La politique d’élargissement : une des priorités slovènes

Par Emilie Proust | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : Emilie Proust, “La politique d’élargissement : une des priorités slovènes”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/389, consulté le 13 août 2022

Une des priorités de la présidence slovène de l’Union européenne est de mettre à l’honneur la relation entre l’Union européenne et ses voisins, en particulier les pays candidats ou appelés à le devenir dans les années futures.
 

La position slovène sur la politique d’élargissement

La Slovénie manifeste presque naturellement un intérêt à ce que ses voisins anciennement yougoslaves entrent dans l’Union européenne. Les raisons en sont assez évidentes. Tout d’abord, la stabilisation de la région. La Slovénie se situe à la limite d’une zone qui a connu le dernier conflit armé européen, elle-même n’ayant pas été totalement épargnée.

La nécessité de stabiliser la région balkanique ne tient pas à d’éventuelles craintes que la Slovénie pourrait avoir sur sa sécurité. En effet, depuis que l’armée fédérale yougoslave a accepté son indépendance, on ne peut pas dire que la Slovénie ait été menacée par un seul de ses voisins. Pourtant, l’attachement à la stabilisation régionale fait sens. Il n’est confortable pour aucun pays de se situer auprès d’une zone troublée, et même si la Croatie tient lieu de tampon, les incertitudes du Kosovo et de la Bosnie-Herzégovine sont un sujet de préoccupation.

Le Premier ministre slovène Janez Janša déclarait en septembre dernier que la priorité fixée sur les élargissements aux Balkans occidentaux devait concerner tous les Etats de la région, et non seulement les plus avancés comme la Croatie. Selon lui, c’est par une intégration européenne rapide que la paix et la stabilité pourront s’installer durablement, même dans les lieux les plus tourmentés comme le Kosovo. La Slovénie préconise à cet égard de poursuivre la relation avec la Serbie, et ce quel que soit le sort de la province. Belgrade, qui est actuellement dirigée par un président modéré et pro-européen, n’en est pas moins fragile, et l’importance du soutien aux mouvements ultra-nationalistes l’atteste. Comme la plupart des membres de l'UE, la Slovénie devrait reconnaître l'indépendance du Kosovo si elle venait à être déclarée.

De plus, si la Slovénie garde un souvenir pour le moins mitigé de ses expériences yougoslaves, elle ne prétend pas non plus ignorer totalement ce passé. Les premières années suivant son indépendance, la Slovénie avait souhaité se distancier autant que possible de la vie politique balkanique et n’avait joué aucun rôle majeur dans la gestion des différents conflits de la région.

Mais cette politique n’a pas été poursuivie dans le long terme, et la Slovénie se fait un devoir d’accompagner ses voisins. Pendant près d’un siècle, les différentes nations sud-slaves ont cohabité, ce qui a forcément créé des liens particuliers. Ainsi en est-il du commerce ou de la liberté de circulation qui existait autrefois entre les républiques yougoslaves. Les indépendances de chacun et les conflits ont restreint ces différents échanges, mais il ne fait aucun doute que la Slovénie ne dédaigne pas ces débouchés.

Pour autant, il ne faut pas penser que les relations avec les anciennes républiques yougoslaves sont forcément idylliques. Il demeure, ne serait-ce qu’entre la Slovénie et la Croatie, des différends qui entachent leurs liens, des contentieux frontaliers et maritimes jusqu’à la question de la centrale de Krško.

La Croatie, la première dans l’antichambre de l’Union européenne

La Croatie est citée comme le modèle à suivre pour les Etats des Balkans occidentaux. Sortie de la guerre et du nationalisme de Tuđman, elle a su à partir de 2000 mettre en œuvre une efficace politique de changement. Ses différents progrès ont été régulièrement salués par l’Union européenne, qui les a encouragés en lui permettant chaque fois de s’approcher davantage d’une perspective d’adhésion. Sa position économique privilégiée en fait également le candidat le plus proche des standards européens.

Comment expliquer que le pays se détache à ce point de la trajectoire hésitante de ses voisins ? La situation dans laquelle était le pays dans la seconde moitié des années 1990 ne laissait guère présager un changement aussi profitable. Le président Tuđman et l’aile nationaliste semblent alors dresser un mur entre l’Union européenne et la Croatie, si bien que les observateurs internationaux se résolvent à attendre le décès du président pour reconsidérer les modalités d’une relation avec le pays. L’alternance de 2000 est le fruit d’une prise de conscience générale que l’avenir du pays ne peut que passer par l’Union européenne.

Mais le cheminement pour en venir là a nécessité un préalable : le règlement de la question nationale. Ce qui fait la différence entre la Croatie et plusieurs de ses autres voisins, c’est le degré de résolution des problèmes de territoire et de nations. En 1995, la Croatie a obtenu satisfaction de ses requêtes : son territoire libéré, une indépendance reconnue et bientôt consolidée, l’absence de fortes minorités revendicatrices. Les années suivantes ne seraient qu’une transition. C'est donc par là que doit commencer la démocratisation.

La Macédoine, qui a obtenu le statut officiel de candidat à l’adhésion à l’Union européenne en décembre 2005, n’a pour le moment pas eu la chance d’ouvrir les négociations d’adhésion en elles-mêmes. Ce pays a obtenu le statut de candidat lorsqu'il a pu démontrer que des démarches en termes de respect des minorités ont été menées.

Pour les pays voisins, certains problèmes nationaux persistent, en particulier en Bosnie-Herzégovine et Serbie. Parmi les objectifs de la présidence slovène, celui d'accélérer les négociations avec la Serbie afin de pouvoir lui assurer de manière palpable une possibilité d'adhésion est particulièrement affiché. La Slovénie est en effet persuadée que les efforts de l'UE à son égard ont été bénéfiques et qu'ils sont essentiels aux progrès de ses voisins.

Pour aller plus loin :

À lire

  • BATT Judy (ed.), “The Western Balkans moving on”, Chaillot Paper, n°70, October 2004, 139 p.
  • BERNARD Antonia (dir.), La Slovénie et l’Europe, contributions à la connaissance de la Slovénie actuelle, Paris, L’Harmattan, 2005, 171 p.
  • JOVIĆ Dejan, “Croatia and the European Union: A Long Delayed Journey”, Journal of Southern Europe and the Balkans, Vol. 8, n°1, April 2006, p. 85-103
  • Courrier des Balkans, « Intégration européenne des Balkans : priorité de la future présidence slovène de l’Union européenne », 12 octobre 2007