La Slovaquie : la Détroit de l'Europe ?

Par Pauline Joris | 1 mars 2010

Pour citer cet article : Pauline Joris, “La Slovaquie : la Détroit de l'Europe ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 1 mars 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/816, consulté le 08 août 2022

(Auto-)surnommée le “tigre d’Europe centrale” au début des années 2000, alors que son économie affiche un dynamisme certain et que d’importantes mesures, telle une “flat-tax” à 19%, sont mises en oeuvre avec succès, la Slovaquie connaît, en 2007, un taux de croissance du PIB à deux chiffres (10,4 %). Après la crise de 2008, alors que l’industrie automobile et électronique occupent une place essentielle dans son économie, comment se porte la Slovaquie en 2010 ? 

L’industrie slovaque : l’automobile et l’électronique

Avant 1989, le constructeur automobile tchécoslovaque Škoda avait une partie de ses installations sur la partie slovaque de la Tchécoslovaquie. L’entreprise a été achetée par Volkswagen en 1991 et a maintenu, après la séparation du pays en 1993, ses usines en Slovaquie. Aujourd’hui, sur deux sites principaux près de Bratislava et de Martin, environ 300 000 voitures sont assemblées par an et Volkswagen représente, à elle seule, 15% de l’ensemble des exportations slovaques.

Par la suite, participant au dynamisme de l’économie slovaque au début des années 2000, les entreprises française Peugeot-Citroën (PSA) et coréenne Huyndai, sous la marque KIA, se sont installées en Slovaquie, respectivement en 2003 et 2004. Les deux sites de production atteindront entre 2010 et 2012 leur rythme de croisière de production qui devrait être pour l’un et l’autre d'également 300 000 voitures par an.

Au début de l’année 2008, le tiers du PIB slovaque reposait sur l’industrie automobile, avec ces trois entreprises et l’ensemble des équipementiers qui, travaillant pour elles, se sont installés eux aussi dans la région. Le nombre de personnes travaillant dans ce secteur s'élève, en 2008, à un peu plus de 75 000 personnes (sur une population totale slovaque de 5,4 millions).

Or, la crise financière de 2008 s’est entre autre particulièrement faite ressentir dans ce secteur, entre difficultés des crédits, hausse du prix des matières premières et de l’essence ainsi que contraintes environnementales.

Ce n’est pas l’industrie électronique, qui elle aussi s’est installée en Slovaquie dans le début des années 2002, qui a pu réellement atténuer les effets de la crise, notamment en terme d’emploi. L’achat d’écrans LCD et de nouveaux produits électronoménagers n’ont pas  constitué une priorité pour les ménages européens en 2009, réduisant les carnets de commandes d'entreprises telles que celles du coréen Samsung, de l’américain Whirlpool, ou du japonais Sony qui ont développé  d’importantes installations de production en Slovaquie pour le marché européen. 

Les effets immédiats de la crise

Pour le PIB slovaque, les effets ont été forts ! Si la croissance du PIB était de 4,4% en 2002, elle a régulièrement augmenté pour atteindre 10,4 en 2007. Les économistes avaient, à la fin 2007, prévu une bonne année 2008, bien qu’avec un taux de croissance moins élevé. Le quatrième trimestre de 2008, avec ses 2,7% de croissance, a naturellement fait nettement revoir les prévisions à la baisse : la croissance en 2008 est de 6,4% et 2009 fut une année de récession avec une décroissance de 4,7%.

Le choc fut rude, notamment en matière d’emploi et de hausse du déficit public. Le taux de chômage se situait en janvier 2010 à 13% et le Ministère des Affaires sociales relève que sur les 350 000 personnes inscrites au chômage et pouvant occuper un emploi sur le champ, environ 120 000 auraient perdu leur emploi du fait de la crise. Symboliquement, la presse slovaque souligne que les chiffres du chômage sont les mêmes que ceux de février 2005 et la montée du taux de chômage en Slovaquie est une des plus élevées relevée par l’OCDE avec 4,3 points de plus (alors qu’en moyenne les États de l’OCDE ont connu une hausse de 1,8 points).

Les inégalités existantes au sein du pays avant 2008 ont encore été intensifiées par la crise. En effet, si tout l’Ouest de la Slovaquie connaissait un très faible taux de chômage, ce taux était bien plus élevé, dépassant les 20% en moyenne, comme dans la région de Prešov.

Pour autant, les données ne sont pas si négatives. Du côté de l’automobile, Volkswagen, qui produit en Slovaquie de gros modèles (Porsche Cayenne, Audi Q7, Touareg) a connu des difficultés en 2009, ralentissant la cadence. Mais l’entreprise allemande a décidé en avril 2009 de produire sur ses sites slovaques une petite voiture familiale, type de voiture qui continue de bien se vendre en Europe. PSA et Kia sont, du moins dans leurs usines slovaques, sur ce même créneau et ont continué en 2009 à augmenter leur production puisqu'elles sont encore en phase d'expansion. Pour PSA, la production a sensiblement augmenté en 2009, atteignant 900 voitures par jour, les modèles assemblés en Slovaquie (2007 et C3 Picasso) ayant, il semble, profité des mesures de type "prime à la casse" que différents États membres de l'Union ont mises en place.

Pour 2010, le Ministre des Finances a annoncé début février qu’il prévoyait une croissance de 2,8% du PIB. Il compte notamment fortement sur le 2e secteur de l'économie, signe que l'industrie continuera d'occuper une place importante dans l'économie slovaque. Mais les autorités slovaques mettent surtout en avant la construction d’autoroutes pour participer à la relance. Il s'agit d'une part de créer des emplois directs par ces travaux publics (financés par des partenariats public-privé) mais également de permettre un développement industriel du centre et surtout de l'est du pays, qui manquent encore significativement d'infrastructures de transports.

Les investissements étrangers, qui ont tant contribué à la croissance de cette première décennie du XXIe siècle, permettront-ils un développement industriel de la partie orientale ? Et quelle industrie se mettra en place ?

 

Pour aller plus loin :

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

  • Un article de juin 2008 d'Usine nouvelle sur l'industrie automobile en Slovaquie.

(photo : flickr, chaîne de montage PSA à Trnava)