L'Union pour la Méditerranée, qu'est-ce que c'est ?

Par Barbara Gonzato | 1 mars 2011

Pour citer cet article : Barbara Gonzato, “L'Union pour la Méditerranée, qu'est-ce que c'est ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 1 mars 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1044, consulté le 13 août 2022

Comment réunir deux rives que tout sépare : richesse, culture, éducation, démocratie ? C'est le défi que s'est lancé l'Union pour la Méditerranée (UpM), et ce, en choisissant de consolider des liens entre quarante-trois pays autour de sujets tels que la politique, la sécurité, l'économie, le commercial et le socio-culturel.

 

La mise en place de l'UpM

Marseille, les 3 et 4 novembre 2008. Les États membres de l'Union européenne et quatorze pays du bassin méditerranéen lancent l'Union pour la Méditerranée lors de la première réunion qui rassemble les 29 ministres des Affaires étrangères. L'initiative a pour but de dynamiser le partenariat Euromed appelé aussi Processus de Barcelone lancé en novembre 1995. L'Euromed proposait déjà une coopération régionale et bilatérale sur le développement et posait les bases du partenariat euro-méditerranéen.

Avec l'UpM, le nombre d’États membres participants de l'Union européenne passent de 15 à 27, soit la totalité des membres. Les pays du Nord en effet, et en premier lieu l'Allemagne ont souligné que réduire la coopération aux pays européens géographiquement ouverts sur la Méditerranée était contraire à la vocation que s’était fixée l'Union européenne de s'exprimer d'une seule voix. La volonté d'Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy et initiateur du projet de l’UpM, de n'inclure que les pays riverains de la Méditerranée est donc battu en brèche. Ce sont donc les 27 qui sont réunis pour dialoguer avec seize pays d'Europe du Sud (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Monténégro, Turquie), d'Afrique (Algérie, Égypte, Mauritanie, Maroc, Tunisie), du Proche-Orient (Israël, Jordanie, Liban, Autorité palestinienne, Syrie), ainsi que la principauté de Monaco.

Le siège est fixé à Barcelone. Une co-présidence qui regroupe un pays du Nord et un pays du Sud est établie ; elle est inaugurée par un premier binôme franco-égyptien. Un poste de Secrétaire général permanent est créé le 4 mars 2010 et la Ligue arabe participe à toutes les réunions.

Des conférences intergouvernementales annuelles, réunissant les ministres des Affaires étrangères, sont annoncées. Des conférences sectorielles sont aussi prévues sur des thèmes tels que l'agriculture, l'eau, l'énergie, l'environnement, la culture. Un comité euro-méditerranéen s'occupe de la gestion globale et des affaires multilatérales. En plus, la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh travaille sur le dialogue entre les cultures et remplit la vocation culturelle de l'UpM, en coopération avec l'Alliance des civilisations des Nations unies.

Les six objectifs de l’UpM 

  • la dépollution avant 2020 des régions côtières et des zones marines protégées de la mer Méditerranée ;
  • la mise en place d'autoroutes maritimes et terrestres qui relient les ports, la construction d'autoroutes côtières et l'amélioration des liaisons ferroviaires (notamment « Trans Maghreb ») en vue de faciliter la circulation des personnes et des marchandises ;
  • un programme commun de protection civile pour prévenir, préparer et répondre aux catastrophes naturelles ou causées par l'homme ;
  • un plan solaire méditerranéen pour étudier les possibilités de développer des sources d'énergie alternatives dans cette zone ;
  • une université euro-méditerranéenne, inaugurée en Slovénie en juin 2008, qui offre des programmes d'enseignement post-universitaire et des programmes de recherche qui contribuent à la création de l'Espace euro-méditerranéen de l'enseignement supérieur, des sciences et de la recherche ;
  • les ressources nécessaires sous la forme d'une assistance technique et d'instruments financiers.

L’UpM, deux ans après

Le principal frein de l'UpM est d'ordre financier. Pour 2009-2010, le budget communautaire alloué était à hauteur de seulement 90 millions d'euros.  La majorité de cette somme a servi à financer le Secrétariat général de Barcelone. Les projets en revanche sont censés être financés par les collectivités locales ou territoriales, les ONG, les entreprises, les associations et autres organisations. L'initiative en mai 2010 de la Caisse française des Dépôts et Consignations (CDC), et de ses homologues italienne, marocaine et égyptienne, a abouti à Inframed, un fonds d’investissement de 385 millions d’euros. Ce fonds, financé aussi par la Banque européenne d'Investissement (BEI), vise à financer les projets répondant aux six objectifs et devrait apporter un nouveau souffle à l'UpM.

Alors qu'Euromed visait à aider au développement des pays méditerranéens, l'UpM va beaucoup plus loin et envisage une espèce d'  « Union méditerranéenne ». Le problème  principal est qu'il est difficile de bâtir une telle Union avec des pays en conflits. Le premier sommet prévu depuis sa création en 2009 avait été annulé suite aux tensions provoquées par l'offensive israélienne contre le Hamas à Gaza. Le second sommet a une nouvelle fois été annulé le 21 novembre dernier à cause du blocage des négociations israélo-palestiniennes. Mises à part quelques réunions ministérielles, l'UpM n'a donc pas eu l'occasion de faire entendre sa voix depuis sa création.

De plus, les récents événements en Tunisie, en Algérie, en Jordanie et en Égypte reflètent la précarité et l'instabilité de certains des régimes de la région. Sans cohérence au niveau de ces régimes politiques, sans stabilité au sein même des pays, l' « Union méditerranéenne » reste une utopie. L'UpM reste un moyen terme entre l'intégration complète à l'Union européenne et l'aide au développement qu'elle fournit à certains pays, elle ne va pas au-delà.

Bien sûr, l'UpM est avant tout un acte symbolique. Le simple fait de réussir à réunir les dirigeants de pays aussi différents est une réussite en soi. Réussir à maintenir la paix et l'équilibre entre les peuples et au sein des États serait déjà une première victoire et cela passe par la réalisation de projets communs et concrets. Les 43 États membres de l'UpM sont à ce jour à un tournant de leur histoire : ils ont le choix entre surmonter les défis que nous avons énumérés et avancer dans l'intégration régionale et multilatérale ; ou s'écrouler.

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

À lire

  • HENRY J.-R.  et GROC G. (dir.), Politiques méditerranéennes entre logiques étatiques et espace civil. Une réflexion franco-allemande, Paris, Karthala-IREMAM,2000

Sur Internet

Source photo : UpM flag, sur wikimedia commons