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La Russie au miroir de Seliger ?

Rédaction Bruxelles Par Camille Lépinay — Lundi 21 mars 2011 | Tags : Russie
La Russie au miroir de Seliger ?

Du 1er au 8 juillet 2010, le gouvernement russe organisa un forum international sur les bords du Lac de Seliger, à 300 kilomètres au nord de Moscou. Réunissant un millier de Russes et un millier de jeunes du monde entier, cette opération de « diplomatie publique » était destinée à améliorer l’image de la Russie à l’étranger. Dans quelle mesure cet événement nous renseigne sur la Russie d’aujourd’hui ?

Un miroir de l’évolution politique russe ?

Des origines pro-Poutine

Le forum de Seliger (Селигер en russe) fut organisé pour la première fois en été 2005 par le « mouvement des jeunes démocratiques et antifascistes » Nachi.  Nachi (Наши, « les nôtres » en russe) fut crée au printemps 2005 avec la bénédiction de Vladimir Poutine, alors Président de Russie. Il est souvent admis que Nachi fut créé pour mobiliser la jeunesse après les révolutions de couleurs de Géorgie et d’Ukraine (en 2003 et 2004).

L’objectif de Nachi était apparemment de préserver la souveraineté russe, mais aussi de soutenir la politique du gouvernement de Vladimir Poutine. L’organisation vise à former de « vrais patriotes, éduqués, intelligents » (Le Monde, 24.08.2005). Les membres souscrivent au Manifeste du mouvement publié par le quotidien Izvestia le 15 avril 2010, et sont formés par le biais de conférences avec des personnalités et les leaders du mouvement. Ainsi, non loin de la résidence d’été du Président Poutine, fut organisé le forum de Seliger avec 15 jours de conférences politiques mêlées à des activités récréatives.

Nachi s’est fait connaître à l’étranger par sa campagne anti-britannique en 2006 ou en protestant violemment contre l’enlèvement d’une statue de l’armée soviétique en Estonie fin 2006. Selon un reportage publié par le magazine allemand Der Spiegel, on pouvait trouver dans l’édition 2008 du forum un cochon sensé représenter le Président estonien Toomas Hendrik Ilves et « protégé » par un militant représentant les américains finançant l’Estonie (Der Spiegel, 26.07.2008). Cette anecdote suggère que le discours du forum était destiné à une audience russe, et non à l’étranger.

Tentative de modernisation sous Medvedev ?

Mais désormais, la Russie cherche à se moderniser, selon l’ambition affichée par son Président Medvedev élu en 2008, poulain de l’ancien Président Poutine, et dont certains analystes suggèrent qu’il s’en démarque par ce discours modernisateur. Le forum international Seliger 2010 semble lui-même avoir été conçu comme une entreprise de modernisation. Ainsi, les organisateurs du forum furent non pas Nachi mais des personnes issues notamment du Département aux relations internationales et aux échanges de jeunes de l’Agence fédérale à la jeunesse, et en particulier son responsable aux affaires internationales Mikhail Mamonov. Le camp se voulait un « forum international » réunissant les « jeunes leaders de demain ». Tout fut fait pour attirer les étudiants de grandes universités américaines et européennes en faisant valoir l’invitation de professeurs prestigieux pour donner des conférences. Le forum fut sponsorisé par de grandes entreprises multinationales, entre autres KPMG, Siemens, Schneider Electric et PriceWaterhouseCoopers tandis que Nachi ne fut officiellement que l’une des organisations partenaires. 

Une partie des participants russes au forum furent sélectionnés sur la base de projets, associatifs ou innovants. Pour eux, le forum comportait plusieurs sessions pendant tout le mois de juillet et réunit au total 25 000 russes, parmi lesquels un millier participa à la première semaine avec les participants internationaux. Une liste fut dressée de ces participants russes comme un registre national des jeunes talents et leurs innovations furent présentées au Président Medvedev lors de sa venue au forum le 8 juillet. Dans son discours à Seliger, Medvedev  vanta cette nouvelle élite : « vous êtes ceux dont le futur de ce pays dépend » (Itar-Tass  08.07.2010, traduction française de l’auteur). Et il appela ces jeunes Russes à participer à l’entreprise de modernisation du pays. Parlant aux participants étrangers, il souligna que la Russie souhaitait être un pays ouvert à tout ce qui était nouveau et les invita à venir aussi souvent que possible.

Souvenirs de l’URSS ?

Malgré ce discours modernisateur, la réalité du forum semblait aussi marquée par des souvenirs de l’URSS.

Sur place, certains participants européens ont pu être choqués par un certain autoritarisme. Sémantiquement, le forum redevint un « camp ». Passeports et bagages furent contrôlés à l’entrée, même en pleine nuit. À l’intérieur du camp, des « patrouilles de contrôle », probablement composées de membres de l’organisation Nachi, étaient chargées de s’assurer que le règlement et l’emploi du temps étaient respectés.

Des souvenirs de camps de jeunesse soviétique se faisaient aussi parfois sentir. La journée commençait par une demi-heure de gymnastique ou course à pieds. Dans une organisation très hiérarchisée, chacun faisait partie d’une unité d’une quinzaine de personnes qui devaient s’organiser pour cuisiner, chercher de l’eau, débattre et vivre en communauté. Les activités mêlaient conférences, culture, sport, mais la dimension politique n’était pas loin. Un mémorial de la Seconde Guerre mondiale était gardé en relai par deux participants russes. Aucune facilité n’était prévue pour que les participants puissent pratiquer leur religion. Or, si dans l’URSS, pratiquer sa religion était une activité mal vue voire exclue, la Russie actuelle connait un renouveau religieux.

Enfin, 30 participants, américains entre autres, n’ont pas pu venir pour cause de problèmes de visa pour des raisons inconnues, en dépit du fait qu’ils étaient invités par le gouvernement russe. Le New York Times fit l’hypothèse de résistances bureaucratiques  (New York Times, 05.07.2010).

 

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