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La popularité du Mouvement Palikot en Pologne

RĂ©daction Paris Par Martyna Kowol — Lundi 9 janvier 2012 | Tags : Populisme, Pologne
La popularité du Mouvement Palikot en Pologne

Même si la Plate-forme civique (PO) a remporté les dernières élections législatives en Pologne en bénéficiant d’un soutien de 39,18% des électeurs, c’est le Mouvement Palikot (RP) qui est consideré comme le plus grand vainqueur. Le nouveau parti fondé quatre mois avant le scrutin d’octobre 2011 a réussi à obtenir 10,02% des voix et est devenu ipso facto la troisième force du parlement. Comment expliquer un tel succès sur la scène politique polonaise ?

L’homme d’affaires «converti» en homme politique

Janusz Palikot n’est pas un personnage méconnu de la vie politique polonaise. Au contraire, son nom constitue une marque très reconnaissable depuis quelques années. Il est né à BiƂgoraj, une petite ville au sud-est de la Pologne. Il a étudié la philosophie à Lublin et a même commencé à préparer un doctorat (il ne l’a pas fini) juste avant l‘année 1989. Après la période de transformation qui a suivi 1989, il décide de se consacrer à la production et vente d’alcool, et quinze ans plus tard, on le retrouve à la cinquantième place de la liste des hommes les plus riches de la Pologne. Pourtant il se sent inaccompli. Palikot est un homme qui se caractérise par le besoin constant de changement. Il part se découvrir lui-même, d’abord en Grèce pour méditer dans un monastère sur le Mont Athos avant de partir au pôle nord.

En 2005 un ami propose à Palikot de rejoindre la Plate-forme civique. Cela représenterait quelque chose de nouveau pour l’homme d’affaires égaré. Il prend rendez-vous avec Donald Tusk et entre au parti. Peu après, grâce à la popularité qu’il obtient dans sa région natale, il devient député. Une fois élu, Palikot met dans la presse une photo de lui-même avec une déclaration intitulée «Pourquoi ai-je adhéré à la Plate-forme civique?».  Par la suite, il apparut devant le Sejm (le siège de la chambre basse du parlement polonais) au volant d’une Landrover blanche avec son nom imprimé dessus. Le spectacle commence.

Le Bouffon charismatique de la cour de Pologne       

Depuis le début de son mandat parlementaire Palikot n’arrête pas de scandaliser. La liste de ses actions surprenantes semble infinie. Il se présente aux conférences et débats avec un T- shirt « Je suis gay et je suis de SLD » (SLD : les socialistes polonais, progressistes et proeuropéens), deux groupes faibles et marginalisés selon Palikot (naturellement SLD a ressenti cette action comme un affront); un pistolet et un vibrateur pour visualiser des mauvaises pratiques de la police ; une tête de cochon offerte comme cadeau au PZPN (la fédération polonaise de football) que Palikot compare avec la mafia. Le roi du happening laisse également sous-entendre que le président polonais de l’époque Lech KaczyƄski abuse de l’alcool et il l‘accuse d’être à l’origine de la catastrophe aérienne de Smolensk.

Pourquoi un tel comportement? Parce que Palikot sait qu’en choquant, insultant et ironisant, il répond aux exigences d'une audience qui baigne dans la culture des célébrités. Il a compris que scandaliser est un raccourci pour gagner de la popularité, et que la popularité est essentielle pour s’emparer du pouvoir. De surcroît, ses actions violant de nombreux tabous ont pour but de le montrer comme un outsider qui n’a pas peur de dire la vérité et qui fait du « politiquement correct » son ennemi. Selon le politologue autrichien Werner T. Bauer, le leader qui « ne mâche pas ses mots » (une des caractéristiques des leaders populistes) «  se révèle être un véritable « homme du peuple » qui ose dire tout haut ce que la « majorité silencieuse » pense (ou ressent) tout bas ».

Maître blagueur très intelligent pour les uns, provocateur insolent pour les autres, assez vite Palikot devient le personnage politique le plus identifiable entre tous. Les médias l’adorent et il semble adorer les médias. Après avoir gagné une place importante sur la scène politique, il peut passer à l’étape suivante…

La Pologne 2005- 2011

La Pologne est entrée dans la nouvelle décennie du XXIème siècle complètement épuisée par des conflits politiques entre le PO  (Plateforme civique, parti libéral-conservateur au pouvoir) et le PiS (Droit et Justice), les deux forces principales au parlement polonais , conflits qui qui perturbent la vie politique en Pologne depuis 2005. Au milieu de l’année 2010, avec le décès du président KaczyƄski dans l'accident d'avion le 10 avril à Smolensk, la situation - déjà grave - s’envenime. La soi-disante « guerre polono- polonaise » éclate. Le débat politique se transforme en série d’accusations absurdes analysées sans cesse par les journalistes.

En 2004, l’année où la Pologne a adhéré à l’Union européenne, beaucoup de Polonais sont partis chercher un travail ailleurs, profitant de l’ouverture du marché commun. Pour beaucoup d’entre eux, le séjour à «l’Ouest» a changé leur vision de la vie, surtout les jeunes. Les immigrants sont devenus plus libéraux. Selon Andrzej Rychard, un sociologue polonais, au cours des six dernières années le niveau d’acceptation des minorités, de la contraception et de l’avortement a considérablement grimpé parmi les Polonais. 

La Pologne d’aujourd’hui est aussi un pays où, contrairement aux stéréotypes, l’autorité de l’Église s’effondre. Les Polonais critiquent cette institution autant pour son incapacité à s’adapter à de nouvelles réalités, que pour son positionnement politique. C’est surtout la participation de l’Église dans le conflit sur la ligne PO- PiS qui a déclenché une vague de mécontentement populaire.

Une alternative ?

Palikot a compris intuitivement les attitudes changeantes du public. Et une fois de plus, il a su répondre aux attentes des Polonais. D’abord il a élargi son champ de critiques (auparavant concentré essentiellement sur le PiS) au PO en le jugant trop conformiste et de plus en plus conservateur. Puis en juillet 2010, il a annoncé la naissance d’un mouvement des Polonais modernes qu’il a nommé le Mouvement de Soutien à Palikot. Pendant le premier congrès du mouvement organisé en octobre, il a traité Donald Tusk et JarosƂaw KaczyƄski de « dinosaures de la politique polonaise ». Depuis il continue de comparer ces deux opposants de plus en plus souvent. Rapidement la critique de la façon dont PO et PiS mènent la politique (« Aujourd’hui c’est une honte d’être un député ») est devenue, au même regard que l’anticléricalisme (« Je vois partout les gros ventres des évêques ») une des armes principales de Palikot pendant la campagne électorale.

Le 6 octobre 2010 Palikot quitte le PO ; et le 1er Juin 2011 le nouveau parti (Le Mouvement Palikot) voit le jour.

Dans la présentation de son programme électoral en version digitale, Palikot est présenté avec deux ailes, tel un ange gardien de la Pologne. Dans son programme intitulé « Le pays moderne », on trouve, entre autres, la cessation du financement public de l’Église, la suppression des signes religieux dans les endroits publics, la lutte contre la bureaucratie et les privilèges des hommes politiques, la contraception gratuite, l’avortement sur demande et le remboursement de la fécondation in vitro.

Pour renforcer son image libérale, Palikot décide également de soutenir les manifestations d’homosexuels et de mouvements luttant pour la libéralisation du cannabis. 

Que la mémoire humaine est courte !  

Il est intéressant de remarquer qu’il n’y a pas longtemps, la vision du monde présentée par Palikot était remarquablement différente de celle de son programme politique actuel.

Entre 2005 et 2006, il fut éditeur d’un hebdomadaire catholique et conservateur, Ozon, qui publiait des articles sur l’avortement, l’euthanasie et l’homosexualite rédigés en accord avec l’enseignement de l’Église. Un des numéros de ce magazine a suscité un scandale en raison de sa couverture et du contenu d’un article, tous les deux jugés offensants pour les homosexuels. 

Quant à la bureaucratie, il faut rappeler que le député Palikot luttait déjà contre elle entre 2008 et 2009 quand, comme membre du PO, il présidait la commission parlementaire « Un pays bienveillant ». Les résultats du travail de cet organe furent jugés mauvais.

Conclusion

Les 10% des voix pour le Mouvement Palikot ne sont pas étonnants, pourtant ils déçoivent. Plus décevante encore a été l’image de Palikot créée par les médias étrangers. L’image d’un réformateur de la Pologne, une révélation nationale, quand il s'agit avant tout d'un homme d’affaires axé sur les résultats. Il a fait des recherches sur l’offre du marché politique et a vendu un produit qui correspond aux nouveaux besoins de la societé. Comme il a voulu gagner le plus vite possible, il n’a pas eu le temps de maîtriser sa propre technologie, ce qui a empêché l’obtention d’un produit de qualité. Pourtant sachant qu’il y a une forte demande pour ce type de produit et qu’il n’existe encore aucune concurrence sur le marché, il a décidé d’en lancer la vente. Il est dommage que les Polonais aient choisi une marchandise de mauvaise fabrique au lieu d’attendre un produit de haut vol.

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe 

Sur Internet

Source photo: u10511_2090432 de hr.icio sur flickr 

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