L'inquiétude environnementale en mer Baltique : quelle réponse politique ?

Par Véronique Antoinette | 6 février 2011

Pour citer cet article : Véronique Antoinette, “L'inquiétude environnementale en mer Baltique : quelle réponse politique ? ”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 6 février 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1006, consulté le 13 août 2022

Environnement et collaboration sont deux maîtres mots dans la région de la mer Baltique. En effet, les États riverains collaborent depuis la Convention d'Helsinki (1974) dans le domaine de l'environnement. Quelle place ont-ils accordée à ces préoccupations au sein du Conseil des États de la mer Baltique ?

La protection de l'environnement dans la région de la mer Baltique

La mer Baltique est réputée pour être la plus jeune mer de la planète car elle serait née lors de la dernière période glacière, soit il y a près de 10 000 ans. Elle se distingue des autres mers du globe pour d'autres caractéristiques : très enclavée, cette mer a un degré de salinité très faible, bien que variable selon les courants qui la parcourent, sa profondeur moyenne n'est que de 57m et sa température va de 16°C en été dans sa partie sud à -15°C en hiver dans sa partie nord. Toutes ces particularités ont permis le développement d'un écosystème unique et surtout très diversifié. Il y a cependant une dernière caractéristique, moins glorieuse, à rappeler : son fort taux de pollution.

La pollution de la mer Baltique a des causes multiples. Tout d'abord, c'est naturellement un espace marin où l'eau se régénère peu du fait de la faible profondeur, de la quasi-absence de marée et de l'enclavement de cette mer qui ne donne sur l'Océan Atlantique que par les détroits du Skagerrak et du Kattegat. De plus de nombreux fleuves se jettent dans la Baltique; fleuves composés d'eau douce, mais aussi de divers composants chimiques polluants, provenant de l'agriculture, de l'industrie et des rejets urbains ou touristiques. Enfin, depuis plusieurs siècles et notamment depuis la création de la Ligue hanséatique au XIIIème siècle, la Baltique connaît un trafic fluvial très important ; on estime à près de 2000 le nombre de bateaux qui y sont chaque jour simultanément en navigation. De cette circulation dense résultent bien entendu une pollution marine par les rejets d'hydrocarbures et de déchets, mais aussi une pollution de l'air. Les risques d'accidents voire de marées noires sont aussi largement accrus. Enfin, la mer Baltique ayant été une scène majeure de la Seconde Guerre mondiale, elle est le réceptacle de nombreuses armes chimiques...

La pollution de la mer Baltique est aussi le résultat d'une pollution plus générale touchant au minimum ses neufs pays riverains soit près de 150 millions d'habitants (hors Russie) et au maximum quatorze États si on prend en compte l'ensemble de son bassin hydrographique. L'état de la mer Baltique est ainsi si préoccupant, que dès 1974 sept États riverains, ont signé la Convention d'Helsinki "sur la protection de l'environnement marin de la zone de la Baltique" (entrée en vigueur le 3 mai 1980). De même, en 1992, alors que le continent se réunifie, une nouvelle Convention d'Helsinki est signée (entrée en vigueur le 17 janvier 2000) avec des signataires supplémentaires dont la Communauté économique européenne (CEE) En parallèle sont établis un Programme commun d'action globale en faveur de l'environnement de la mer Baltique et le Conseil des États de la mer Baltique (CEMB) est constitué entre les neuf États riverains plus la Norvège et la CEE. Le  quatrième objet de coopération du CEMB est clair :

 «  La protection de l'environnement et la coopération énergétique ».

La coopération intergouvernementale pour l'environnement

Le CEMB n'a pu faire fi des efforts déjà engagés dans le domaine de la protection de la mer Baltique au sein de la Convention d'Helsinki et de sa Commission d'exécution, HELCOM. La mission de celle-ci est de soutenir les décideurs politiques dans le domaine environnemental en leur fournissant les analyses dont ils ont besoin comme l'étude de l'état de la mer Baltique ou l'évaluation des mesures mises en place, mais aussi en faisant des recommandations concrètes sur les actions à mener. La Commission d'Helsinki s'assure aussi que chaque partie à la Convention remplit ses obligations.

Dès sa Déclaration de création (5-6 mars 1992, Copenhague), le CEMB reconnaît la nécessité d'une coopération étroite des pays riverains pour améliorer l'état environnemental de la zone de la mer Baltique. Il salue ainsi les initiatives prises au sein de HELCOM. Dans le rapport annuel de sa première année de fonctionnement, il a approuvé l'adoption du Programme commun d'action globale en faveur de l'environnement de la mer Baltique (Baltic Sea Joint Comprehensive Environmental Action Programme, JCP) qui vise à améliorer l'état environnemental de 132 sites ou zones définis.

Cependant, le Conseil des États de la mer Baltique s'est avant tout élaboré en 1992 dans l'objectif de favoriser les contacts officiels entre des pays qui avaient perdu l'habitude de communiquer entre eux. C'est pourquoi l'environnement, bien que mentionné comme objectif, a été pendant quelques années laissé de côté et s'est vu préférer les thèmes de l'énergie ou le développement économique. Il faut attendre 1996 pour que le CEMB fasse réunir les ministres de l'environnement. Il ne se contente plus alors de saluer les avancées des travaux de HELCOM mais propose un programme à logique environnementale : Baltic 21. Le CEMB s'inspire alors de l'Agenda 21 signé en 1992 lors de la Conférence des Nations Unies pour l'Environnement et le Développement (UNCED) à Rio de Janeiro.

En 1998, le programme d'action du Baltic 21 est proposé par les Ministres des Affaires étrangères du Conseil des États de la mer Baltique, puis adopté par les chefs de gouvernement. Il recense les actions unilatérales et transversales à mener dans sept secteurs : l'agriculture, l'énergie, la pêche, la forêt, l'industrie, le tourisme et les transports. L'idée mise en avant, c'est que la protection de la mer Baltique ne passe pas uniquement par la protection marine, mais aussi par des actions d'amélioration de l'environnement des territoires qui la bordent. C'est ainsi que le CEMB a mis en avant la collaboration au sein du Baltic 21, entre de nombreux acteurs de structures et de secteurs différents.

 

 

Les acteurs de l'environnement : le rôle déterminant de la société civile

Le Baltic 21 se présente comme "un réseau ouvert et transparent de coopération reliant un grand nombre d'acteurs dans la tentative commune d'un développement régional durable." Il organise des forums de discussion et des plateformes de collaboration pour permettre l'action commune d'un maximum d'acteurs du domaine environnemental. Le forum annuel des organisations non-gouvernementales (ONG) offre ainsi des opportunités de rencontre entre les ONG, les sociétés civiles et les autorités publiques pour échanger leurs idées et points de vue. Les ONG environnementales comme Coalition clean Baltic, WWF et Keep Baltic Tidy sont particulièrement actives dans la région de la mer Baltique. Elles constituent des partenaires privilégiés du CEMB.

Le Baltic 21 est soutenu par un Groupe de Hauts Responsables (Senior Officials Group) composé de représentants des gouvernements, d'organisations gouvernementales internationales, des institutions financières internationales et d'ONG.

Par ailleurs, le Baltic 21 est mis en oeuvre par de nombreux acteurs. À partir de 2004, le Groupe de Hauts Responsables (SOG) adopte des projets phares. Chacun d'eux est coordonné par un réseau d'acteurs précis : l'Union des villes de la Baltique (UBC) pour les projets phares concernant le développement durable des villes (BUSTRIP et SUSTAINMENT) ; le Programme universitaire de la Baltique (BUP) pour le projet phare visant le développement durable dans le secteur de l'agriculture (EHSA); l'ONG Keep Baltic Tidy pour le projet phare relatif à la gestion des déchets et à la protection de l'environnement de la mer Baltique (Baltic SeaBreeze) ; le land allemand du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale pour le projet phare centré sur la protection de la biodiversité de la mer Baltique (BaltCoast).

Concernant le financement, le Baltic 21 promeut le principe du pollueur-payeur. Toutefois l'étendue des domaines d'action ne permet pas de se reposer uniquement sur les finances privées et publiques - nationales ou locales. C'est pourquoi cinq Institutions financières internationales sont partenaires du Baltic 21 : la Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement (BRED), la Banque européenne d'Investissement (BEI), la Banque nordique d'investissement (NIB), la Société nordique de financement pour l'environnement (NEFCO) et la Banque mondiale.

Bien qu'intégré dans les objectifs originels du CEMB, l'environnement prend véritablement sa place dans les discussions des États à partir de 1996 avec la création du Baltic 21 puis dans les engagements réels à partir de 2006 avec les présidences islandaise puis suédoise. Il a fallu attendre janvier 2010 pour que le Baltic 21 soit officiellement intégré comme un groupe d'experts au sein du CEMB et ainsi pour pouvoir affirmer que l'environnement est au coeur des préoccupations de cette organisation internationale. On constate surtout que le CEMB a fait de choix de la collaboration et la coopération dans le domaine environnemental, laissant tous les acteurs de la société civile prendre en main les projets qu'il adopte.

 

 

Pour aller plus loin

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Sur Internet

 

Source photo : Primordial sea of algae, par jurvetson, sur flickr