Le Belarus ou l’exception européenne

Par Belarus Project | 4 avril 2012

Pour citer cet article : Belarus Project, “Le Belarus ou l’exception européenne”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 4 avril 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1464, consulté le 23 septembre 2019

(par Claire Bravard du Belarus Project)

Si le Belarus n’est pas dans l’Union Européenne à proprement parler, il constitue toutefois une exception majeure pour l’Europe, un continent marqué par les guerres qui a progressivement trouvé son chemin vers la paix et la démocratie. Dictature autoritaire dirigée par la main de fer d’ Alexandre Loukachenko, le Belarus est un cas à part : il n’a ni connu la vague de démocratisation de ses voisins d’Europe Centrale et Orientale dans les années 90, ni de révolution orange comme en Ukraine dans les années 2000. D’ailleurs, le Belarus n’est pas qu’une exception européenne, il est aussi une exception mondiale et a le privilège d’appartenir à la liste de plus en plus réduite des reliques d’un autre siècle. Avec la Corée du Nord, Cuba et quelques autres, le Belarus fait partie des rares dictatures populaires, bien qu’il ait laissé tomber l’épithète, qui ont survécu à l’onde de choc de l’effondrement de l’URSS.

Un dictateur et son régime

Toutefois, le Belarus, lui, a failli prendre un tout autre chemin. Le 25 août 1991, le pays proclame son indépendance et élit indirectement Stanislaw Chouchkievitch qui fut l’un des signataires mettant fin à l’existence de l’URSS. Le Belarus retrouve le drapeau de sa courte indépendance de 1918 et commence une timide phase de démocratisation et d’ouverture. Malgré tout, le pays reste très peu démocratique et sa candidature est refusée au Conseil de l’Europe.

Pourtant, un homme donne de l’espoir au pays en favorisant la destitution du Président pour corruption. Celui-ci n’est autre qu’Alexandre Loukachenko. En 1994, il devient le premier président belarusse à être élu au suffrage universel direct et dote le pays d’une Constitution.

Néanmoins, le moment de gloire n’est que de courte durée et les vieux démons du Belarus reprennent vite le dessus. Suite à un référendum, l’ancien drapeau du Belarus est repris, la faucille et le marteau en moins, mais qu’importe. La constitution est amendée pour renforcer les pouvoirs présidentiels et le mandat du président est rallongé de deux ans. Les services secrets de l’époque communiste sont toujours en place, les libertés individuelles et collectives réprimées, et l’État contrôle la quasi-totalité de l’économie. Enfin, en 1997, le Belarus signe un traité de libre-échange avec la Russie. C’est le retour à la case départ.

Le régime de Loukachenko, qui est réélu en 2001, 2006 et 2010 avec des scores à faire rougir les politiciens les plus populaires, est organisé autour d’un culte de la personnalité et d’une société de masses ressemblant étrangement aux états totalitaires passés : un leader guidant des masses indifférenciées, sans élites ni sphère publique, à coup de propagande massive et de mesures populistes. Depuis les années 2000, le régime a pris un tournant autoritaire avec le développement d’une idéologie d’État centré autour d’un nationalisme égalitaire promouvant l’exceptionnalisme et la souveraineté de l’État. Les opposants sont arrêtés, la presse muselée et la peine de morte reste une pratique courante, la dernière remontant au mois dernier avec l’exécution de deux jeunes hommes accusés d’avoir monté un attentat à la bombe dans le métro.

Les relations extérieures du pays se dégradent elles aussi. Depuis la crise du gaz et du pétrole avec le passage d’un tarif préférentiel au prix du marché, les relations se sont tendues avec la Russie, bien que le Belarus reste la chasse gardée du géant. Isolé, le pays tente de se rapprocher des pays aux régimes peu recommandables tels que le Venezuela ou l’Iran. Côté européen, les discussions sont définitivement bloquées avec l’Union européenne suite aux propos homophobes de Loukachenko, visant directement Guido Westerwelle, le Ministre allemand des Affaires étrangères, et la demande de rappel du représentant de l’Union européenne et de l’Ambassadeur polonais. Suite à ces provocations, les autres États-Membres de l’UE ont rappelé leurs ambassadeurs en signe de protestation, et le Parlement Européen a voté le 29 mars une résolution soutenant la décision des ministres européens des Affaires étrangères d’imposer des sanctions économiques ciblées. De plus en plus isolé, la situation ne semble guerre vouloir changer.

Conclusion

Néanmoins, l’on peut se demander combien de temps ce pays restera la grande exception du continent européen. Depuis que le pays ne peut se faire des marges lucratives sur la revente du gaz à ses voisins européens (voir la crise du gaz plus haut), et surtout depuis la crise actuelle, le pays s’enfonce dans un marasme économique de plus en plus préoccupant. La balance commerciale est gravement déficitaire et l’Etat doit emprunter à la Russie pour financer sa dette grandissante contre l’ouverture des capitaux de ses entreprises d’État ; L’inflation atteint des niveaux records et le chômage ne cesse d’augmenter. Les pénuries et les coupures deviennent de plus en plus fréquentes et la population s’appauvrie de jour en jour et commence à manquer de l’essentiel. Si l’on se tient à l’histoire, il est rare qu’un régime survive à une situation de crise économique persistante où la situation du peuple se dégrade. Le Belarus saura-t-il être à nouveau l’exception qui confirme la règle ?

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

À lire

  • Goujon A., Les nouveaux voisins de l’Union Européenne : stratégies identitaires de l’Ukraine, la Biélorussie et la Moldavie, les études du CERI n°109, 2004
  • Matsuzato K., A populist island in an ocean of clan politics: the Lukashenka regime as an exception among CIS countries, Europe-Asia Studies, 56:2, 235-261, 2004
  • Giusti S, What to do with “the last remaining true dictatorship in Europe?”, ISPI n°1000, 2008

Sur Internet

 

Source: Belarus sur wikimedia.commons

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