La guerre des étoiles n'aura pas lieu

Par Zbigniew Truchlewski | 10 novembre 2006

Pour citer cet article : Zbigniew Truchlewski, “La guerre des étoiles n'aura pas lieu”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 10 novembre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/47, consulté le 24 septembre 2022

D'aucuns ont voulu voir dans les dix nouveaux adhérents à l'Union Européenne un « cheval de Troie » américain : le contexte était celui de la division européenne face à la guerre d'Irak. Rien de moins sûr aujourd'hui à l'aune du bouclier antimissile européen qui suscite de fortes tensions, si ce n'est des conflits, dans les pays qui seraient en mesure de l'accueillir. Et ceci dans un contexte de coalitions gouvernementales fragiles en Pologne et République Tchèque.

 

En Pologne, une enquête d'opinion montre que 49 % des citoyens sont contre et seulement 33 % sont pour. Sans oublier qu'en septembre l'ex-vice premier ministre et ministre de l'agiculture populiste Andrzej Lepper avait déjà suscité une crise en mettant en cause l'envoi en Afghanistan d'un corpus de 1 000 soldats polonais supplémentaires dans le cadre de l'OTAN.

En République Tchèque, l'opposition au bouclier antimissile naguère appelé « Guerre des Etoiles » est forte puisque composée par les sociaux démocrates (CSSD) et les communistes qui mettent en avant « l'intérêt national ». Un sondage de l'Institut Stem d'août dernier montre que 51% des sondés se sont prononcés contre le bouclier antimissile. Ils n'étaient que 32 % en sa faveur. Quant aux communistes, ils ont lancé une pétition (qui a récolté 15 000 signatures) pour qu'un projet de loi soit mis en place qui permettrait qu'un référendum soit organisé sur la question.

Le phénomène d'un atlantisme contesté s'est aussi étendu à la Bulgarie puisqu'en avril dernier Condoleeza Rice a dû essuyer des protestations populaires lorsqu'elle est venue à Sofia pour signer un accord sur l'utilisation par les Etats Unis de trois bases militaires bulgares dans le cadre du redéploiment des troupes américaines (2500 soldats en Bulgarie). Et qui plus est, à ces contestations s'ajoutent les critiques du Parti Nationaliste Ataka, celles d'une partie de l'électorat socialiste du Parti Socialiste au Pouvoir, et de petits partis de gauche.

Les pays de l'ancien pacte de Varsovie semblent donc aujourd'hui mitigés quant à leur allié américain. C'est d'autant plus paradoxal que le prochain sommet de l'OTAN aura lieu à Riga (capitale de la Lettonie) : il faut d'ailleurs préciser qu'un des points à l'agenda du sommet est la discussion d'un éventuel bouclier antimissile de l'OTAN. Il y a de sérieux doutes sur l'efficacité d'un tel système, coûteux, surtout face à une menace qualifiée de « faible ».