La contagion d’Euromaïdan

Par Jean-Baptiste Kastel | 26 avril 2014

Pour citer cet article : Jean-Baptiste Kastel, “La contagion d’Euromaïdan”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 26 avril 2014, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1820, consulté le 17 octobre 2017

Les événements qui ont marqué l’Ukraine depuis novembre 2013 ont conduit le Président Ianoukovitch à l’exode. En février 2013, celui-ci quitte Kiev pour trouver refuge en Russie. Le début de l’incendie a eu lieu lorsque le Président a refusé de signer l’accord d’association négocié avec l’Union européenne (UE) depuis 2007, succédant à l’accord de partenariat et de coopération de 1998. En quatre mois, la population s’est révoltée en utilisant de nombreux moyens de protestation, plus au moins pacifiques, qui ont permis la mobilisation de nouveaux acteurs et de sensibiliser la communauté internationale à la crise qui secoue l’Ukraine.

Les mouvements liés à Euromaïdan illustrent la volonté d’un changement politique venant des Ukrainiens envers le Président Ianoukovitch et son parti, le Parti des Régions. Ce sont des acteurs aux idées hétérogènes, voir antagonistes, qui se sont regroupés et ont utilisé des moyens de protestation communs.

Mouvement global contre pouvoir central

Le phénomène de protestation n’était pas exclusif à Kiev, l’ensemble du pays a été touché. Grandes villes, centre régionaux et même Odessa, Kharokov et Zaporizhia, villes pourtant situées dans la partie « russophone » de l’Ukraine, ont été proies à des manifestations contre le pouvoir en place.

Les revendications multiples ne permettent pas de définir cet événement comme pro-européen. En effet, de nombreux acteurs - opposition politique, mouvements issus de la nébuleuse d’extrême droite et pro-européens se sont regroupés pour protester. Cependant, l’ensemble des protagonistes ont utilisé des moyens de contestation modernes afin de pouvoir mobiliser un maximum d’acteurs.  

Les exemples égyptiens, ukrainiens et syriens montrent que le pouvoir cherche toujours à contrôler la situation via les moyens de communication lorsque celui-ci est contesté. Presse, radio et internet servent de relais à une propagande officielle qui possède deux objectifs:

- Décrédibiliser les protestataires : étant montrés comme des personnes réfractaires et violentes, leur combat est illégitime face au pouvoir.

- Montrer que les autorités contrôlent toujours la situation : élément important qui rassure la population et doit renforcer la confiance octroyée au gouvernement.

Cependant, les actions publiques souhaitant limiter l’écho et la propagation de la protestation sont remises en question par les effets du Village global.

L’action du « Village global »

Pour contrôler l’opinion, le pouvoir ukrainien a procédé à des arrestations, des confiscations de documents audio et lorsque la Rada, le Parlement ukrainien, a voté la loi contre les manifestants, celle-ci rendait l’action des Ukrainiens illégale. Les lois anti-manifestations du 16 janvier 2014 réduisaient la liberté d’expression et la liberté de réunion.

Ce procédé de contrôle de l’opinion fonctionnait encore il y a quelques années, mais internet et la mise en action du village global limitent cette propagande d’Etat. Désormais, il suffit d’une simple caméra, de savoir détourner les réseaux de sécurité mis en place par l’Etat pour pouvoir faire office de journaliste improvisé.

Hromadske TV est une chaîne de télé web qui est devenue un des symboles de cette révolution. Elle a été une source indispensable pour suivre le mouvement contestataire en Ukraine. Avec des caméras et des correspondants présents dans tout le pays, cette chaine indépendante a utilisé les réseaux sociaux pour montrer la situation sur le terrain. Avec des interviews sur Skype et des retransmissions en direct sur YouTube, la chaîne a été l’une des principales sources d’information pour les contestataires et les observateurs internationaux.

Les chaines d’information n’étaient pas le seul moyen de regroupement des personnes engagées dans cette mobilisation. Les réseaux sociaux ont aussi été mis à contribution. Ainsi, autour de Vkontakte, principal acteur des réseaux sociaux russophones, s’organisaient les militants du mouvement nationaliste radical Pravy Sektor. Ou encore, sur Facebook, une page Euromaïdan SOS a vu le jour. Les juristes y donnaient des conseils gratuits à ceux qui se faisaient arrêter. De plus, les journalistes et activistes publiaient des informations sur leurs confrères blessés ou tués.

L’ensemble des outils utilisés afin de contrer le pouvoir en place ont été un symbole pour illustrer la résistance. Ce moyen a permis aux citoyens du monde d’avoir vue sur les événements. La vidéo « I am Ukrainian », publiée sur YouTube a ému l’opinion publique internationale et les gouvernements internationaux qui ne pouvaient rester sans réaction face à la pression publique. De nombreuses vidéos ont été publiées, comme celles sur le déboulonnage et la chute des différentes statues de Lénine dans le pays. Elles ont été un moyen d’observer les événements qui se déroulaient sur place et ce rejet de l’influence russe.

C’est notamment à travers ces nouveaux moyens d’expression et de manifestation que les acteurs de la révolution d’Euromaïdan ont pu mobiliser la population en Ukraine.

Les réseaux sociaux : la tache qui se répand

C’est en outrepassant les cadenas d’un contrôle par les autorités que les manifestants ont pu répandre ce mouvement; ils ont pu proposer des informations et une contestation alternative afin de transformer l’essai. La vague d’occupation des bâtiments publics en janvier et en février est notamment venue des réseaux sociaux. Lorsque le gouverneur de Lviv a été contraint de signer sa lettre de démission en janvier par les manifestants, d’autres acteurs se sont réunis via les réseaux sociaux pour occuper les bâtiments publics du pays. Cette fronde anti-gouvernementale avait aussi gagné les régions de l’est du pays, pourtant traditionnellement plus proches de la Russie, notamment à Dnipropetrovsk.

Au plus proche de l’action, les événements de la rue Hrushevskoho du 19 janvier ont été aussi retransmis. Ce mouvement était le résultat des lois anti-manifestations. 200 000 personnes se sont réunies provoquant des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants. Les scènes de combats de rue avec les forces de l’ordre étaient filmées et la communauté internationale pouvait découvrir les manifestants pris pour cible par des tireurs d’élite…  

Conclusion

L’utilisation des réseaux sociaux et de nouveaux outils de communication a permis d’observer les événements que se sont déroulés en Ukraine. Ils sont un moyen d’information efficace qui nous permet d’observer une autre réalité que celle vendue par le pouvoir. A titre de comparaison, c’est cette pratique d’information participative qui permet l'accès aux renseignements venus de Syrie; ils  proviennent aussi d’opposants au régime et nous montrent les atrocités du régime de Bachar Al-Assad.

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