La Géorgie et l'UE : keksekça ?

Par L'équipe | 13 septembre 2010

Pour citer cet article : L'équipe, “La Géorgie et l'UE : keksekça ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 13 septembre 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/923, consulté le 08 août 2020

Le 15 juillet 2010, l'Union européenne a officiellement lancé les négociations pour l'Accord d'Association avec la Géorgie. La libéralisation des visas et la mise en place d'une zone de libre-échange peuvent également être envisagées pour ce pays sud-caucasien dans un futur prochain. La finalité de la voie d'intégration européenne de la Géorgie n'est pas encore définie, mais il semble qu'en Géorgie on sait déjà ce qu'on veut de l'UE. Un regard plus proche sur l'« Extrême-Orient » de l'Europe : les ambitions européennes de la Géorgie.

Depuis 2006, la Géorgie bénéficie de la Politique européenne de Voisinage (PEV) et du Partenariat oriental (2009) de l'Union européenne. Le premier finance les réformes politiques et économiques dans les seize pays voisins de l'UE (les pays méditerranéens, les États ex-URSS de l'Europe de l'Est, y compris le Caucase du Sud) ; quant au second, il comprend la coopération plus étroite exclusivement pour la Biélorussie, la Moldavie, l'Ukraine, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie.

Avec ses instruments, l'UE cherche à garantir sa sécurité en créant des zones tampons, et à soutenir la transformation de ses voisins en économies de marché et démocraties viables. À y regarder de près, il convient d'admettre que l'adhésion de la Géorgie à l'UE n'est pas sérieusement envisagée, du moins, pas pour le moment. Pour être tout à fait exact, peu de personnes considèrent un avenir européen pour ce pays. En premier lieu, on peut noter « la fatigue de l'élargissement » en Europe. Ensuite, l'opinion publique n'est pas toujours  favorable à l'élargissement oriental. Finalement, « la capacité d'absorption » de l'UE n'est certainement pas illimitée.

Cependant, certains voient dans le Partenariat oriental, un instrument « masqué » de l'élargissement en faveur de la Géorgie. Telle vue était développée après la création de cet instrument plus spécifique que la PEV avec les ressources financières supplémentaires et l'approfondissement tangible de la coopération en distinguant les voisins de l'Est (dont un des les plus actifs est la Géorgie) avec ceux du Sud. Cette idée semble être soutenue par la Pologne et les pays Baltes, mais ne l'est néanmoins pas par tous les États membres.

Au regard des efforts déployés par le gouvernement géorgien pour harmoniser le droit national au regard des normes européennes, on peut se demander quel est l'intérêt de la Géorgie à coopérer activement dans le cadre de la Politique de Voisinage ou dans celui du Partenariat oriental ?

Les réformes en faveur de la démocratie et de l'économie de marché, par définition positives, soutiennent toutefois des intérêts de plus grande envergure pour la Géorgie qui sont expliqués dans cet article. Il faut d'autre part distinguer entre « l'intégration dans l'UE » et « l'intégration européenne ». Le premier terme renvoie à l'adhésion à l'UE, tandis que le second comprend une intégration économique, politique, culturelle ou sociale sans que l'adhésion à l'UE soit envisagée.

Tout d'abord, il faut noter que les Géorgiens se reconnaissent en tant qu'Européens. Ainsi, le dicton « Je suis Géorgien, donc, je suis Européen » a été rendu populaire à la fin du XXe siècle par l'ancien Président du Parlement géorgien, M. Zhvania, à l'occasion de l'adhésion de la Géorgie au Conseil de l'Europe en 1999.

Afin de favoriser l'harmonisation de la législation nationale, le Parlement géorgien s'est doté en 2004 d'un Comité pour l'Intégration européenne. Le site Internet du Comité détermine notamment quelles sont les conditions fondamentales qu'un État doit satisfaire afin de se qualifier pour rejoindre l'UE.

A également été créé un Centre d'Information et de Documentation de l'UE au sein du Parlement géorgien. Ce Centre, ainsi que le Comité pour l'Intégration européenne, gèrent le programme « Vos questions sur l'UE », par lequel ces institutions répondent, par téléphone ou par Internet, aux questions des citoyens en ce qui concerne l'UE. Le Comité et le Centre sont en outre en charge d'un bulletin d'information mensuel : « A l'heure de l'Europe». Le bulletin contient toutes les grandes nouvelles européennes du mois. Le premier numéro est paru en juin 2009.

Le Ministère pour l'Intégration euro-atlantique a aussi été créé en 2004. Sur le site Internet du Ministère on peut trouver le sondage populaire « Soutenez-vous l'intégration de la Géorgie dans l'UE ? ». Depuis 2004, le Ministère organise en mai des « Journées de l'Europe », à l'image de ce qui se fait au sein de l'UE à l'occasion du 9 mai. Cette année, les « Journées de l'Europe » comprenaient des « Débats européens » sur l'avenir de la Géorgie. Entre autres conférenciers, l'on peut citer la présence de l'ancien Président polonais, M. Aleksander Kwaśniewski.

Au-delà des administrations et institutions publiques, le débat rejaillit également dans la société politique et civile par l'intermédiaire des médias, et notamment à l'occasion des discours politiques du Président Saakashvili qui soutient que « la Géorgie deviendra membre de l'UE ». En résumé, le gouvernement géorgien n'envisage l'avenir de la Géorgie qu'au sein de l'Union européenne, comme veut le souligner la devise du Ministère d'Intégration euro-atlantique : « La Géorgie vers l'UE ».

On peut observer que la population, n'ayant les sources alternatives d'information sur l'UE, est influencée par les opinions du gouvernement.

Pour conclure, si Gavroche demandait aujourd'hui « keksekça ? » au sujet des relations de l'UE et de la Géorgie, il conviendrait donc de lui répondre que la Géorgie a déjà une vision claire de son futur au sein des instances européennes, avant que l'UE pour sa part ne commence à réfléchir à la question officiellement. L'europhilie de Tbilissi est évidente. La seule question qui subsiste consiste à savoir si cette passion géorgienne pour l'Europe sera suffisamment puissante pour redessiner les contours des futures relations euro-géorgiennes.

 

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

Source photo : Parlement géorgien, par cinto2, sur Flickr

Ajouter un commentaire