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L’Union pour la Méditerranée, deus ex-machina pour "l’imbroglio chypriote"?

Rédaction Paris Par Sanja Beronja — Mardi 8 mars 2011 | Tags : Turquie, Méditerranée, Chypre
L’Union pour la Méditerranée, deus ex-machina pour "l’imbroglio chypriote"?

Depuis presque quarante ans, la question chypriote demeure une impasse méditerranéenne et européenne. La complexité de ce problème pourrait surprendre au premier regard. Car les parties concernées semblent avoir des aspirations et des projets communs : Chypre et la Grèce sont déjà pays membres de l’Union Européenne et la Turquie a vocation à le devenir dans l’avenir ; tous les trois font partie de l’OTAN et de l’ONU.

Pourtant, la solution n’a toujours pas été trouvée, malgré maintes tentatives des organisations internationales, notamment de l’ONU et de l’Union européenne. La solution est-elle à chercher dans un cadre méditerranéen ? Dans ce sens, l’Union pour la Méditerranée (UpM) pourrait s’imposer comme un acteur de référence. Pourtant, pour que les initiatives éventuelles de l’Union pour la Méditerranée dans ce domaine soient efficaces, il est nécessaire de comprendre la complexité et des enjeux du problème chypriote et d’examiner la capacité de l’Union pour la Méditerranée à apporter une solution viable.   

Un bref rappel des faits

Depuis son indépendance en 1960, Chypre a connu de nombreux affrontements entre les communautés grecque et turque. Les Grecs et les Turcs sont entrés en conflit intense dès l’adoption de la Constitution de la République de Chypre en 1960 qui, d’après les Grecs, consacrait la surreprésentation de la communauté turque au pouvoir. La présence sur l’île des forces de l’ONU depuis 1964 n’a pas réussi à instaurer la paix entre les communautés. En 1974, soutenus par Athènes, le coup d’État a été organisé dans le but de se rattacher à la Grèce. La Turquie a profité de cet événement pour envahir la partie nord de l’île, sous prétexte de protection de la communauté turque. En 1983, la République turque de Chypre de Nord a été proclamée. À ce jour, elle n’a été reconnue que par la Turquie, qui y exerce un grand pouvoir politique, économique et militaire.

L’échec des tentatives internationales à apporter une solution

Les premiers pourparlers entre les deux communautés ont eu lieu peu après l’occupation de la partie nord de l’île par la Turquie. Les dirigeants turcs et grecs chypriotes ont discuté à plusieurs reprises des possibilités et des conditions de la réunification de l’île, le plus souvent sous l’égide de l’ONU.

La perspective d’adhésion de Chypre à l’Union européenne a redonné de l’élan à la recherche d’une solution en 2002.  Le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a proposé un plan d’action, connu sous le nom de « plan Annan ». Il consistait à regrouper au sein d'une fédération les deux États constituants : la République de Chypre et la République turque de Chypre du Nord. Il a été plébiscité en 2004 à plus de 64% par la communauté turque, mais rejeté majoritairement par la communauté grecque. De nouveaux dialogues ont eu lieu en 2008 après l’arrivée au pouvoir du président actuel de la République de Chypre, Dimitri Christofias. c'est en 2010 que Dervis Eroglu, le nouveau dirigeant chypriote turc, fut élu. Christofias et Eroglu ont intensifié le dialogue sur les propriétés foncières, une question clé pour la résolution du conflit.

Pourtant, ces tentatives n’ont pas encore abouti à la solution définitive. Plusieurs causes sont à énoncer. Si les deux communautés aspirent à la réunification de l’île, il n’y a pas d’entente sur la résolution des problèmes concrets, tels que la question des réfugiés, de la propriété foncière des grecs chypriotes dans le nord de l’île, le partage de pouvoir et la présence des soldats turcs sur le territoire de Chypre Nord. De plus, la communauté grecque reproche à la communauté turque le manque de volonté réelle à aboutir à la solution. Cette dernière dépend de fait de la Turquie au niveau économique, politique et militaire. Les chypriotes grecs dénoncent également la manipulation des chypriotes turcs par la Turquie, ainsi que de nombreuses violations des droits de l’homme, y compris la destruction du patrimoine culturel grec, des changements démographiques forcés, des questions des propriétés foncières irrésolues, des personnes disparues et des personnes enclavées.

Ce problème pose de nombreux enjeux aux niveaux politique (la question de la souveraineté, intégrité territoriale), économique (l’isolation économique que subit la population turque au nord), social et identitaire (existence et la cohésion de la « société chypriote »), régional (relations entre la Turquie et Chypre, la Turquie et la Grèce) et européen (l’intégration de la Turquie à l’Union européenne).

La perspective de l’adhésion turque à l’Union Européenne n’a pas réussi non plus à apporter une solution : la pression constante de l’Union Européenne  sur la Turquie n’a donné l'effet souhaité et la Turquie continue à jouer un rôle crucial au sein de la communauté turque à Chypre.

L’Union pour la Méditerranée : un médiateur possible ?

Au regard d’échec de toutes ces initiatives, la question qui se pose est : où chercher la solution ? Qui aura le courage et la patience de lancer de nouveaux pourparlers ayant à l’esprit tous les échecs onusiens et européens ? Quelle dimension du conflit n’a pas été prise suffisamment en compte lors des tentatives de résolution précédentes ?

Une des dimensions à prendre plus en considération est certainement la dimension méditerranéenne. Les deux communautés, malgré de nombreuses dissensions, ne remettent pas en question leur identité méditerranéenne.  Est-ce que cela serait un bon point de départ ? Si oui, qui et comment pourrait l’explorer ? La solution est-elle à chercher au sein de l’Union pour la Méditerranée ?

L’UpM, dont l’effectivité a souvent été questionnée, dont les tentatives pour la résolution de la question israélo-palestinienne ont provoqué de nombreuses réactions partagées et dont la légitimité et l’avenir sont aussi mis en question après les changements de régime dans les pays arabes ?  L’Union qui ne s’est pas encore imposée comme un vrai acteur dans le cadre méditerranéen ?

 

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