La Slovaquie, la BCE et Sarkozy

Par admin | 7 octobre 2007

Pour citer cet article : admin, “La Slovaquie, la BCE et Sarkozy”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 7 octobre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/287, consulté le 05 juillet 2022
eurosarticleIl y a des pays pour lesquels l'euro a tous les vices, d'autres qui le veulent absolument et parfois, ils s'entendent. La Slovaquie entend bien résister aux nouveaux critères de calcul qui pourraient reculer après 2009 son entrée dans l'euro. Elle a trouvé un allié inattendu dans la personne du Président français !
eurosarticleIl y a des pays pour lesquels l'euro a tous les vices, d'autres qui le veulent absolument et parfois, ils s'entendent. La Slovaquie entend bien résister aux nouveaux critères de calcul qui pourraient reculer après 2009 son entrée dans l'euro. Elle a trouvé un allié inattendu dans la personne du Président français !
 
 
Les Sphinx de Francfort
 
Les banquiers centraux forment une caste à part : ils s'expriment peu ou pas et quand ils le font, leurs silences comptent souvent bien plus que leurs mots.
La Slovaquie, qui s'est fixé comme objectif prioritaire d'entrer dans la zone euro en 2009, s'est lancée dans une exégèse du discours des banquiers de la BCE depuis que deux de ces derniers ont émis des doutes quant à de futurs élargissements prochains de l'eurozone et ce qu'elle en a compris ne lui a pas beaucoup plu.
 
En effet, si l'entrée de Malte et de Chypre en 2008 n'est pas remise en cause, il en va autrement des pays candidats de l'Europe centrale et orientale. Les banquiers estiment, en effet, que les taux de croissance affichés par ces derniers, et particulièrement les pays baltes, ne sont pas le reflet d'une convergence durable des économies de l'Est et de l'Ouest du continent. Ces croissances à deux chiffres seraient plutôt le résultat d'une transition post-communiste bien négociée mais ne seraient pas durables et devraient ralentir considérablement dans les décennies à venir. Ce ralentissement brutal, une fois dans la zone euro, serait, selon Lorenzo Bini Smaghi, catastrophique pour ces pays tout comme pour la zone euro.
 
En émettant ces doutes, les sphinx de Francfort (la banque centrale européenne a son siège dans cette ville) ont mis la puce à l'oreille du gouvernement slovaque. 
Ce dernier a adopté à la fin de l'été un plan d'action pour l'adoption de l'euro, qui comprend entre autres une importante campagne de communication en direction des institutions européennes afin de montrer que les autorités slovaques respecteront les critères de Maastricht et que l'entrée de la Slovaquie doit etre uniquement jugée sur le respect de ces critères. Les doutes émis plus ou moins directement par la Commission européenne et la Banque centrale sur la capacité de la Slovaquie a respecter dans la durée ces critères ont sensiblement touché la classe politique slovaque. 
Par ailleurs, Eurostat, l'organisme européen des statistiques, a annoncé qu'il transformerait ces méthodes de calcul dans les mois qui viennent, notamment concernant la manière dont les Etats évaluent leur déficit public. Cette nouvelle méthode de calcul pourrait empêcher la Slovaquie d'entrer dans la zone euro de manière concrète (son déficit public de 2006 serait sensiblement revu à la hausse) alors que le climat général n'est pas à l'élargissement.
 
Une alliance improbable 
 
C'est dans ce contexte que le Premier ministre slovaque, Robert Fico, s'est rendu à Paris ce 2 octobre. Il a demandé avec insistance l'aide du Président français dans cette affaire. Et il a été entendu. Le Président français, qui n'est jamais le dernier à critiquer la manière dont la monnaie européenne est gérée, a assuré au gouvernement slovaque qu'il s'élèverait avec lui contre les nouvelles méthodes de calcul d'Eurostat. 
 
Le Premier ministre a été très clair en déclarant "Si la Slovaquie remplit les critères de Maastricht, il est légitime qu'elle s'oppose à des manipulations la privant du plein droit acquis, c'est-à-dire donc celui d'introduire l'euro" à la Radio internationale slovaque.
Au-delà de la question monétaire, le Président français a aussi accordé son soutien à l'entrée de la Slovaquie dans le système européen de Schengen au premier janvier 2008, permettant la libre-circulation des Européens avec une simple carte d'identité. 
 
L'élargissement en questions 
 
De manière générale, il est clair que l'humeur européenne, à Bruxelles comme à Francfort, n'est plus aux élargissements. Le "big bang" de 2004 (l'entrée de dix nouveaux pays) avec sa secousse de 2007 (l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie) n'ont pas encore été digérés par les instances européennes et par les opinions publiques des 15. 
Pourtant, en posant la question du caractère durable de la croissance à l'Est, la BCE met le doigt sur une carence fondamentale des années 2004-2007 : l'idée que ces pays allaient croître par eux-mêmes sans attirer les délocalisations et sans soutien financier massif des 15, comme l'Irlande, l'Espagne, le Portugal ou la Grèce en avaient bénéficié. 
 
Alors que les négociations de la refonte du budget européen doivent reprendre en 2008, il est probable que les nouveaux Etats membres mettent les anciens face à leurs contradictions, sûrement avec raison.