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L'industrie européenne de la défense : les coûts de la division

Rédaction Paris Par Mariliis Mets — Mardi 18 octobre 2011 | Tags : Défense
L'industrie européenne de la défense : les coûts de la division

Avons-nous encore les moyens, nous Européens, de notre politique de la défense ? En ce temps de restrictions budgétaires, il convient de s’arrêter sur la question de l’industrie de défense européenne. Quel constat et quelles perspectives ?

La défense mise à mal par la crise

La défense souffre de moyens limités. Depuis la fin de la guerre froide, l’industrie de la défense en Europe a été divisée par deux. Actuellement, seuls six des vingt-huit États membres de l’OTAN respectent leur engagement de consacrer au moins 2% du PIB à la défense. Au même moment, les investissements en matière militaire sont en hausse ailleurs dans le monde, que ce soit aux États-Unis, en Asie ou en Amérique du Sud. Bien qu’encore aujourd’hui l’industrie de défense européenne soit l’une des plus performantes, l'écart avec le reste du monde et notamment les puissances émergentes se réduit constamment.

La crise économique et financière n’a fait qu’aggraver la situation : les budgets de défense furent les premiers à souffrir des coupes sévères. La Grande Bretagne devrait réduire son effort de défense de 20%, l’Allemagne envisage 1,2 milliard d’euros d’économies, l’Italie a annoncé une baisse de 10 % et la France, de son côté, a décidé de diminuer son budget de défense de 3,5 milliards d’euros sur 3 ans.

Ces coupes budgétaires, bien que compréhensibles dans un contexte de crise, auront des conséquences non négligeables sur les capacités de défense des pays européens. Ces décisions imposeront une révision des politiques de défense : il devient impossible de maintenir toutes les missions et projets actuels. Par exemple, le premier ministre britannique David Cameron a annoncé en 2010 « une pause stratégique » donnant lieu au démantèlement du HMS Ark Royal, le porte-avions et navire-amiral.

Cette politique paraît cependant difficilement compatible avec une volonté d’intervention à l’étranger et avec les exigences de la guerre moderne. L’Europe s’est vue confier de nouvelles responsabilités à l’échelle internationale, notamment avec la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et la participation de l’UE à des opérations extérieures.

L’Europe réagit au coup par coup mais semble incapable de mettre en œuvre des réformes de fond. La crise nous oblige à repenser la politique industrielle européenne de défense.

La compétitivité de l’Europe fragilisée

L’industrie de défense a un poids économique non négligeable en Europe : elle emploie 300 000 personnes pour un volume financier de 55 milliards d’euros. Le Vieux continent compte pour 30% de la production mondiale d’armement.

L’industrie de défense est quasiment concentrée dans six pays : les grandes entreprises se trouvent en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Suède. La France est le seul pays qui maîtrise toutes les capacités industrielles de défense (air, mer, terre, nucléaire).

Or la politique européenne (ou plutôt les politiques) actuelle fragilise la position de l’Europe dans les marchés de défense. La fragmentation du marché européen entrave l’innovation et la compétitivité de l’industrie de défense. Il n’existe pas actuellement de régime d’autorisation harmonisé, ce qui affaiblit la sécurité d’approvisionnement entre les États membres et coûte plus de 400 millions d’euros par an. Le système actuel est également à l’origine de beaucoup d’effets doublons : on compte par exemple onze programmes de véhicules de combats blindés (deux aux États-Unis) et seize grands chantiers navals (trois aux États-Unis) dans l’UE.

Faute d’une politique industrielle européenne et en tenant compte des restrictions budgétaires et des facteurs d’échelle, les entreprises de défense nationales seront de plus en plus la proie de groupes non-européens. Cela s’est déjà produit en Allemagne pour les chantiers navals ou encore en Espagne pour l’armement terrestre. De plus, les premières victimes sont les acteurs les plus fragiles : les PME, qui ont un rôle d’innovation pourtant essentiel. Nous renforçons ainsi notre dépendance à l'égard du matériel étranger, notamment américain et israélien.

Il convient également de noter que dans la situation actuelle, l’industrie américaine bénéficie de la dissymétrie des relations commerciales transatlantiques. Si la majorité des marchés européens sont accessibles aux Américains, l’inverse n’est pas vrai. Cette absence de réciprocité a des conséquences sur les coûts et l’expertise de l’industrie de défense européenne. L’écart avec les États-Unis se creuse encore davantage en termes d’investissements publics dans la défense. Tous les budgets européens ensemble sont deux fois inférieurs au budget américain de la défense. De plus, la part de ce budget consacré spécialement à la recherche est encore une fois clairement inférieure en Europe (20%) par rapport à celle de l’autre côté de l’Atlantique (35%).

Cette absence de coordination est également à l’origine d’une concurrence intra-européenne destructrice. Pensons à l’exemple du duel Rafale-Eurofighter sur le marché indien pour une commande de 126 avions. La France (Rafale) et l’Allemagne (au compte d'EADS, producteur de l’Eurofighter) se livrent à une guerre diplomatique et politique en Inde pour défendre leur appareil. La même situation risque de se reproduire avec le programme des drones MALE de BAE et de Dassault qui semble pour l’instant exclure EADS. Au lieu de travailler ensemble pour une position commune européenne plus compétitive,  les Européens sont en concurrence entre eux sur le marché mondial. Ces guerres internes fragilisent notre crédibilité aux yeux des pays tiers.

Retour sur l’histoire d’une européanisation entamée mais inachevée

Les premiers accords de coopération dans le domaine de l’industrie de défense, incluant la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Suède, l’Italie et le Royaume-Uni, datent des années 1960. Les premiers programmes multilatéraux avec des filiales communes voient le jour dans les années 1980, mais des blocages apparaissent bien vite.

C’est la décennie 1990 qui marque un tournant avec une restructuration de plus grande ampleur du secteur de l’armement. Un consensus émerge mettant en avant la nécessité de concentrer l’industrie, notamment dans les secteurs de l’aérospatial et de l’électronique de défense. Avec les privatisations, trois grands groupes européens ont été créés : BAE Systems, Thalès et EADS. Cette restructuration s’avère être un pari réussi car dès 2001, les trois entreprises se positionnent respectivement au 3ème, 7ème et 8ème rang mondial. La nouvelle stratégie de consolidation d’EADS aboutit également à la création de deux leaders européens : Astrium dans la construction de satellites et MBDA dans le domaine des missiles.

La coordination de cette coopération s’est basée notamment sur des organes de type intergouvernemental. Le premier, le Groupe d’armement de l’Europe occidentale (GAEO) date de 1993, et fut suivi de la création de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR) en 1998. La première structure de l’UE a été créée en 2004 : l’Agence européenne de défense (AED). (AED). Le rôle de l’AED est d’améliorer les capacités de défense de l’Union européenne, notamment dans le domaine de la gestion des crises, de promouvoir la coopération européenne dans le domaine de l'armement, de créer un marché européen des équipements de défense qui soit concurrentiel, et enfin de favoriser la recherche, en vue de renforcer le potentiel industriel et technologique européen dans le domaine de la défense.

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