz et pétrole) non-exploitées au monde. Les gisements de Shtockman, dans le Nord de la Russie, seront reliées au réseau de distribution à hauteur de Saint-Petersbourg, ce qui permettrait au gazoduc baltique d'acheminer directement cette énergie vers l'Europe de l'Ouest.

La second raison est plus politique : les relations entre les pays Baltes et la Russie sont au plus bas. Moscou est donc réticente à utiliser les terminaux pétroliers et gaziers de Tallinn (Estonie), Ventspils et Butinge (Lettonie) et Klaipeda (Lituanie). Par ailleurs, les Baltes ont tendance à faire du coût de transit un moyen de pression sur le voisin russe.

La dernière est tout aussi politique : les heurts entre Moscou, Minsk (Biélorussie) et Kiev (Ukraine) ont été vifs ces dernières années. Minsk et Kiev ont utilisé l'arme du transit pour tenter de freiner une hausse des prix russes, entraînée par la volonté de rejoindre l'OMC mais aussi par des calculs politiques. Moscou a du négocier plus qu'elle n'aurait voulu pour éviter la grogne de ses consommateurs d'Europe de l'Ouest à qui le gaz a été coupé pendant les tractations.

Si le gazoduc baltique relie directement la Russie à l'Allemagne, la Russie pourra couper le gaz à la Biélorussie, l'Ukraine mais aussi à la Pologne et aux pays Baltes sans se soucier de la pression ouest-européenne.

La politique européenne de l'énergie, serpent de mer

L'Europe s'est construite avant tout dans le domaine de l'énergie. La Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (1951), le Traité Euratom adossé au Traité de la CEE (1957) en sont les exemples les plus frappants.

Pourtant, depuis vingt ans, la politique de l'énergie n'est plus au coeur du débat européen, les Etats en ont fait une politique régalienne par excellence et ne sont pas pressés d'en discuter les termes à Bruxelles. Attachement au nucléaire pour les uns (comme la France), au gaz pour les autres (Allemagne), les rivalités sont nombreuses et les Européens négocient séparemment à Moscou, ce qui les place en position de faiblesse.

Pourtant, la construction d'un réseau européen de distribution renforcerait la solidarité européenne (permettant aux Polonais et aux Baltes de moins craindre qu'on leur coupe le gaz) et de négocier au meilleur prix à Moscou. Pour autant que l'on cesse de penser à court terme...

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

  • Le site du projet de gazoduc Baltique (en anglais) 
  • The Finnish Institute of Marine Research- FIMR (en anglais)

Crédits des photos: 1. Nord Stream 2. FIMR 3. Nouvelle Europe