L'identité biélorusse au coeur de la transition

Par admin | 13 mai 2007

Pour citer cet article : admin, “L'identité biélorusse au coeur de la transition”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 13 mai 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/195, consulté le 25 novembre 2020

800px-soviet_union-1971-stamp-0.03._belaz-540La Biélorussie, cette inconnue. L'existence de ce pays d'Europe centrale n'est rappelée dans les médias qu'à l'occasion des péripéties de ses relations énergétiques avec le grand voisin russe ou pour stigmatiser la "dernière dictature d'Europe". Pourtant, la Biélorussie est aussi un pays à cheval entre deux mondes qui n'a pas su réaliser sa transition. Une plongée dans les raisons de cet échec n'est pas sans importance au moment où l'Union européenne se cherche une politique orientale.

« Une dictature d’Asie centrale en Europe centrale ». Un observateur malicieux pourrait être tenté de décrire ainsi la situation actuelle de la Biélorussie. Pourtant, il semble que ces comparaisons faciles ne peuvent avoir lieu que parce que ce pays est très mal connu en Europe de l’Ouest.
À l’occasion des dernières péripéties énergétiques entre la Russie, la Biélorussie et l’Union Européenne, l’actualité a rivé son projecteur sur ce pays qui s’était jusqu’à présent plutôt illustré par le manque d’intérêt que lui portait le monde académique. Les études monographiques sont beaucoup moins nombreuses que pour sa voisine ukrainienne et les grands courants d’études de l’Europe post-communiste comme la « transitologie » et « l’européanisation » se sont peu penchés sur la question biélorusse.

Depuis que le pays semble avoir plongé dans l’autoritarisme, il n’a pas suscité beaucoup plus  d’analyses, notamment dans le cadre des études sur la transition. Les derniers événements des années 2000 ont donné lieu à de nombreux commentaires sur le manque d’identité des Biélorusses ou sur la question linguistique biélorusse, mais trop souvent sous un biais normatif. Pourtant, il semble qu’il faille revenir plus en détail sur la question de l’identité en Biélorussie pour la mettre en dialogue avec l’histoire récente du pays et essayer de déceler en quoi cet élément a été un obstacle à la transition.
Il semble que, comme dans les pays Baltes, ce facteur ait été déterminant et il convient non pas de trancher la question de l’existence d’une identité biélorusse, mais bien de tenter d’analyser l’usage politique qui en a été faite et de mesurer quel impact cela a-t-il pu jouer dans la transition.

 

Au cours du XIXe siècle, la Biélorussie comme ses voisines a connu un mouvement de renaissance nationale qui s'est appuyé sur l'héritage historique du Grand Duché de Lituanie, utilisant les couleurs de celui-ci.

Ayant pris de l'ampleur au début du XXe siècle, le mouvement national a joué la carte du bolchévisme contre les autorités tzaristes et il a profité des premières largesses de la "politique des nationalités" dans les années 1920 avant la répression des années 1930.

Certains nationalistes ont alors cru que l'indépendance nationale biélorusse passait par une alliance avec les Nazis et ont participé à un gouvernement fantoche manipulé depuis Berlin. D'autres Biélorusses s'engagèrent ou furent enrôlés dans les troupes de l'Armée Rouge.

Le pays fut totalement détruit lors de la guerre et les populations juives qui formaient une part importante de l'intelligentia biélorusse furent exterminées.

La soviétisation n'en fut que plus féroce. Le pays fut reconstruit par l'URSS et le niveau de vie des Biélorussiens se développa assez rapidement pour vite devenir l'un des plus élevés au sein des républiques socialistes. On comprend donc qu'au sein des élites comme de la population, l'idéologie nationale fut discréditée par l'expérience de la guerre et que l'URSS apparaisse comme assez fortement légitime. Tant et si bien que la Perestroïka lancée par Gorbatchev fut un temps combattue par les élites communistes de Biélorussie. 

La Biélorussie connut donc une sorte "d'indépendance par inadvertance" qui n'avait pas été menée par un véritable mouvement nationaliste populaire et ancien comme dans ses voisines baltes. Quel est le poids de ce facteur dans l'absence de transition en Biélorussie? C'est ce que cette étude se propose d'explorer. 

 

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