Le contentieux slovéno-croate de la Baie de Piran

Par Emilie Proust | 16 mars 2007

Pour citer cet article : Emilie Proust, “Le contentieux slovéno-croate de la Baie de Piran”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 16 mars 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/138, consulté le 03 décembre 2022

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La Slovénie et la Croatie ont déclaré leur sécession de la Yougoslavie le même jour, mais si la solidarité a conduit leur action politique dans les derniers mois de leur appartenance à la Yougoslavie, les relations entre les deux pays se sont largement détériorées, notamment autour du contentieux frontalier de la baie de Piran.

 

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 Source : Jutarni List

 

Les eaux territoriales slovènes à l’origine des tensions entre Slovénie et Croatie  La baie de Piran est une zone maritime entourée des côtes italienne, slovène et croate, au nord de l’Istrie. Depuis la dissolution de la fédération yougoslave, alors que la guerre a longtemps éclipsé ce désaccord « mineur » en comparaison à d'autres, la question des frontières et des eaux territoriales de cet espace demeure en suspens. L’enjeu de ce problème concerne l’accès de la Slovénie à la mer Adriatique. En effet, s’il existe un espace côtier slovène donnant sur la mer, le croisement des lignes de partagent des eaux territoriales italiennes et croates empêche la Slovénie d’accéder à la haute mer et donc à tous les débouchés commerciaux que cela suppose. Jusqu’au démantèlement yougoslave, les frontières internes qui séparaient les républiques fédérées de Yougoslavie ne soulevaient pas de différent majeur entre la Slovénie et la Croatie, mais l’acquisition de l’indépendance a fait naître et s’aggraver le débat. Cependant, depuis désormais seize ans, les exigences slovènes pour l’accès à la haute mer et l’obtention d’un nouveau tracé frontalier – sur une zone couvrant aujourd’hui 1% de la frontière slovéno-croate – se heurtent au refus des Croates.  

Un débat de longue date 

En 1991, les deux nouveaux Etats avaient prévu de régler cette question par la redéfinition des frontières suite à l’indépendance. En 1993, un mémorandum slovène propose que le pays prenne le contrôle de la majorité de la baie, en tenant toutefois compte de l’impossibilité d’arriver en haute mer, puis revendique une petite portion du territoire croate situé près de la frontière. Face à ceci, la Croatie oppose un refus farouche. En 1996, le tracé des frontières est aménagé, et il ne reste dès lors que 46 km qui sont sujets à discussion. L’année suivante, un accord de coopération et de circulation transfrontalières est signé. De négociations en accords non acceptés bilatéralement, la situation se gangrène progressivement et les efforts de l’un rencontrent le plus souvent le manque de compréhension de l’autre. Ce n’est qu’en 2001 que cet accord est ratifié par le Parlement slovène. Cependant, la Croatie refuse qu’il soit appliqué car le Parlement croate et la population y sont largement hostiles. La Slovénie quant à elle considère l’accord valide et tient à sa mise en œuvre. En 2004, la situation s’envenime de telle sorte que plusieurs citoyens slovènes habitant dans la zone frontalière litigieuse avec la Croatie se sont mis à franchir la frontière sans passer par la douane mais en la contournant par la voie des champs. Ces incidents de l’été 2004 ont créé un froid diplomatique sensible entre les deux pays. La Croatie, se sentant forte de son bon droit, finit par réclamer un arbitrage international ou européen pour résoudre la question, lequel ne sera finalement pas obtenu.  

La portée européenne du contentieux 

Lors des premières approches de la Croatie vers l’Union européenne, le règlement serein de la question de la baie de Piran s’est trouvé inclus dans les nombreuses conditions que l’Union européenne exigeait pour voir avancer la candidature croate. Dans cette controverse, il faut rappeler que la position slovène est plus enviable dans le cadre du débat puisque la Slovénie est déjà membre de l’Union européenne et qu’elle possède dès lors un avantage certain sur la Croatie. Elle a notamment les moyens d’exercer une pression sur le pays candidat. Effectivement, la Slovénie est une pièce maîtresse dans le processus croate d’adhésion puisqu’elle peut tenir le rôle de soutien actif ou bien se mettre quelque peu en retrait face à cette démarche. En 2004, la multiplication des incidents concernant cette frontière pousse Ljubljana à se retirer du soutien à la candidature croate – rappelons qu’à cette date la Croatie n’avait pas encore acquis le statut de candidat officiel et qu’il était par conséquent problématique de se priver du moindre support. A l’heure actuelle, les tentatives slovènes de jouer de leur position d’Etat membre ont un poids moindre. En effet, l’Union européenne refuse que ce différend freine le processus d’adhésion croate et encourage un règlement en bonne entente entre les deux pays.

Aujourd’hui, la Slovénie souhaite que le problème soit résolu avant qu’elle prenne en charge la présidence de l’Union en 2008. Cependant, la situation demeure dans une impasse : la Slovénie exige le contrôle de l’intégralité de la baie, ainsi que l’accès à la haute mer. Ces deux conditions, bien que compréhensibles, vont toutefois à l’encontre des normes internationales sur les questions littorales.

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Ambassade de Croatie
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Photos de Slovénie sur Nouvelle Europe
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Le Courrier des Balkans
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Southeast European Times